« The immigrant » : ce n’était pas mieux avant

affiche-film-the-immigrantEwa et sa sœur quittent la Pologne après avoir perdu leurs parents pendant la guerre. Mais en arrivant aux Etats-Unis, elles sont refoulées : Magda est mise en quarantaine sur Ellis Island et Ewa accusée de mœurs légères. Mais un homme accepte de l’aider en faisant jouer ses relations…

C’est un peu par hasard que j’ai regardé ce film, parce que l’occasion s’en présentait. Je sais que Marion Cotillard n’a pas toujours bonne presse mais pour ma part j’apprécie plutôt cette actrice, sans doute parce que j’ai admiré sa performance dans De rouille et d’os il y a quelques années, et parce que j’avais beaucoup aimé Une grande année, en dépit de ses mauvaises critiques.

Avec The Immigrant, l’actrice française est mise en valeur et trouve encore un grand rôle, celui d’une femme prête à tout pour s’en sortir et surtout pour sauver sa sœur qu’elle aime plus que sa propre vie. On voit très peu Magda dans le film, on ignore donc comment elle se comporte envers sa sœur, ce qui rend l’attachement d’Ewa d’autant plus touchant qu’aucune interaction ne vient le renforcer.

Le réalisateur James Gray, habitué à tourner avec Joaquin Phoenix (Two lovers), lui offre également ici un rôle intéressant car ambigu. En effet, les hommes qui croisent la route d’Ewa ont beau lui affirmé leur attachement et leur désir de l’aider, ils apparaissent surtout comme toxiques et manipulateurs. Il en va de même pour Orlando, le magicien incarné avec brio par Jeremy Renner.

Ce qui m’a surtout frappée dans cette plongée dans le quotidien sordide des pauvres immigrées à New York, c’est surtout l’horreur de la situation… qui n’est pas sans rappeler l’actualité. Pour les jeunes femmes ayant déjà perdu leur vie, leurs biens et leur famille, point de compassion ni de salut. Ewa doit renoncer à sa virginité et à ses valeurs religieuses, et même à sa dignité d’être humain. Vivant chichement, forcée de jouer dans des spectacles de cabaret obscènes, elle en vient à se prostituer, pousser par son employeur qui lui laisse entendre qu’elle n’a pas d’autre choix. Manipulée, isolée, acculée, Ewa garde pourtant une grande force : le désir fou de vivre heureuse avec sa sœur.

On se prend à espérer avec ce personnage combattif, en dépit des obstacles renouvelés qui se dressent sur son chemin. J’ai moins apprécié le retour de la religion à un stade de l’histoire où se raccrocher à des croyances semble assez incongru. De même, le retournement final qui permet à Ewa de trouver de l’argent ne m’a pas vraiment convaincu : si une telle solution existait, pourquoi ne pas y avoir eu recours plus tôt ?

Cependant, dans l’ensemble, le film est intéressant et pertinent, à la fois sur la difficulté de reconstruire sa vie dans un pays dont on ignore tout (surtout pour une femme seule et désargentée), et sur les ambivalences de l’âme humaine.

« Vue sur la mère », one-woman-show

couverture-livre-vue-sur-la-mereDepuis sa naissance, la mère de Julien a toujours été omniprésente, donnant son avis sur tout, accompagnant les sorties scolaires et suscitant d’innombrables disputes. Il lui rend hommage…

Ce tout petit livre (moins de 100 pages) traînait dans ma bibliothèque rouge depuis plusieurs années, je l’avais parfois emporté dans ma pile de vacances, et pourtant je ne l’avais jamais ouvert. Entre deux lectures de la rentrée de septembre, il a trouvé sa place pour continuer à nourrir le blog cet été.

Vite lu, forcément, il n’en sera pas pour autant forcément vite oublié. Vrai roman comique comme on en fait peu, avec des gags très visuels, des dialogues théâtralisés, des jeux de langue, le récit de Julien Almendros (toute coïncidence dans le nom des personnages n’en serait pas une) m’a procuré des éclats de rire. Mention spéciale à ce sujet pour le passage sur les chiens de la famille (vazizouzouille !). Léger dans le style, ce livre dynamique se lit comme une suite de sketches. Si l’on a cru assister à un one-man-show littéraire, le narrateur se mettant en quatre pour nous faire marrer, il se fait vite voler la vedette par l’indéniable talent de sa mère pour tout ramener à elle et se mettre en scène.

