« Le commun des mortels » : scènes de la vie quotidienne

couverture livre Le commun des mortelsIls s’appellent Édtih, Victor, Philippe, Mathilde, Olivier, Benoît, Marie… Ils vivent en ville ou à la campagne, travaillent la terre, contemplent la mer, marchent dans la montagne ou s’oublient en boîte de nuit. Ils sont comme vous et moi, le commun des mortels. 

Qu’est-ce qui nous pousse vers un livre ? Parfois, les raisons sont complexes, pour celui-ci elle est évidente. J’aime énormément les expressions lexicalisées, les formules toutes faites qu’on emploie sans y penser, jusqu’au jour où l’on s’y arrête en s’interrogeant : au fond, qu’est-ce que ça veut dire ? Ce titre, Le commun des mortels, correspondait tout à fait à ce qui m’intrigue. C’est exactement ce que j’attendais de ce livre : qu’il me révèle ce que signifie vraiment cette expression.

Pour être dans le commun, nous y sommes. Ancien journaliste culturel, Gérard Lefort fait preuve d’un grand talent d’observateur et d’analyse. Pudiques, ses personnages s’étalent rarement sur leurs sentiments, leurs fêlures et leurs joies. Mais ce sont leurs gestes, leurs impressions, leur tenue qui nous racontent leur histoire, un souvenir fugace en deux ou trois lignes qui nous fait comprendre les ressorts essentiels de leur vie : la quête d’amour, l’absence, la volonté de bien faire, l’échec.

Sans doute pour accroître encore le sentiment que ces quidams pourraient vraiment être n’importe qui, ils portent tous des prénoms assez courants, pas très marqués au niveau régional ni générationnel. Plus étrange : d’un texte à l’autre, car chaque chapitre se présente comme une nouvelle intitulée par le prénom du personnage qu’elle présente, les mêmes prénoms ressurgissent, parfois assortis de caractéristiques communes. Mathilde, par exemple, est toujours brune. Pour autant, s’agit-il des mêmes personnages qui réapparaîtraient d’un texte à l’autre, construisant ainsi une fresque romanesque à partir des récits juxtaposés ? J’ai eu beau essayer de les faire correspondre, il me semble qu’il ne faut pas chercher à retrouver les mêmes identités, car certains éléments ne collent pas. L’effet est plutôt celui d’un flou, d’un tourbillon, dans lequel tout le monde finit par porter le même nom qu’un autre, par être un peu similaire et un peu différent. Le point commun entre tous ? Leur indéfectible humanité, avec ce que cela comporte de qualités et de faiblesses.

Si l’écriture est belle, avec un goût certain pour l’image cinématographique (chaque texte pourrait être un court-métrage, quelque part), le lecteur peut tout de même être dérouté par cette succession de moments de vie dont on ne saisit pas toujours bien pourquoi ils nous sont racontés. En s’attachant à des scènes banales et en les isolant du reste de la vie des personnages, l’auteur construit une œuvre anti-romanesque. Quelques exceptions tout de même, lorsque la scène choisie est particulièrement forte – et en général tragique. Car le ton général du livre n’est pas à la fête. Ce qui ressort de tous ces destins entraperçus, c’est la difficulté du vivre ensemble, la nostalgie d’une relation qui s’étiole ou dont l’un des protagonistes est parti, la violence de la vie et, puisqu’il est question de mortels, les façons d’envisager sa fin, aussi.

« The Words », dans la plume d’un autre

affiche film The WordsRory Jansen est écrivain dans l’âme. Prêt à tout pour se faire publier, il décroche un emploi dans une maison d’édition, mais son manuscrit est refusé car jugé trop intimiste. En voyage de noces en France, Rory acquiert une sacoche en cuir qui contient un vieux manuscrit anonyme…

C’est à la florissante DVDthèque paternelle que je dois ma découverte de ce film, sorti en France directement en DVD en 2015. Je n’avais jamais entendu parler de ce long-métrage réalisé à quatre mains par Brian Klugman et Lee Sternthal, mais son personnage principal d’écrivain m’a tout de suite interpellée.

En réalité, les écrivains sont plusieurs dans ce film fonctionnant par le principe de la mise en abyme. Il y a d’abord Clayton Hammond (Dennis Quaid), dont le spectateur suit une conférence au sujet de son nouveau roman. C’est l’intrigue de celui-ci qui nous sera peu à peu livrée sous l’aspect d’extraits du livre que Clayton propose à son public. C’est ainsi que nous rencontrons son protagoniste, Rory Jansen, personnage principal du film.

