Lecture commune « En cas de bonheur »

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couverture-livre-en-cas-de-bonheurJean-Jacques et Claire sont ensemble depuis huit ans et s’ennuient, alors, sur les conseils de son ami Édouard, Jean-Jacques décide d’avoir une aventure avec sa stagiaire, Sonia. Se demandant ce qui lui arrive, Claire embauche un détective, Igor, pour suivre son mari…

Ce petit roman de David Foenkinos me faisait de l’œil depuis des années sur mes rayonnages, et je l’ai plusieurs fois emmené avec moi en voyage en me disant que son format poche et son titre léger en faisaient une lecture parfaite pour la plage. Et puis non, à chaque fois j’ai trouvé autre chose à lire avant, et En cas de bonheur est retourné attendre sagement dans ma bibliothèque.

J’ai profité du thème choisi par Lisa pour le Club de lecture du Pingouin vert de juin (un roman léger, estival), pour exhumer ce livre qui me semblait correspondre à la description sans tomber dans la bit-lit, genre avec lequel j’ai beaucoup de mal.

Au final, comme souvent chez Foenkinos, j’ai trouvé le récit plus profond qu’il n’y paraît au premier abord. Derrière un chassé-croisé amoureux sur fond d’agence de détectives, façon vaudeville, l’auteur cache une réflexion habile sur la routine dans le couple et sur les différents types de relations amoureuses, de l’amour conjugal à l’aventure qui flatte l’ego, en passant par le partenaire « de consolation ».

On ne peut pas dire que le sujet soit neuf, il est d’ailleurs conforme à la veine explorée par l’auteur dans la plupart de ses livres (je pense notamment au Potentiel érotique de ma femme ou à Je vais mieux). Mais il y a dans la dextérité de l’auteur à manier la narration quelque chose de rafraîchissant, avec toujours un ou deux retournements de situation qu’on n’avait pas vus venir.

En compagne de Jean-Jacques et Claire, personnages lambdas comme on en connaît tous, j’ai passé un moment très agréable, entre le plaisir addictif de la lecture d’un roman facile à suivre, et une certaine profondeur de réflexion, presque comme une parabole.

Moi qui n’ai pas tellement aimé Charlotte, le livre qui a permis à David Foenkinos d’accéder au rang d’auteur choyé par la critique, lui qui avait débuté comme romancier à succès populaire, je me suis plutôt réconciliée avec son style fait d’aphorismes décalés et de dialogues bien tournés. Avec En cas de bonheur, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans les autres récits de l’auteur, avant ses velléités d’hommage et de sérieux. Certes, malgré une analyse parfois fine des relations de ses protagonistes, ce livre manque de l’émotion et de l’originalité stylistique de La délicatesse, qui reste à mes yeux le chef-d’œuvre inégalé du romancier, avec ses chapitres digressifs intercalés et ses personnages plein de vie et originaux. C’est sans doute ce qui manque à ce roman-ci, des personnages un peu plus hauts-en-couleur. Et en même temps, c’est aussi un signe distinctif des livres de Foenkinos, ce goût pour les personnages en demi-teinte, un peu blasé, un peu loser, qui se sentent perdus dans leur vie et que l’auteur va aider à trouver un chemin pour aller mieux.

Reste un petit roman fort agréable et vite lu (ce qui après le pavé qu’est L’âme des horloges était pile ce dont j’avais besoin), qui donne envie de se replonger dans la bibliographie de son auteur comme on aime retomber sur les objets de son enfance.

Tag d’humeur musicale

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Crédit photo : grainesdeblogueuses.fr

Le principe du tag est simple : trouver une chanson écoutée cette année pour chaque humeur.

Pour célébrer la Fête de la musique comme il se doit, j’avais opté l’an dernier pour un tag. Cette année, faute d’en avoir vu passer un qui me fasse envie ces derniers temps, j’ai décidé de créer le mien concernant les chansons qui ont rythmé cette année.

Et voici les élues !

Une chanson pour danser : 

Une chanson pleine de douceur : 

Une chanson inspirante :

Une chanson pour déclarer sa flamme :

Une chanson qui donne de l’énergie : 

Une chanson nostalgique : 

Une chanson pour douter : 

Une chanson pour se plaindre :

Une chanson mystique : 

Une chanson pour s’ouvrir au monde : 

Une chanson pour surmonter la souffrance : 

Une chanson bouleversante : 

Une chanson pour rêver :

Une chanson pleine d’espoir : 

Je reconnais que je n’ai pas fait énormément de découvertes musicales cette année et que j’ai écouté à peu près toujours les mêmes quatre ou cinq albums ! ^^ Je vous encourage donc vivement à les découvrir !

Et maintenant c’est l’heure des nominations (rire sardonique) !