Cris, pleurs, mauvaise foi, punitions machiavéliques, tout concourt à nous surprendre de page en page et nous faire réagir. On rit, bien sûr, des frasques de la figure maternelle lorsqu’elles sont ridicules, mais en filigrane, se dessine un constat plus amer, celui d’une femme perpétuellement angoissée et insatisfaite, qui considère la vie comme une forêt touffue peuplée d’ours titanesques et terminant sur un mur infranchissable. Il a dû en falloir du recul à l’auteur, qui prétend dans l’épilogue qu’il a déformé un peu, mais rien inventé, pour réussir à traiter sur un plan humoristique une situation qui l’est en réalité nettement moins.

Non contente de l’avoir étouffé (et presque physiquement à la naissance), la mère a pourri la relation que son fils aîné entretenait avec son père, en rabaissant perpétuellement celui-ci, et a pesé comme un fardeau sur la vie amoureuse du jeune homme. Alors certes, comme le souligne le narrateur, on n’est pas en présence d’une Folcoche qui battrait ses enfants, et le traitement malsain des enfants à ceci de rassurant qu’il est équitable, le cadet en prenant aussi pour son grade.

Mais tout de même, par instants, entre deux rires, on se demande si l’on a bien raison de s’amuser de cette femme qui semble relever davantage de la psychiatrie que du spectacle humoristique.

Chacun a les thérapies qu’il peut, une façon de dédramatiser sans doute, et ma foi, dans la veine des livres-médicaments, on a déjà vu bien pire que ce petit ouvrage mené allegretto.

« The Circle » : l’Enfer pavé de bonnes intentions

Mots-clefs

affiche-film-the-circleMae décroche grâce à son amie Annie un emploi chez The Circle, un réseau social proposant de nombreux services. Rapidement, elle s’implique beaucoup dans la vie de l’entreprise…

Movie challenge 2017 : un film d’un réalisateur que j’adore

Sachant qu’Emma Watson tenait le rôle principal de ce film, j’étais assez décidée à le voir. Je n’en savais pas beaucoup plus, ayant eu un mois de juillet assez chargé, et j’ai d’ailleurs eu toutes les peines du monde à trouver un créneau pour le voir, en dépit des places gagnées chez Baz’art, que je remercie !

Les critiques très mitigées sur ce film m’avaient un peu refroidie, et ce n’est pas un mal, car cela m’a permis d’être agréablement surprise. N’ayant pas lu le roman, je ne savais pas à quoi m’attendre et je dois dire que j’ai trouvé le propos du film très pertinent par rapport à l’époque dans laquelle nous vivons. En effet, Mae travaille dans une grosse multinationale qui pourrait ressemble aux géants du web comme Facebook ou Google. De fait, même si le film semble légèrement en avance sur notre époque, il reste réaliste et permet au spectateur de se projeter.

Et ce d’autant plus facilement qu’il est aisé de s’identifier à Mae. Dès les premières minutes, où on la découvre pratiquant sa passion pour le kayak en solitaire, puis aux côtés de sa mère vieillissante et de son père malade, la jeune femme nous est sympathique. Issue d’un milieu modeste, elle est proche de ses parents et souhaiterait leur rendre la vie plus agréable, mais sa situation professionnelle est précaire. C’est pourquoi le fait d’être embauchée par The Circle est si important pour elle.

De bonne facture mais assez classique dans son traitement (et pour une fois, c’est reposant de suivre un film très narratif), le long-métrage nous plonge dans l’univers de cette entreprise en apparence chaleureuse qui, très vite, met le spectateur mal à l’aise. Rapidement, l’intrigue se noue en une réflexion sur la liberté, la transparence, la moralité, et la vie privée à l’heure où les technologies permettent l’espionnage généralisé. J’ai trouvé la progression dans le malaise crédible et bien rendue, et l’évolution de Mae, confrontée à la fois à Ty, qui émet des doutes sur le bien-fondé de The Circle, et aux dirigeants qui voient en elle un élément prometteur, interprétée avec justesse.