L’organisation un peu complexe du film m’a semblé légèrement superficielle. À vrai dire je n’ai pas très bien compris à quoi « servait » Clayton, pas plus que la chercheuse qui vient l’interroger sur son œuvre (Olivia Wilde). Je crois que l’histoire de Rory, comprenant déjà plusieurs niveaux d’intrigues, aurait pu se suffire à elle-même, et qu’une simplification aurait peut-être permis à l’ensemble de gagner en densité et en intensité.

Cependant, j’ai apprécié suivre le quotidien du jeune aspirant auteur, incarné par un Bradley Cooper toujours pertinent dans le rôle du type qui ne se sent pas à la hauteur (comme dans Happiness Therapy, par exemple). La difficulté à joindre les deux bouts, les heures passées à retoucher son texte, le travail nocturne, les élans d’inspiration, l’incompréhension d’une partie de son entourage (son père, notamment, joué par l’excellent J.K. Simmons), tout cela m’a paru tout à fait réaliste et bien vu. J’ai également beaucoup apprécié Zoe Saldana, très sympathique et touchante dans le rôle de l’épouse apportant confiance, admiration et soutien.

Sans trop dévoiler l’intrigue, je peux dire que Rory va avoir l’occasion d’en apprendre plus que le vieux manuscrit qu’il a découvert dans la sacoche, et que cela nous fera entrer dans un autre niveau de l’histoire, aux côtés d’un personnage incarné par Jeremy Irons et par Ben Barnes selon les âges de sa vie. L’histoire du jeune homme et de sa jeune épouse française Celia (Nora Arnezeder), permet une plongée dans l’histoire et dans un Paris romancé tel que les Américains en raffolent.

Difficile d’en dire davantage sans déflorer le suspens… J’ai trouvé que l’intrigue posait des questions éthiques assez pertinentes et qu’elle proposait des surprises bienvenues, sans être toutefois absolument inattendue. Les acteurs sont tous très justes, et l’ensemble forme à mes yeux bien davantage un drame qu’un thriller, comme annoncé sur Allociné par exemple. En effet, on ne peut pas vraiment parler d’une grande tension psychologique ni d’un vrai suspens. Pour autant, on ne s’ennuie pas vraiment, si ce n’est peut-être dans les scènes relatant la conférence que j’évoquais au début de l’article.

Rien toutefois qui ne justifie l’absence d’une sortie en salles sur grand écran pour ce film qui a le mérite de s’intéresser à la condition des jeunes écrivains.

 

« Aveu de faiblesses » : justice inhumaine ?

Étiquettes

Aveu-de-faiblessesLorsque le petit Romain est assassiné, la police soupçonne rapidement Yvan, 17 ans, solitaire et mal dans sa peau. Les maladresses du jeune homme et de sa mère le conduisent au poste où l’inspecteur Grochard est prêt à tout pour lui arracher des aveux…

J’avais trouvé beaucoup de qualités à Ressources inhumaines et j’avais hâte de découvrir le nouveau roman de Frédéric Viguier. Hors de l’univers du commerce qu’il connaissait bien, l’auteur allait-il franchir avec succès l’écueil du deuxième roman ?

Je dois dire que je n’ai pas été déçue du voyage. D’emblée, l’auteur nous projette dans la peau d’Yvan Gourlet, une expérience pas forcément agréable. En effet, loin des personnages d’ados de la littérature young adult, auxquels on pourrait être tentés de s’identifier, Yvan exerce un effet repoussoir. Il se décrit lui-même comme laid, ne semble pas spécialement intelligent ni doué pour quoi que ce soit, subit des moqueries et brimades à l’école et n’a comme seul refuge que le foyer familial, qui paraît dès l’abord un peu étrange. Même si le jeune homme professe son amour pour ses parents, le lecteur, lui, trouvera bizarres ce père jamais content et cette mère qui gave son fils de matières grasses et de prédictions sur son soi-disant génie.

Cependant, lorsque la police soupçonne Yvan de meurtre, on ne peut que compatir avec lui. Certes, Yvan est lâche, taiseux et maladroit, mais qui mériterait le traitement que lui font subir les policiers ? Caricature du duo good cop-bad cop, le tandem Grochard-Morlat fait frémir par ses méthodes et son objectif : tenir un coupable… quitte à ce que ce ne soit pas le bon.