Cette fois-ci ce sera pour June&cie, Le Tanuki, FanActuel, Popcorn&Gibberish, CharmantPetitMonstre, AnaVerbania, Ibidouu et PauseEarlGrey.

Et pour toutes celles et tous ceux qui voudraient reprendre ce tag, allez-y ! 🙂

Bonne fête de la musique à toutes et à tous !

« La Religieuse » : maison de Dieu, maison des fous

affiche-film-la-religieuseSuzanne Simonin espère être mariée en sortant du couvent, comme ses deux aînées. Mais elle apprend avec désespoir qu’elle est une enfant illégitime et que sa mère la destine à l’état religieux…

J’avais lu le roman de Diderot il y a déjà assez longtemps, avant la sortie de l’adaptation. J’en gardais un souvenir mitigé, et j’avais même oublié comme l’histoire se terminait.

Mais en découvrant l’excellent Sur quel pied danser l’été dernier (qui est dans mon top des meilleurs films de 2016), je me suis souvenue que Pauline Étienne a vraiment un talent fou, et j’ai eu envie de me replonger dans sa filmographie. À peu près tout me faisait envie (sauf Tokyo Fiancée, je me méfie des adaptations de Nothomb depuis le trop bizarre Stupeur et tremblements), mais La Religieuse avait l’avantage de figurer parmi la sélection de ma fameuse médiathèque.

J’avoue, en jetant un œil sur le casting, ayant des souvenirs assez flous du roman, j’ai envisagé la possibilité de scènes vaguement érotiques entre Pauline Étienne et Louise Bourgoin, et je me suis dit que le réalisateur cherchait à attirer le chaland. Mais je n’y étais pas du tout.

En effet, l’aspect le plus connu du roman de Diderot, qui met en lumière les pratiques licencieuses d’une mère supérieure avec ses sœurs, n’intervient que tardivement dans l’œuvre. En réalité, le film s’appesantit davantage sur le début du livre, détaillant la façon dont Suzanne est peu à peu poussée vers le voile qu’elle ne souhaite pas prendre, puis finalement contrainte de prononcer ses vœux. C’est alors le début d’un long cauchemar pour la jeune fille qui perd aussitôt son seul appui puisque Madame de Moni, la supérieure qui l’avait prise en affection, est remplacée par la terrible et cruelle sœur Christine (Louise Bourgoin, donc). Difficile pour le spectateur de supporter l’acharnement qui s’abat sur la jeune Suzanne qui, en dépit de son aversion pour l’état religieux, fait figure de sainte tant elle endure avec patience ses tourments.

Espérant par le recours d’un avocat faire annuler ses vœux, elle parvient au moins à changer de couvent et devient alors la favorite de la mère supérieure de Saint-Eutrope. Isabelle Huppert est assez convaincante dans ce rôle dont elle n’a pourtant pas vraiment le physique (la mère est censée être tout en rondeurs) mais quelque chose m’a manqué dans ce passage. Il est vrai que tout le film présente une esthétique assez lisse, froide, dans des tons blancs et beiges, mais j’espérais quand même un peu de chaleur dans cette deuxième partie, quelque chose qui retranscrive l’atmosphère d’érotisme permanent qui m’était restée en mémoire. Or j’ai trouvé l’adaptation très prudente sur cette partie, se contentant d’une ou deux scènes où la mère est prise de transports subits et assez irréalistes.

La fin du film m’a surprise, j’ai donc vérifié ce qu’il en était de l’œuvre de Diderot pour découvrir qu’en effet, le scénario de Guillaume Nicloux et Jérôme Beaujour s’en éloignait, peut-être pour le mieux d’ailleurs.

Très peu tentée par le reste de la filmographie de ce réalisateur, j’aurais tendance à voir dans La Religieuse ce qu’il a fait de plus intéressant. Cependant, en dépit de la performance très touchante de Pauline Étienne, je suis un peu restée sur ma faim. Cela dit, il me semble que le roman m’avait vaguement laissé la même impression. Il n’empêche que la dénonciation fonctionne, et que ces couvents remplis de folles et dirigés par des règles iniques ont de quoi dégoûter n’importe qui de l’enfermement religieux !

« Tel père, tel fils » : un long fleuve tranquille ?

affiche-film-tel-pere-tel-filsRyota, architecte, et son épouse, ont toujours tout fait pour que leur fils devienne brillant. Alors que Ryota s’inquiète du caractère doux et peu ambitieux de Keita, la maternité où l’enfant est né lui apprend qu’il y a eu un échange de nourrissons et que Keita n’est pas son fils… 

Movie challenge 2017 : un film d’un réalisateur asiatique

L’an dernier, pour cette même catégorie du Movie challenge, j’étais tombée un peu par hasard sur Nobody Knows. Plutôt séduite, j’ai décidé de faire confiance une fois encore à Hirokazu Kore-eda, en choisissant Tel père, tel fils.