Ce qui fait la valeur du film, plus que les rebondissements de l’intrigue où quelques invraisemblances pourraient être dénichées, c’est la réflexion qu’il porte, un peu façon Black Mirror, et son ambiance de fausse convivialité et d’une moralité à double tranchant. Pendant tout le film, en voyant Mae se démener pour faire ce qu’elle pense être le plus juste pour tout le monde, j’ai eu en tête ce dicton, « l’Enfer est pavé de bonnes intentions ». Car les personnes les plus dangereuses pour la société ne sont pas forcément celles qui cherchent à commettre un méfait. Et c’est à mon sens la signification de la chute, que je ne dévoilerai pas mais dont je sais qu’elle a pu dérouter. À mon sens, le scénario est plutôt malin car, alors que l’intrigue est bien menée mais relativement classique jusque-là, cette porte de sortie plutôt inattendue contribue à faire de l’ensemble un film contemporain et à message.

Ce n’est qu’après avoir visionné le film que j’ai compris qu’il était réalisé par James Ponsoldt, dont j’ai tellement aimé The Spectacular Now. À y regarder de près, ce n’est pas si étonnant : il y a chez Mae un mélange de la tentation du pire que pouvait incarner Sutter et des nobles valeurs d’Aimee. On sent chez le réalisateur une volonté d’explorer la frontière entre bien et mal qui me pousse à continuer à suivre son parcours.

Série, c’est fini ! « Big Little Lies »

affiche-serie-big-little-liesL’arrivée de Jane, mère célibataire, et son fils Ziggy, perturbe la bonne société de Monterey. Très vite, le petit garçon est accusé de brutaliser la fille de Renata Klein, une femme influente. Madeline et Céleste soutiennent Jane…

L’idée

La chaîne HBO a acheté les droits du roman de Liane Moriarty, Petits secrets, grands mensonges, choisissant d’en déplacer l’intrigue, initialement située dans la banlieue de Sydney, dans un quartier chic de Monterey. Dès le début, il s’agit d’un projet de mini-série en 7 épisodes, dont la réalisation est confiée à Jean-Marc Vallée (Wild, Demolition). La chaîne a depuis évoqué la possibilité d’une saison 2 mais il ne s’agirait plus d’une adaptation, et le réalisateur y est opposé.

women-big-little-lies-cast

De gauche à droite : Renata, Madeline, Céleste, Bonnie et Jane.

Scénario

Hormis le déplacement aux États-Unis, la série suit relativement fidèlement la trame narrative du roman (sauf que le fils de Madeline a disparu de l’intrigue). Dès le début, la série se présente comme un genre de whodunit : quelqu’un a trouvé la mort lors d’une soirée caritative organisée par l’école « Otter Bay » et il s’agit pour la police, mais aussi pour le spectateur, de reconstituer les faits grâce aux témoignages qui retracent les cinq derniers mois de la communauté gravitant autour de l’école. L’originalité est que non seulement nous ne connaissons pas l’identité du meurtrier, mais nous ne savons même pas qui est la victime ! Un double suspens qui va croissant jusqu’aux dernières minutes du dernier épisode.

Tonalités et thèmes

Dès le début, j’ai trouvé l’ambiance de la série assez proche de celle de Desperate Houseviwes : comme dans la série de Marc Cherry, une communauté huppée est secouée par un drame qui révèle les failles cachées de toutes les familles. Le titre Big little lies est d’ailleurs dans la veine du sous-titre « Derrière les portes closes… » : il s’agit pour le spectateur de découvrir ce que ces femmes en apparence épanouies et enviables ont à cacher de peu reluisant.

Si l’on peut parfois s’amuser des réactions des enfants (les filles de Madeline en particulier, au caractère bien trempé), le seul personnage principal qui peut éventuellement transmettre un peu de légèreté est Madeline, qui par son tempérament à la fois futile et passionné est une sorte d’archétype de la « commère » qui cherche à se mêler des affaires des autres. Mais dans l’ensemble le ton de la série est plutôt très sérieux, abordant des sujets sensibles tels que le viol, les violences conjugales, le divorce, l’adultère, le harcèlement scolaire, et la difficulté à conjuguer vie familiale et professionnelle.