À ce stade, j’ai cru avoir compris ce que cherchait à faire Frédéric Viguier : un roman à charge contre une police sans âme ni valeurs, adepte de la torture psychologique, négligente avec la loi. Mais c’était sans compter sur le portrait de la justice qui est ensuite dressé : guère plus consciencieux que les policiers, le juge ne se pose aucune question et envoie directement le suspect en prison. Paradoxalement, ce lieu semble presque accueillant en comparaison, et j’ai alors vu se dessiner un roman d’apprentissage un peu particulier où la rédemption se trouverait derrière les barreaux.

Mais l’auteur est un malin qui a plus d’un tour dans ses pages. Car, bien sûr, impossible d’esquiver éternellement cette question : si ce n’est pas Yvan qui a tué le petit Romain… alors qui ? Une question qui me turlupinait au point de finir le livre en 24 heures. Sans dévoiler la fin du roman, ce qui nuirait vraiment à la lecture, je peux vous assurer qu’elle n’est pas avare de rebondissements. Et c’est là que l’auteur prouve qu’il en a sous la plume, avec cette capacité à nous balader, nous perdre, nous retourner le cerveau en une phrase qui claque et qui fait mouche. Qui croire ? Que penser ? Qui est le plus fort et qui le plus faible, dans l’histoire ? Il en résulte un sentiment de malaise plus grand encore que celui que procurait son premier roman. Mais aussi une plus grande admiration face à la maestria dont fait preuve ce romancier à suivre.

« Patients » : quand on a que l’humour

Étiquettes

PatientsAprès avoir plongé dans une piscine, Benjamin se réveille tétraplégique. Au centre de rééducation, il s’accroche pour progresser, rêvant de rejouer au basket. Il rencontre d’autres handicapés avec lesquels il se lie d’amitié…

Movie challenge 2017 : un premier film

Tout le monde connaît Grand Corps Malade pour ses slams (même si pour ma part j’ai vraiment découvert sa plume sur son dernier album, Il nous restera ça), mais j’ignorais qu’il était également l’auteur d’un récit autobiographique, Patients, dans lequel il raconte sa rééducation après l’accident qui lui a laissé en souvenir une canne et son pseudonyme.

Passant derrière la caméra avec le réalisateur de ses clips, Mehdi Idir, l’amoureux des mots réalise un film à l’image de ses textes : tout en subtilité, en finesse, en pudeur malgré la crudité de certains faits, en solidarité et en courage, avec des dialogues aux petits oignons.

Comment faire un film qui ne soit pas tire-larmes sur un sujet aussi difficile que le handicap lourd ? Je craignais un peu l’excès d’émotion et de tristesse, façon Le Scaphandre et le papillon (le film de Julian Schnabel, pas le livre étonnamment lumineux de Jean-Dominique Bauby). L’émotion est là, certes, dans les gestes des parents de Ben, dans la déprime qui guette ou l’histoire de Farid, en fauteuil depuis ses quatre ans. Et pourtant, je n’ai pas versé une larme durant le film.

Car ce qui transparaît avant tout, c’est le courage de ces hommes brisés physiquement et l’absurdité de leur nouveau quotidien, incarné par des objets insoupçonnés des valides (la fourchette adaptée, le bac de douche…) et par les personnalités hautes en couleur du personnel du centre. Mention spéciale à Alban Ivanov en Jean-Marie, l’aide-soignant plein d’entrain qui ne cesse de bavasser à la troisième personne du singulier (« Il a bien dormi ? Je lui lève son volet… »).

Face à cette situation, Benjamin dispose d’une arme redoutable : un humour indéboulonnable. Au point que j’ai failli trouver que, tout de même, c’était un peu exagéré, ce jeune homme qui ne craque jamais. Mais la psychologie du personnage nous est peu à peu dévoilée, de sorte qu’elle ne perd jamais en cohérence. Si Ben tient bon, c’est qu’il a de l’espoir et s’accroche à ses rêves.

Des acteurs du film, je ne connaissais qu’Alban Ivanov et Yannick Rénier (le kiné toujours encourageant et souriant qui redonne le moral aux patients). J’ai découvert une brochette de talents très naturels, qui incarnent des personnages auxquels on croit. Pablo Pauly est tellement le personnage de Ben que je ne l’ai pas reconnu, alors que je l’avais déjà vu dans Discount et Carole Matthieu. À ses côtés, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Frank Falise, la liste est un peu longue mais tous méritent d’être cités, car ils apportent au film ce mélange si bien dosé de rire, d’émotion et d’authenticité.

