profanationAprès une intervention qui a mal tourné, Carl Mørck a perdu ses coéquipiers et son poste à la criminelle de Copenhague. Il est alors chargé de diriger un nouveau département spécialisé dans le classement de vieilles affaires non résolues, aidé par le mystérieux Assad.  

Lorsque j’avais vu la bande-annonce de Profanation au cinéma, j’avais eu l’impression qu’il s’agissait d’un énième thriller trop terrifiant pour moi. Et puis, en cherchant un film un peu sombre, je suis retombée sur Les enquêtes du département V. Toujours très intéressée par la culture danoise, j’ai décidé de voir de plus près de quoi il retournait.

J’ai donc enchaîné le visionnage des deux films, Miséricorde et Profanation. Je dois avouer que le résultat est nettement moins gore et effrayant que je ne l’imaginais. J’aurais même tendance à dire que le pire est dans la bande-annonce. Ce fut donc une agréable surprise que la découverte de ces polars danois adaptés des best-sellers de Jussi Adler-Olsen. Les films se regardent avec le même plaisir qu’une bonne série policière. Cependant, le premier m’a laissé un goût de trop peu voire d’inachevé (et pour cause, il ne dure que 97 minutes). J’aurais aimé en savoir plus sur la jeunesse du personnage de Merete. Plus on en apprend sur celui qui lui voulait du mal, plus on aimerait avoir son point de vue à elle sur les événements qui ont pu les relier. De plus, le spectateur a parfois un peu de mal à suivre car les enchaînements sont rapides et les situations pas toujours suffisamment installées (par exemple lors de l’apparition de la pince rouillée).

Mais ce qui m’a particulièrement séduite dans ces films, c’est la psychologie des personnages : les victimes sont rarement totalement sympathiques et innocentes (la scène où la jeune Merete s’émerveille de voir tomber la neige la caractérise comme une personne au minimum inconsciente, au pire sans cœur), et les coupables ont sinon une excuse, au moins des circonstances atténuantes.

Pour en smisericordeavoir plus, je me suis plongée dans la lecture des romans de Jussi Adler-Olsen (en traduction hélas, je suis loin de maîtriser assez le danois pour les lire dans le texte). J’ai rapidement compris que les films n’étaient pas très fidèles aux livres. En effet, de nombreux personnages ont été complètement occultés, ce qui peut sans peine se comprendre car les romans sont des pavés (entre 450 et 660 pages). De plus, chacun n’attise pas forcément les mêmes sentiments chez le lecteur que chez le spectateur : Merete enfant est moins antipathique dans le livre, Kimmie Lassen n’attire pas la même empathie dans le roman. Dans les romans, les enquêtes sont longues, complexes, demandent aux policiers de rencontrer de très nombreux témoins et croisent d’autres affaires gérées par la police criminelle.

Surtout, les deux personnages principaux (les trois si l’on compte Rose à partir du deuxième tome), sont vraiment différents. On en sait plus sur Carl et Assad dans les romans et leur quotidien, leur relation, leur entourage occupent davantage de place.

Dans l’ensemble je trouve que les adaptations ont « lissé » les romans en évacuant une partie des particularités des personnages (les tics de langage et la calvitie d’Assad, le colocataire et l’ex-femme de Carl, mais aussi son attirance pour sa psy). Et bizarrement, je trouve que c’est une bonne idée, car le Carl vieillissant et libidineux et l’Assad au comique un peu répétitif des romans finissent par m’agacer. En donnant un coup de jeune aux personnages, les films les rapprochent des héros de séries policières à succès et les rendent plus attachants pour le spectateur (en tout cas à mes yeux). Par contre, j’aurais aimé que les enquêtes soient un peu plus détaillées (même si elles ne sont pas téléphonées pour autant) et que certaines scènes ne soient pas édulcorées, car cela leur enlève une partie de leur ironie, qui est une des plus grandes qualités des romans (je pense à la mort d’Aalbæk/Alberg par exemple).

Bref, films et romans procurent des plaisirs très différents : les romans sont à la fois plus cruels, plus complexes et plus drôles, les films présentent moins de longueurs et des personnages plus attachants et subtils. Les fans de Borgen seront ravis de retrouver certains lieux marquants de la série et Pilou Asbæk dans un rôle bien loin de Kasper Juul. Maintenant, à vous de faire votre choix !

Publicités