J’ai surtout aimé le côté féministe de la série : certes, les femmes que l’on suit ne sont pas parfaites et leurs défauts flagrants peuvent les rendre agaçantes, mais l’on sent bien la pression permanente qui pèse sur elles. Il s’agit à la fois de l’image de perfection et de pouvoir qu’elles cherchent à se donner les unes aux autres et de leurs relations avec les hommes qui attendent d’elles qu’elles remplissent leur rôle de mère au mieux tout en restant des maîtresses désirantes et désirables. Les relations sexuelles en particulier sont vues comme un rapport de pouvoir qui sert à prouver la vitalité de la relation amoureuse, à clore une dispute ou à s’évader d’une vie insatisfaisante (quand il s’agit d’une relation consentie…). Bref, c’est du lourd, mais qui aborde des questions nécessaires !

Personnages

madeline-jane-big-little-lies

Madeline et Jane

Ce qui m’a décidée à me lancer dans cette série, parmi toute la liste « à voir » que je n’arrive pas à entamer, c’est son casting de luxe. Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley et Laura Dern composent un quatuor extrêmement juste même dans ses excès. En comparaison, les rôles masculins restent au second plan. Les tempéraments des hommes comme Gordon ou Nathan restent ébauchés, car ils sont surtout considérés dans leur rapport aux femmes (pouvoir, domination, possession) et aux enfants (bons pères de famille). Seuls se distinguent le gentil et un peu falot Ed (Adam Scott), qui se demande encore comment il a pu séduire une femme volcanique comme Madeline (on se le demande aussi) et l’angoissant Perry (Alexander Skarsgård, glaçant). Les prestations des femmes sont remarquables, en particulier celles de Nicole Kidman dans la duplicité de sa vie publique/privée, et de Shailene Woodley, qui incarne à merveille une mère courage brisée par un événement traumatique. À noter aussi la prestation de Zoe Kravitz en prof de yoga très peace and love.

celeste-perry-big-little-lies

Céleste et son mari Perry.

À voir après…

Ou à revoir, car c’est tout de même un classique, Desperate Housewives, pour la réflexion sur le quotidien des femmes au foyer et l’ambiance Cluedo.

DH

Avez-vous vu Big Little Lies ? Avez-vous aimé cette série ?

« Song to song » : tout pour la musique

affiche-film-song-to-songFaye, une jeune guitariste, travaille comme réceptionniste pour Cook, un riche producteur avec qui elle entretient une liaison. Lors d’une fête, elle rencontre BV, qui écrit des chansons. Il tombe sous son charme…

Song to song était clairement un des films de 2017 que j’attendais avec le plus d’impatience. En premier lieu pour sa plongée dans le milieu de la musique, un envers du décor qui m’avait déjà poussée à regarder New York Melody, et que j’espérais cette fois plus réussi. L’autre raison majeure se trouve évidemment côté casting avec le carré d’as Mara-Gosling-Fassbender-Portman.

Ne connaissant le cinéma de Terrence Malick que de réputation, je m’attendais à un film très esthétique et assez contemplatif, ce qui est somme toute assez vrai. L’une des qualités majeures du film est sans conteste sa beauté. Visuellement, on est dans une esthétique très recherchée, qui flirte avec le documentaire caméra à l’épaule pour mieux faire naître des gros plans hallucinants. On trouve quelques plans larges réussis, des paysages, des scènes de festivals, mais c’est surtout de près que la caméra de Malick agit comme un révélateur, en particulier lorsqu’il s’agit de filmer ses personnages. Un regard, une fossette, une mèche de cheveux, une plume dans une main, deviennent un objet étrange et fascinant qu’on croit voir pour la première fois. À ce jeu-là, le film doit énormément à Rooney Mara, qui irradie d’un charme indéfinissable, à la fois mutine et mélancolique, élégante et animale. Bouleversante d’émotions contenues, Faye est un personnage indéniablement captivant, prise entre son désir de succès et les relations aux hommes qui l’abîment.

Face à elle, les personnages masculins sont un peu trop manichéens, entre BV, trop naïf et sincère pour le milieu dans lequel il évolue, et Cook, sorte de pervers manipulateur proprement abject. Dommage que Rhonda n’apparaisse que comme l’occasion de prouver sans plus d’hésitation la noirceur du producteur, car le personnage d’institutrice de Natalie Portman aurait pu être davantage développé.