Une belle réussite que ce premier film, qui nous rappelle que même si le corps lâche, il nous restera ça, l’esprit alerte et le bon mot toujours au coin des lèvres.

 

CONCOURS « Orpheline » : 5×2 places à gagner !

120x160_Orpheline_01_03_MDPortrait d’une femme à quatre âges de sa vie. Petite fille de la campagne, prise dans une tragique partie de cache-cache. Adolescente ballottée de fugue en fugue, d’homme en homme, puisque tout vaut mieux que le triste foyer familial. Jeune provinciale qui monte à Paris et frôle la catastrophe. Femme accomplie enfin, qui se croyait à l’abri de son passé.

Après quelques concours littéraires, je suis ravie de vous proposer un premier concours cinéma, avec la complicité du Pacte (que je tiens à remercier pour sa confiance), car ce jeu est aussi l’occasion de vous annoncer mon tout nouveau partenariat avec ce distributeur prestigieux !

Et je suis d’autant plus ravie de présenter ce film, Orpheline, que j’avais moi-même envie de découvrir pour plusieurs raisons. Celle qui a attisé ma curiosité, c’est le choix de quatre actrices différentes pour jouer le rôle de l’héroïne à différents âges de sa vie. « Portrait cubiste » d’après son réalisateur, le film réunit la fine fleur des jeunes actrices françaises : Adèle Haenel (Les Combattants), Adèle Exarchopoulos (La Vie d’Adèle), Solène Rigot (17 filles) et la petite Vega Cuzytek.

De plus, le film est réalisé par Arnaud des Pallières, que j’avais découvert avec l’étrange et fascinant Michael Kohlhaas. Après une œuvre centrée sur un homme, filmé avec lenteur, silence et densité, j’avais hâte de découvrir une autre facette du travail de ce réalisateur, avec un film dynamique autour d’une héroïne. Arnaud des Pallières avoue : « J’avais conscience de n’avoir jusqu’ici pas porté autant d’attention aux personnages féminins qu’aux personnages masculins. J’ai voulu rattraper ce retard en dressant un portrait de femme aussi riche et complexe que possible. »

Ça donne envie, non ?

Pour achever de vous convaincre, voici la bande-annonce du film :

Pour participer au concours et tenter de remporter 2 places pour Orpheline, c’est simple : abonnez-vous à la page du blog sur Facebook ou sur Twitter (si ce n’est déjà fait !) et expliquez-moi en commentaire de cet article pourquoi vous souhaitez découvrir le film ! N’oubliez pas de me signaler votre éventuel pseudo sur les réseaux sociaux, pour être contacté par message privé si vous gagnez. Le jeu est ouvert jusqu’au 29 mars 2017 à minuit. Les 5 gagnants seront tirés au sort parmi les participants et contactés par mes soins, et les résultats seront annoncés sur le blog.

Je décline toute responsabilité en cas de perte par la Poste des places envoyées.

Bonne chance à tous !

Orpheline, en salles le 29 mars 2017

Un film de  Arnaud des Pallières

Avec Adèle Haenel, Adèle Exarchopoulos, Solène Rigot, Véga Cuzytek, Jalil Lespert, Gemma Arterton, Nicolas Duvauchelle

  • Durée 111min
  • Langue Français
  • Réalisation Arnaud des Pallières
  • Scénario Christelle Berthevas, Arnaud des Pallières
  • Directeur de la photographie Yves Cape – AFC SBC
  • Montage Emilie Orsini, Arnaud des Pallières, Guillaume Lauras

« Hippocrate » : l’hôpital malade ?

Étiquettes

hippocrateLorsque Benjamin entre comme interne dans le service que dirige son père, il pense que tout va se dérouler parfaitement. Mais rapidement, il se sent concurrencé par Abdel, médecin étranger au rang d’interne, et un patient décède dans le service pendant sa garde…

Movie challenge 2017 : un film engagé

J’avais eu envie de voir le film de Thomas Lilti dès sa sortie en salles. Non pas que l’univers médical m’attire particulièrement (encore que, j’ai beaucoup regardé « Le Journal de la Santé » à une époque) mais cela m’intéressait de savoir quel regard portait un médecin cinéaste sur la médecine d’aujourd’hui.