Avant même d’avoir vu le film, j’avais l’impression qu’il s’agissait d’une sorte de remake japonais de La vie est un long fleuve tranquille : deux familles de milieux sociaux très différents, deux enfants échangés à la naissance… Le sujet est bien le même, mais le traitement diffère.

Fidèle à lui-même, le cinéaste installe une atmosphère sans se précipiter, prend le temps de nous montrer le quotidien de Keita avec ses parents, dans des scènes de la vie courante apparemment insignifiantes mais que la caméra sait rendre révélatrices en fixant un regard, un geste, une expression. Je trouve que le cinéma asiatique a souvent un côté très contemplatif, et la façon de traiter les sujets familiaux de Kore-eda s’inscrit dans cette veine, avec une certaine lenteur, de longs plans sur les visages des protagonistes (voire sur leurs mains ou leurs pieds).

C’est un rythme auquel j’ai un peu de mal à m’adapter, moi qui suis plutôt amatrice de dynamisme, d’intensité et de répliques qui font mouche. Pourtant je ne peux pas nier un certain charme à ce film, ni une certaine finesse dans l’analyse de la société japonaise qui transparaît dans l’opposition de deux modèles familiaux. D’un côté, les Nonomiya incarnent la volonté de réussir, la rigueur, le travail acharné, le sérieux emblématiques du pays. De l’autre, les Saiki sont pour nous, occidentaux, plus loin du cliché : dans leur petite boutique d’électroménager, le père vend de tout et répare les jouets des enfants, et la maison retentit sans cesse des rires des trois gamins laissés libres de leurs occupations. Par comparaison avec Ryota, qui semble presque sans cœur, la famille Saiki, notamment le père, sont beaucoup plus attachants pour le spectateur, car l’amour qu’ils portent à leurs enfants est nettement plus évident.

Si le cheminement de l’intrigue n’est pas très surprenant, on peut quand même être touché par l’évolution de Ryota qui, au contact des Saiki et de Ryusei, son fils biologique, découvre un autre mode de vie et une nouvelle façon d’envisager sa paternité. J’ai bien aimé également les rôles féminins : même si on les voit moins, les deux femmes font preuve de plus d’empathie et de solidarité que leurs maris dans cette épreuve.

Un joli film délicat et touchant sur la parentalité, qui reste pour moi une forme d’expérience sortant de ma zone de confort cinématographique.

 

« Magic in the moonlight » : esprit, es-tu las ?

affiche-film-magic-in-the-moonlightWei Ling Soo, de son vrai nom Stanley Crawford, illusionniste chevronné, accepte, à la demande de son ami Howard, de se rendre dans le Sud de la France où officie auprès d’une riche famille la jeune Sophie Baker. Stanley veut démasquer celle qu’il croit être une fausse médium…

En dépit de l’inégalité de sa production prolifique, un film de Woody Allen est toujours pour moi comme une petite gourmandise piochée dans un paquet de bonbons aux multiples saveurs : on ne sait pas exactement sur quoi on va tomber, mais dans tous les cas, on devrait savourer quelque chose de sucré et plutôt agréable.

Ce Magic in the moonlight avait sur le papier tout pour me plaire : un côté vintage et élégant lié à l’époque et au choix de Colin Firth, des thématiques propres à offrir les scènes magiques dont Allen a le secret et Emma Stone, que j’avais bien aimée dans L’Homme irrationnel, avant qu’elle ne devienne l’actrice de l’année 2017 (et que j’entreprenne de rattraper toute sa filmographie – ok, pas toute, toute non plus).

Bref tout partait pour le mieux et j’étais enchantée de retrouver dès les premières images un univers de magiciens un peu surjoué et de communication avec l’au-delà qui m’a rappelé Scoop. Mais, en dépit de ces atouts, quelque chose n’a pas totalement fonctionné.

Assez vite, on comprend que le magicien va avoir plus de mal que prévu à démasquer la jeune médium : celle-ci est constamment entourée par sa mère et la famille qui les héberge (en particulier le fils qui rêve de l’épouser et lui chante régulièrement la sérénade de façon ridicule – mais assez drôle). Surtout, elle semble réellement avoir des visions. J’ai eu du mal avec le côté exagéré des séances de spiritisme. J’imagine qu’il s’agissait de se moquer de ces pratiques, mais il devient difficile d’envisager que même Stanley finisse par douter sérieusement !