En dépit d’une narration déroutante, puisque les personnages ne s’expriment quasiment qu’en voix off, racontant leur histoire comme a posteriori (les dialogues sont réservés à des scènes marquantes), le film n’est pas qu’une juxtaposition de courtes scènes comme on pourrait le penser. Entre les apparitions clins d’œil de grandes stars de la musique (Patti Smith, Iggy Pop, et Lykke Li dans un rôle plus conséquent) et les nombreuses scènes de contact physique (qu’il s’agisse d’étreintes amoureuses ou de combats amicaux), se dessine la trajectoire de deux aspirants musiciens confrontés à un dilemme entre vie personnelle et professionnelle. Faut-il être prêt à tout pour espérer toucher du doigt le succès et la gloire ? Ou vaut-il mieux privilégier les relations humaines quitte à accepter l’échec ? Clairement, la comparaison avec La La Land qu’on a pu lire ici ou là n’est pas fantaisiste, car les questions existentielles qui se posent aux protagonistes sont les mêmes.

Alors pour autant, ce film a-t-il renouvelé le coup de cœur du début d’année ? Même si je l’ai trouvé très beau, et si je ne redirai jamais assez combien Rooney Mara y est exceptionnelle, j’ai été moins séduite par les partis-pris scénaristiques de Malick. D’un point de vue tout à fait personnel, j’ai eu l’impression que les femmes adaptaient beaucoup leur attitude aux hommes dans l’histoire, et que, comme le dit bien Lykke Li, elles souhaitaient absolument, tout en se rêvant libres et en sécurité, être aimées. Un constat qui me chagrine un peu quand il s’applique à tous les personnages féminins, et que les personnages masculins semblent globalement en position de force. Le film n’en reste pas moins un des grands films de l’année.

« L’histoire de l’amour » : souffle romanesque

affiche-film-lhistoire-de-lamourEn Pologne, la guerre sépare Léo, ses amis Bruno et Zvi, de la belle Alma qui s’enfuit pour New York. Léo, fou amoureux, lui promet de lui dédier un livre et d’en envoyer les chapitres dans ses lettres. Des années plus tard, à New York, Léo vit avec Bruno dans Chinatown, pendant qu’une autre Alma, adolescente, découvre l’amour…

J’avais failli aller découvrir ce film en salles à sa sortie, mais j’avais été quelque peu rebutée par sa longueur (2h15), craignant de m’ennuyer. Finalement je l’ai rattrapé sur la plateforme de ma médiathèque préférée. J’avais aimé Va, vis et deviens et Le concert mais sans non plus tomber complètement sous le charme, et ce nouveau Radu Mihaileanu était pour moi l’occasion de confirmer ou infirmer cette impression de grands films qui ne me touchent pas tout à fait. La présence au casting de Gemma Arterton constituant un encouragement supplémentaire pour la fan de Tamara Drewe que je suis.

J’ai été totalement séduite pas le début du film, ce noir et blanc qui se mue en couleur, cette vieille photo présentée au son des premières lignes du manuscrit qui donne son nom au film. Il y a vraiment beaucoup de maîtrise et d’élégance dans cette entrée en matière.

Par la suite, même si l’ensemble reste de très bonne facture et égrené de quelques plans particulièrement réussis, j’ai trouvé que la réalisation perdait un peu en créativité, malheureusement. Présenté comme un film audacieux, fantastique, mêlant les époques et les destins, la trame narrative, elle aussi, est en fait relativement classique, se contentant de suivre chacun des personnages principaux en livrant au compte-gouttes les éléments de leur passé qui permettront de croiser leurs trajectoires.

Cela dit les personnages sont beaux, et touchants. Il y a presque deux films différents dans L’Histoire de l’amour : l’adolescence très contemporaine d’Alma, personnage classique de jeune fille qui rêve d’un amour absolu ou préfère y renoncer par principe, et la longue vie de Léo, pleine de rebondissements dramatiques. L’ensemble ne manque pas de souffle romanesque, ni de saillies amusantes (le tempérament du vieux Léo à la fois râleur, nostalgique et exubérant, y est pour beaucoup), mais s’appuie surtout sur une cohorte de tragédies qui en deviennent finalement assez prévisibles. C’est le principal reproche que je ferais à ce film, celui de n’avoir pas su me surprendre, hormis en une occasion. Dans l’ensemble j’ai trouvé qu’il était assez facile d’anticiper la fin de l’histoire.