C’est à travers les yeux de Benjamin, jeune interne d’abord enthousiaste, que le spectateur découvre l’hôpital. On comprend vite que le travail ne manque pas, que le personnel est souvent débordé, les lits trop peu nombreux et le matériel parfois défectueux. Rapidement, le jeune homme un peu trop sûr de lui et naïf va être confronté à des difficultés sérieuses voire des cas de conscience. C’est ce qui contribue à rendre le personnage plus attachant au fil du film. Vincent Lacoste, la bonne surprise de Victoria, propose une performance nuancée, avec une belle évolution vers l’âge adulte. Car Hippocrate est un film d’apprentissage, évidemment.

Mais c’est aussi un film très documenté, presque documentaire, sur l’hôpital d’aujourd’hui. On y voit aussi bien les coutumes des étudiants en médecine, leur façon de décompresser entre soirées alcoolisées et humour salace, que la réalité des cas médicaux qui se présentent et des décisions qui participent à la gestion d’un service. J’ai trouvé vraiment pertinent ce traitement ultra réaliste qui nous plonge dans la vie quotidienne, sans pour autant perdre le fil dramatique.

Lorsque l’opposition initiale entre Benjamin et Abdel évolue, le film se fait peu à peu plus qu’une retranscription réaliste, un véritable manifeste pour la survie d’un service public hospitalier de qualité. Abdel (Reda Kateb, césarisé pour ce rôle) incarne le médecin par lequel, à l’instar de Mme Richard, nous aimerions tous être soignés : humain, attentif, efficace, rigoureux, il est tout entier dévoué à ce qu’il considère comme une « malédiction » plus qu’une profession. C’est cette conception de la médecine que défend le film, contre la ligne tenue par le directeur de l’hôpital, qui ne pense qu’à suivre les textes et faire des économies.

J’ai également apprécié de retrouver dans des petits rôles certains jeunes acteurs que j’avais déjà repérés, tels que Félix Moati (Libre et assoupi, À trois on y va) et Fanny Sidney (Dix pour cent).

Certes, on pourra reprocher au film une certaine lenteur, le temps d’installer les situations pour les creuser jusqu’au bout, jusqu’à l’accélération des événements qui conduit au dénouement. Pour ma part c’est un long-métrage engagé comme je les aime, et comme je trouve qu’il en faudrait davantage !

« Prête à tout » : derrière les portes closes

preteatoutSuzanne Maretto a toujours rêvé de devenir présentatrice télé. Volontaire, elle réussit à être engagée sur une chaîne locale de sa petite ville, et épouse Larry, fils de restaurateurs. Alors que Susie réalise un reportage sur les adolescents en difficulté, Larry est assassiné…

J’avais adoré Les règles d’usage paru à la rentrée de septembre 2016, c’était même un de mes coups de cœur. J’étais donc curieuse de lire d’autres œuvres de Joyce Maynard, mais je ne savais pas vraiment par où commencer. Je dois donc remercier Folavril, qui a eu la bonne idée de présenter Prête à tout sur son blog, et la gentillesse de me prêter le livre.

J’ai découvert un roman bien différent des Règles d’usage, tant dans le fond que dans la forme. Prête à tout est raconté alternativement par tous les protagonistes de l’histoire, certains apparaissant comme narrateurs occasionnels, le temps d’un chapitre, d’autres revenant régulièrement donner leur point de vue. Cette construction, difficile à manier pour l’auteur car elle impose de jongler entre différentes voix, est parfaitement maîtrisée et amène le spectateur à devoir se faire sa propre opinion. Car, bien sûr, les principaux témoignages ne sont pas concordants. Alors, Suzanne est-elle l’adorable jeune femme que décrivent ses parents, ou la manipulatrice qui se dégage des récits des adolescents ? Et si, au contraire, les jeunes gens avaient échafaudé un plan machiavélique ?

Car, puisqu’il s’agit d’un meurtre, le livre est avant tout un thriller qui nous tient en haleine autour d’une question cruciale, qui est moins « qui a tué Larry ? » que « pourquoi l’avoir assassiné ? ». La romancière raconte d’ailleurs s’être inspirée d’un fait divers qui l’intriguait justement parce que le mobile lui échappait. Le résultat est assez addictif, car plus le lecteur avance, plus il cherche à lire entre les lignes pour démêler le vrai du faux.