Cela dit je n’ai pas décroché de l’écran durant les 2h15 du film, preuve tout de même que la narration est fluide et prenante. On s’attache aux personnages principaux, on éprouve leurs chagrins, car il s’agit typiquement d’un film qui fait pleurer (même si à force d’accumulation, je n’ai du coup pas versé de larmes). Et bizarrement, c’est le personnage de Gemma Arterton qui m’a laissée circonspecte, car je n’ai pas toujours compris ses réactions et j’ai trouvé qu’elle causait non seulement son malheur mais celui de son entourage, en se crispant sur des principes discutables.

Nul doute que le film séduira les amateurs de grandes fresques multi-générationnelles et les fans du réalisateur, pour ma part j’en ressors avec le même léger doute qu’après ses précédentes réalisations.

Séance commune : « Whiplash »

Mots-clefs

,

Vu en novembre 2016, Whiplash est le film choisi pour le Popcorn CinéClub du mois de juillet, dont le thème était la musique. Un film intense qui ne laisse pas indifférent et annonçait déjà le grand talent de Damien Chazelle, avant La La Land

Lily lit

whiplashAndrew Neiman a un rêve : devenir batteur professionnel. Il se voit déjà en légende du jazz, et pour cela, il doit se faire remarquer par Terence Fletcher, le professeur le plus exigeant du conservatoire… 

Je l’avais raté en salle mais après toutes les critiques positives que j’avais entendues à son sujet, j’étais bien décidée à rattraper Whiplash. Ce film au nom énigmatique (il s’agit en fait du titre d’un morceau de Hank Levy, interprété à de nombreuses reprises dans le film) a créé en 2013 un joli succès surprise au festival de Sundance.

Damien Chazelle adapte ici son propre court-métrage autour d’un sujet peu courant au cinéma, le milieu du jazz, et plus particulièrement la formation des musiciens professionnels. Comme dans toute discipline exigeante, on imagine que l’enseignement doit être long et demander beaucoup d’efforts, mais les situations révélées par le film vont au-delà de ce que l’on pourrait…

View original post 315 mots de plus

« Babybatch » : « si j’existe, ma vie c’est d’être fan »

couverture-livre-babybatchÀ quinze ans, Dominique entre au lycée en traînant son mal-être existentiel. Sa seule source d’enthousiasme au quotidien : la série Sherlock et son acteur principal Benedict Cumberbatch. La jeune fille s’inscrit alors sur un forum de fans…

Voici un des titres de la rentrée littéraire de janvier 2016 qui me tentaient le plus. Sous son nom osé se cache une thématique bien particulière, jusqu’ici peu abordée en littérature, je crois : le fangirlisme. Autrement dit, la propension, touchant essentiellement des adolescentes, à tomber dans une admiration sans borne confinant à l’amour le plus absolu pour une célébrité qu’elles n’ont jamais rencontrée.

Sans avoir été amoureuse d’une star, j’ai toutefois eu plus jeune des élans d’enthousiasme suffisamment marqués pour des artistes (ou des œuvres) pour que le sujet ne me soit pas totalement étranger. De plus, j’ai pratiqué les réseaux sociaux et forums de fans et je connais bien la série Sherlock (que je conseille d’ailleurs au passage à tous ceux qui ne l’auraient pas encore vue : c’est un bijou). Bref, je maîtrisais les « codes » avec lesquels joue le roman d’Isabelle Coudrier.

Dès les premières pages, j’ai été très à l’aise dans le style de l’auteur qui campe une jeune narratrice plus fine qu’il n’y paraît. Certes, Dominique est une fan, mais une fan consciente de son délire. Il y a dans sa mélancolie une forme de lucidité aiguë qui m’a touchée. Je crois que j’étais bien moins lucide qu’elle à son âge ! La vision qu’elle a de ses parents, notamment, remarquant la fatigue existentielle de son père et les efforts qu’il est prêt à faire pour lui faire plaisir, révèle sa maturité.

Après Victoria Bretagne, paru à la même époque, c’est donc là un autre type de roman sur l’adolescence, qui prend le parti inverse, celui de nous livrer les pensées de la jeune protagoniste et tous les détails de son quotidien. Mais, même si l’on apprend de nombreux détails sur Dominique et son entourage, il n’en plane pas moins une aura de mystère autour de ce livre. Ce flou, cette incertitude, se concentrent sur les personnages masculins de l’univers de Dominique, en particulier un camarade de classe malade, Paul, et un professeur d’anglais dénué de toute autorité, M. Artus. Ce dernier, que l’on suit pendant quelques chapitres en dehors du regard de ses élèves, est très attachant dans son pessimisme viscéral et sa maladresse. Son inadaptation sociale m’a rappelé un autre personnage étrange, celui de Je suis très sensible d’Isabelle Minière.

Mais le plus intrigant dans ce livre, c’est sans doute « Babybatch » lui-même, c’est-à-dire un Benedict Cumberbatch de légende, fantasmé par ses nombreuses groupies. On imagine qu’Isabelle Coudrier a creusé son sujet, car toute la biographie de l’acteur est détaillée, et ses performances aussi débattues que ses originalités capillaires. À se demander si l’auteur n’est pas elle-même une des cumberbitches comme elles se surnomment parfois elles-mêmes. Pourtant, tout cet aspect « documentaire » autour de l’acteur n’est jamais fastidieux, sans doute parce que l’écriture est fluide mais aussi parce que cet aspect se mêle habilement à l’histoire de Dominique. Au contraire, le livre se lit vite, car la fièvre qui agite la jeune fille est communicative, et la tension narrative palpable. On se demande comment toute cette exaltation va finir, et on pressent, derrière l’évocation des rôles les plus tragiques de l’acteur de Sherlock, la menace d’une autre tragédie.

Une lecture prenante sur un sujet original et un phénomène sociétal qui méritait qu’on s’y intéresse.

 

« Moi, moche et méchant 3 », doublement drôle !

affiche-film-moi-moche-et-méchant-3Gru et Lucy font la paire pour arrêter les méchants, mais l’un d’eux leur échappe : Balthazar Bratt, ancienne star d’une série pour enfants des années 80. Au point que Gru perde son emploi. Mais il apprend alors qu’il a un frère jumeau, Dru…

Grande fan des minions depuis le premier Moi, moche et méchant, j’attendais avec impatience ce nouvel opus. En effet, après le spin-off drôle mais moins construit d’un point de vue scénaristique, je me demandais comment Ken Daurio et Cinco Paul, les scénaristes de la franchise Despicable Me, allaient pouvoir se renouveler. Je craignais un peu les redites, car on sait bien que les suites sont parfois décevantes.

Mes inquiétudes ont été balayées par ce film qui voit Pierre Coffin réitérer sa collaboration avec Kyle Balda. Comme dans les Minions, les petits personnages jaunes ont un rôle important à jouer dans ce nouvel opus et leur langage est toujours aussi développé, bien que de plus en plus proche de l’italien. Plus gourmands que jamais, nos amis troquent la salopette contre une tenue de prisonniers qui ne les empêche pas de rêver de leurs sempiternelles bananes mais aussi de tout un tas de mets plus ou moins exotiques (salami, risotto, kebab, lasagna font désormais partie de leur vocabulaire). Seule déception, Kévin, Bob et Stuart, les leaders de la troupe, semblent avoir disparu au profit d’un certain Mel, nouveau chef des minions. J’ai été un peu attristée de ne pas retrouver mes personnages préférés, j’espère qu’ils reviendront dans un prochain volet !

Les héroïnes sont heureusement toujours bien présentes : Lucy, face à son nouveau rôle de mère, et le trio des filles, vouées à ne jamais grandir, semble-t-il. La passion d’Agnès pour les licornes occasionnera une fois encore quelques gags savoureux.

Parmi les nouveautés du film, on compte surtout l’agrandissement de la famille de Gru avec l’apparition de Dru, son frère jumeau. Dans la version française, ils sont doublés par les frères Elmaleh, un clin d’œil fort sympathique. Le binôme Dru-Gru permet d’attiser les questionnements existentiels de notre anti-héros préférés, confronté à un tournant dans sa vie : doit-il poursuivre dans la voie du bien après avoir perdu son emploi ou redevenir un super-vilain ? Une fois encore, le film explore des questions pas si naïves sans manichéisme, et sans vouloir tirer une morale trop évidente, ce qui me réjouit.