Mais au-delà du roman à suspens, le livre est aussi l’occasion de dresser un portrait d’une petite ville d’Amérique avec ses différentes classes sociales. Si les jeunes du lycée évoluent dans un milieu très défavorisé, où l’emploi le plus courant semble être ramasseur de palourdes, cela fait d’eux des suspects évidents aux yeux de la famille bourgeoise de Susie, et de la police. Bien sûr, personne n’imaginerait que le meurtrier se cache derrière les portes closes de la jolie maison d’un concessionnaire automobile, ni même dans le restaurant italien des Maretto, les parents de Larry appréciés pour leur caractère jovial et travailleur. Un peu à la manière de Desperate Housewives, dont j’ai volontairement emprunté le sous-titre, le roman nous révèle la face cachée des gens en apparence bien sous tous rapports. C’est aussi une charge contre la télévision, média principal (Internet n’en était qu’à ses balbutiements à l’époque où le livre a été écrit), que dresse Joyce Maynard à travers le personnage de Suzanne, obsédée par la célébrité.

J’ai tout de même retrouvé certaines thèmes des Règles d’usage dans ce thriller, qui semblent faire partie des sujets de prédilection de l’auteur : l’adolescence, les rapports familiaux, les mères ados, et bien sûr ce don pour le portrait criant de vérité. De quoi me donner envie de lire les autres romans de Joyce Maynard !

 

 

La blancheur éternelle des « Neiges du Kilimandjaro »

lesneigesdukilimandjaroMichel, soudeur et délégué syndical, tire au sort vingt ouvriers qui perdront leur emploi pour éviter la fermeture de l’usine. Il est lui-même parmi les licenciés, mais son épouse Marie-Claire le soutient et tous deux fêtent leur anniversaire de mariage avec leurs amis. Peu après, ils sont cambriolés…

Quel rapport entre un poème de Victor Hugo et une chanson de Pascal Danel ? Robert Guédiguian s’inspire de ces deux œuvres bien différentes pour ce long-métrage dont je n’avais jamais entendu parler avant d’explorer en détail la filmographie d’Anaïs Demoustier, qui retrouve ici Jean-Pierre Darroussin après Les grandes personnes.

Du poème Les pauvres gens, le réalisateur a gardé la volonté de s’intéresser à la société de son temps et en particulier aux pauvres, à qui la parole est rarement donnée en politique, et à la solidarité qui peut exister dans les milieux les plus modestes. Des Neiges du Kilimandjaro, il tire une ambiance mêlée, celle d’un anniversaire de mariage que l’on célèbre dans la joie d’être ensemble et aux sons des voix enfantines entonnant la chanson fétiche du couple, dont les paroles s’apparentent pourtant à un hymne funèbre (Il va mourir bientôt/Elles n’ont jamais été si blanches/Les neiges du Kilimandjaro).

Le résultat donne un très beau film, social et engagé, qui met en lumière deux figures magnifiques par leur grandeur d’âme et leur générosité. Michel, incarné par Jean-Pierre Darroussin, refuse à tout prix les privilèges, et veut partager le destin de ses camarades, quitte à perdre son emploi. Il cherche constamment à aider ses proches, en s’occupant de ses petits-enfants, en montant la pergola réclamée par son fils, et craint surtout de s’embourgeoiser et de devenir égoïste. Sa femme, la lumineuse Marie-Claire, est dévouée à sa famille, mais aussi aux personnes âgées chez qui elle fait le ménage et qu’elle réconforte dans les soirs de solitude. Ces deux belles âmes prouvent que la valeur humaine ne dépend ni du milieu d’origine, ici modeste, ni des diplômes ou de la profession. Le bonheur et l’amour qui se dégagent du couple et de leurs enfants fait plaisir à voir pour le spectateur.

Mais pourquoi ces gens bien sont-ils alors agressés par des cambrioleurs qui leur dérobent leurs cartes bleues et le cadeau offert pour leurs trente ans de mariage (l’argent d’un voyage au pied du Kilimandjaro) ? Les victimes (le couple et leurs plus proches amis, la sœur et le beau-frère de Marie-Claire) tentent de comprendre et de se remettre du choc, chacun à leur manière. C’est en remontant les traces de son agresseur que Michel découvre un milieu bien plus précaire que le sien, celui de Christophe (Grégoire Leprince-Ringuet), ouvrier licencié en même temps que lui. Un véritable cas de conscience pour l’homme dont la soif de justice et le désir de réparation se heurtent à sa grande humanité et sa compassion.

Lumineux et porté par une bande-son dynamique et populaire, le film de Robert Guédiguian interroge sur la société, et sur tout un tas de sujets annexes qui viennent se greffer habilement à la trame principale : les privilèges de classe, le rôle des parents, le poids des enfants dans la vie d’une mère célibataire, la lâcheté et le courage, le rapport entre éthique et justice… En héros simples des temps modernes, Michel et Marie-Claire crèvent l’écran et s’imposent comme des modèles de citoyenneté et d’engagement. Tant pis s’ils sont parfois incompris de leur propre famille, ou si le scénario s’octroie des raccourcis peu réalistes (en particulier sur la question du placement d’enfants en difficultés sociales).

Au détour de cette fable contemporaine, on réfléchit, on est ému, mais on rit aussi parfois grâce à certaines scènes incongrues, et des apparitions telles que celle de Pierre Niney, excellent en serveur malicieux de cocktails métaphoriques. Un très beau film sur la pureté et la grandeur des gens modestes.

 

« Moonlight » et son Oscar politique

Étiquettes

moonlightChiron, dit little, tente d’échapper aux brimades de ses camarades qui l’identifient comme homosexuel. En se cachant dans un squat, il rencontre Juan, un dealer, qui devient la figure paternelle qui manquait à l’enfant.

 Movie challenge 2017 : un film ayant obtenu un Oscar

Forcément, je ne suis pas complètement objective face à ce film. Forcément, parce qu’ayant adoré La La Land, l’erreur d’annonce pour l’Oscar du meilleur film ne m’a pas du tout amusée. En soi, Moonlight m’intriguait, mais c’est clairement cet Oscar qui m’a décidée à le voir maintenant, afin de pouvoir affiner mon avis sur la question.

On a dit que Moonlight est une révolution parce que l’entièreté du casting est noire. Je ne sais pas si c’est le premier film dans ce cas, en tout cas cela ne m’a absolument pas frappée, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. On suit l’histoire de personnages, et leur couleur de peau, si elle est rappelée de temps en temps (notamment dans le dialogue qui donne son nom au film, où il est dit qu’un noir paraît bleu au crépuscule), n’est pas un élément si capital. En effet, la question du racisme est évacuée (puisque tous les personnages ont la même couleur) au profit de celle de l’orientation sexuelle (supposée ou réelle).

Je comprends que Moonlight ait reçu l’Oscar du meilleur scénario adapté (d’une pièce de théâtre, ce qui explique la composition en trois chapitres qui évoquent trois actes), car, sur le papier, l’histoire est vraiment prenante. On suit le destin d’un jeune homme qui évolue dans un milieu familial déséquilibré (il n’a pas de père et sa mère se drogue et se prostitue), qui semble différent des autres et subit de ce fait des brimades quotidiennes. De l’enfant fragile à l’homme qui a su en imposer, Chiron évolue sous le regard du spectateur, au gré des rencontres. Le prénom du personnage principal n’est sans doute pas anodin. En grec, Chiron vient du mot « main » (celle qui frappe ou celle qui caresse…) et il est un centaure (être pluriel) d’une grande sagesse, qui vit dans une grotte (isolé). Les trois acteurs qui incarnent le personnage aux différents âges sont tous justes, même si la transformation physique radicale est dure à admettre. D’ailleurs tous les acteurs sont très bien, en particulier Mahershala Ali, oscarisé pour son rôle de Juan. Dommage que ce personnage de dealer au grand cœur n’apparaisse que durant la première demi-heure, j’aurais bien aimé le voir davantage creusé.

Et j’arrive là à l’un des problèmes fondamentaux du film selon moi. À force de couper net, d’une scène à l’autre, voire d’une époque à l’autre, Barry Jenkins empêche le spectateur de se plonger vraiment dans l’histoire. J’ai eu l’impression de survoler le film, comme si on me faisait un résumé. Et en même temps, je me suis clairement ennuyée. En cause, un tempo très lent, une action réduite au minimum et des dialogues assez limités. Je comprends que le choix de rendre Chiron mutique fasse partie du caractère du personnage, mais c’est un inconvénient pour le spectateur, qui ne sait pas ce qu’il pense ni ce qu’il ressent. Le montage, qui alterne trouvailles et maladresses, a accentué chez moi l’impression d’être en attente de quelque chose… qui n’arrive pas, ou si peu. Quelques très jolies scènes poétiques (en gros, celles au bord de la mer), soulignées par une superbe bande originale, m’ont donné l’espoir que le film allait décoller et devenir bouleversant, mais à chaque fois le montage me coupait dans mon élan. La fin du film m’a aussi laissée sur ma faim, avec un sentiment de frustration. À force de pudeur, Moonlight a bien peu à offrir au spectateur avide d’émotions. J’ai eu l’impression que, comme son personnage principal, le réalisateur pratiquait l’art de l’esquive. Et qu’à force, il finissait par esquiver le grand film que son sujet lui offrait pourtant sur un plateau !