Mais le clou du spectacle, c’est tout de même Balthazar Bratt. Sans conteste meilleur méchant de la série, cette ancienne star qui n’a pas supporté que les projecteurs se détournent de lui plaira sans doute moins aux enfants qu’aux adultes. Tout droit sorti des années 80, il nous offre un look improbable alliant moustache, coupe en brosse à tableau et calvitie, un survêtement violet du dernier kitsch et des chorégraphies hilarantes ! Surtout, les apparitions de Bratt sont l’occasion de faire défiler toute une playlist des années 80 qui m’ont fait sautiller sur mon siège, de « Take on me » à « 99 Luftballons ». On a de plus en plus l’impression que le côté enfantin des graphismes sert de prétexte à des films récréatifs pour les grands, et on en redemande ! Bref, si vous voulez emmener vos enfants, neveux ou nièces comme couverture, allez-y, mais vous pourriez bien vous éclater plus qu’eux !

« Primaire », l’instinct de prof

affiche-film-primaireFlorence, professeur des écoles, enseigne à une classe de CM2 dans laquelle son fils Denis est élève, une situation qu’il accepte mal. Un jour, la classe de Florence accueille Sacha, un élève de CM1 qui n’a pas ses affaires de piscine. Le garçon suscite les moqueries…

J’avais entendu parler de ce film avant même sa sortie, dans le cadre professionnel, et c’est d’ailleurs grâce à mon job que j’ai pu finalement le visionner. J’avais vraiment hâte de découvrir ce long-métrage d’Hélène Angel, même si je ne connaissais pas cette réalisatrice jusqu’ici. La bande-annonce m’avait fait envie, et les retours très positifs d’enseignants sur le film confortaient mon impatience.

Pourtant, le choix de Sara Forestier pour incarner Florence me laissait perplexe. D’elle, je n’ai jamais pu me défaire de l’image de L’Esquive (un film que je n’ai même pas réussi à voir en entier tant il m’a insupportée) et de ses prestations aux Césars. Bref, je la trouvais un peu vulgaire.

Mais je me suis dit que les années ayant passé, il y avait moyen qu’elle ait évolué, et je dois dire que j’ai été heureusement surprise par sa prestation. Héroïne de ce film sur les bonnes âmes du quotidien, Florence est un personnage attachant dans ses convictions, ses failles et ses excès. L’institutrice parfaite ? Pas vraiment un modèle, non, car elle sort de son rôle régulièrement pour aider Sacha, un élève qui n’est même pas le sien, flirtant avec les limites de la légalité lorsqu’elle tente de repousser un signalement aux services sociaux, garde le garçon chez elle ou décide d’aller voir sa mère sur son lieu de travail (Laure Calamy, que j’ai été ravie de retrouver après Dix pour cent et Ava). Exaltée, Florence semble tour à tour adorer ses collègues, passant du temps avec eux le midi ou même le soir avec son voisin le directeur, puis les détester dès qu’ils ne sont pas d’accord avec elle. C’est dans ces scènes de colère que j’ai retrouvé la fougue de Sara Forestier, mais qui sait aussi ici se muer en douceur, par exemple quand Florence apprend à lire à Tara.

Si je n’ai pas forcément été sensible au personnage de Sacha, qui malgré ses problèmes reste un gamin violent et insupportable, j’ai préféré le filou Denis et l’ensemble de la classe de Florence, plus vraie que nature. Faites l’expérience de voir ce film avec des enseignants, vous entendrez régulièrement « c’est tout à fait ça ! ». Ce côté très documenté, réaliste, avec le bon vocabulaire (le PPRE…), la difficulté à tenir une classe entière et nombreuse, tout en différenciant pour chacun en fonction de ses besoins, l’inclusion des élèves handicapés (Charlie, incarnée par la formidable Hannah Brunt, une jeune fille autiste) prouve que la réalisatrice a vraiment creusé son sujet et produit un témoignage vivant et passionnant, tout en restant dans le domaine d’une fiction qui se tient d’un point de vue narratif.

Et si les hommes jouent des rôles secondaires dans le film (on aperçoit le concierge et le directeur comme des figures d’arrière-plan par rapport à l’engagement corps et âme de Florence), j’ai bien aimé la partition de Vincent Elbaz, parachuté à devoir s’occuper d’un enfant qui n’est pas le sien. Son binôme avec Sara Forestier offre surtout l’occasion de la scène la plus hilarante du film, dans la cuisine.

Coloré, pétillant, mais sans occulter les difficultés du métier, Primaire est un film plaisant à voir et un très bel hommage aux enseignants inoubliables comme on en a tous connus. Peut-être le meilleur film consacré à l’école à ce jour…