Alors, cet Oscar du meilleur film ? Immérité à mes yeux. Surtout quand, en face, il n’y avait pas seulement La La Land, mais aussi Premier contact et Manchester by the sea (et d’autres que je n’ai pas vus). Reste une explication tout à fait logique : la menace de relancer la polémique #Oscarssowhite brandie par les médias si Moonlight n’était pas récompensé, et la volonté, sans doute, pour Hollywood, de faire un pied de nez au président américain en promouvant un film sur un noir homosexuel (là-dessus, je n’irai pas leur donner tort). Il n’empêche que, si politiquement, le choix peut se révéler pertinent, c’est accorder peu de valeur au septième art que de le réduire au vecteur d’un message.

Séance commune : « The Grand Budapest Hôtel »

Étiquettes

,

grandbudapesthotelVenu passer quelques jours au célèbre Grand Budapest Hôtel, un écrivain entreprend le propriétaire afin de connaître l’histoire de l’hôtel. Tout commence lorsque Zero Moustafa est embauché par le concierge…

Movie challenge 2017 : un film d’action/d’aventure

J’avais prévu ce film pour la catégorie du Movie challenge « un film avec un(e) acteur/trice que je déteste », en raison de la présence au casting de Léa Seydoux, l’actrice française qui m’insupporte le plus.

Et puis ce film a été choisi pour le Popcorn CinéClub du mois de mars, ce qui tombait à pic. J’avais hâte de le voir (en dépit de Léa Seydoux), car j’avais déjà failli le visionner plusieurs fois, et j’en avais entendu le plus grand bien. C’était donc pour moi l’occasion d’enfin découvrir l’œuvre de Wes Anderson.

Finalement, après l’avoir vu, j’ai décidé de le changer de catégorie, pour deux raisons. La première, c’est que Léa Seydoux apparaît à peine dans deux scènes, donc on ne peut pas dire que j’ai eu un réel effort à faire pour la supporter. La deuxième est que ce film s’est révélé assez différent de ce que j’imaginais, et c’est ce que j’ai voulu souligner en le plaçant dans la catégorie « aventure ».

En effet, si le début du film se situe bien dans le Grand Budapest Hôtel, la suite nous fait parcourir toute la Zubrowka, une république fictive censément inspirée des œuvres de Stefan Zweig, à l’aube d’une guerre (dans les années 30, toute ressemblance avec la Seconde Guerre mondiale ne serait donc pas vraiment fictive). Le sympathique Zero (Tony Revolori), dévoué corps et âme à son employeur Gustave H. (Ralph Fiennes, qui trouve là un rôle moins sérieux que ce à quoi il nous avait habitué), le suit à l’enterrement d’une des clientes habituées du palace. C’est le début des ennuis, puisque la famille de la défunte, Dmitri (Adrien Brody) en tête, ne supporte pas que Gustave fasse partie des héritiers, et lance à ses trousses un terrible tueur (Willem Dafoe).

Dès lors, Zero raconte la course-poursuite de plus en plus rocambolesque qui voit intervenir tout un tas de personnages (tous incarnés par de grands acteurs, pêle-mêle Tilda Swinton, Bill Murray, Mathieu Amalric, Edward Norton, Owen Wilson…) et des lieux improbables (prison, trains, église, téléphérique…). Wes Anderson semble s’amuser comme un fou à promener ses personnages dans des univers très graphiques (on se croirait dans une BD), aux ambiances léchées. Certes, on devine le fond derrière la forme, et on n’a pas le temps de s’ennuyer dans cette cavalcade menée tambour battant, mais il m’a tout de même manqué quelque chose pour adhérer tout à fait aux péripéties. J’ai toujours un peu de mal avec les univers cinématographiques extrêmement marqués, comme avec Jean-Pierre Jeunet par exemple, et le côté surréaliste de l’histoire m’a laissée perplexe. Ce qui m’a raccrochée en cours de route, c’est la présence de l’exceptionnelle Saoirse Ronan, qui crève toujours autant l’écran, même dans un rôle secondaire.

En définitive, même si j’ai passé un bon moment, je n’ai pas été aussi emballée par ce long-métrage que je m’y attendais, et je ne comprends pas vraiment pourquoi tout le monde crie au génie. Mais si vous avez des explications, n’hésitez pas à me les laisser en commentaires !