En dépit d’une scène assez jolie au planétarium (décidément, quel romantisme dans ces planétariums !), j’ai trouvé que le couple Colin Firth-Emma Stone ne s’accordait pas vraiment. Peut-être suis-je trop influencée par La La Land, ou est-ce juste que les deux personnages qu’ils incarnent ne sont pas vraiment sympathiques ? En tout cas leurs sentiments semblent surgir de nulle part. Étonnant de la part d’un Woody Allen qui nous a habitué à mieux côté émotion, par exemple dans le récent Café Society.

Finalement le personnage que j’ai préféré est celui de la tante (Eileen Atkins), en particulier dans la scène où elle incite son neveu à réfléchir à son avenir amoureux. On y retrouve, un peu tard, la verve coutumière de Woody Allen. J’ai aussi apprécié la révélation du pot aux roses concernant les dons de Sophie, même s’il ne s’agissait pas d’une grande surprise.

Sans être déplaisant, ce film n’est pas vraiment un grand cru de Woody Allen, qui nous a habitués à beaucoup plus d’esprit et de magie. Un comble vu le sujet du film !

Tag Questionnaire de Proust

proustLe principe de ce tag est de répondre au célèbre questionnaire de Marcel Proust et de nommer d’autres blogueurs pour qu’ils en fassent autant.

Je remercie June(&cie) qui a eu la bonne idée de faire de ce questionnaire qu’elle avait reçu un tag à partager avec ses copinautes. J’ai toujours été friande de ce genre d’exercice et je m’y plie avec joie !

Ton principal trait de caractère : j’hésite entre spontanée et passionnée, je vais donc dire enthousiaste.

La qualité que je désire chez un homme : j’aurais bien dit « le féminisme ». Plus précisément : la capacité à comprendre les femmes, ou à les respecter même quand il ne les comprend pas. Et par ailleurs, l’esprit, le côté witty, comme disent les Anglais.

La qualité que je préfère chez une femme : la joie de vivre.

Ce que je préfère chez mes amis : qu’ils sachent écouter sans juger.

Mon principal défaut : le goût du paradoxe (qui a dit « l’esprit de contradiction » ?) et l’incapacité à cacher ce que je pense.

Mon occupation préférée : écrire. Et rêver.

Mon rêve de bonheur : que les journées durent 48 heures et qu’on puisse se téléporter. Le temps qui passe si vite me désole, il y a tant de choses que je voudrais faire…

Mon plus grand malheur : perdre les gens que j’aime.

Ce que je voudrais être : écrivain.

Le pays où je désirerais vivre : Paris, France, merci ! Si vraiment je devais partir, j’opterais pour une autre capitale européenne.

La couleur que je préfère : une déclinaison de rouge ou de bleu, selon l’humeur.

La fleur que j’aime : l’orchidée. Une fleur aussi gracieuse avec un nom d’organe génital, un paradoxe comme je les aime !

L’oiseau que je préfère : la mésange. Et le corbeau (sorry not sorry).

Mes auteurs favoris en prose : je vais certainement en oublier ! Dans les classiques, Voltaire, Diderot, Stendhal, Maupassant, Aragon. Dans les contemporains, Alain Cadéo, Pierre Raufast, Serge Joncour, Anna Gavalda, Franck Courtès…

En anglais, Edith Wharton, Thomas Hardy, Joyce Maynard, Benjamin Wood. En philosophie, Alain, Kierkegaard et Martin Büber.

Mes poètes préférés : Éluard et Aragon.

Mes héros favoris et mes héroïnes favorites dans la fiction : je les traite ensemble car il s’agit souvent de couples de fiction. Par exemple, ado, j’étais super fan de Cécile et Éloi dans Vive la République ! Sinon, plus célèbres, Julien Sorel et Madame de Rénal. En pagaille, Candide, Gabriel Oak, Lily Bart, Hermione Granger.

Au cinéma et dans les séries : Birgitte Nyborg dans Borgen, les Sensates (en particulier Riley et Kala), Mia et Sebastian dans La La Land, Dorothée et Nicolas dans Ensemble, nous allons vivre une très très grande histoire d’amour. En fait comme trait de caractère j’aurais peut-être dû écrire romantique. 😉

Mes compositeurs préférés : on va élargir aux musiciens : Vincent Delerm, Norah Jones, Ben Mazué, London Grammar, Yodélice, Natalia Doco, Woodkid. Et tant d’autres !

Mes peintres favoris : Kandinsky, Klimt, Friedrich, Georges Lemmen.

Mes héros dans la vie réelle : les anonymes qui sauvent des vies, éduquent les enfants, soignent les malades…

Mes héroïnes dans l’histoire : Simone Veil, Malala, et toutes celles qui ont lutté pour les droits des femmes.

Mes noms favoris : je ne comprends pas trop cette catégorie. Nom propre, nom commun, prénom ? Donc j’en profite pour dire que j’adore les prénoms et leur signification en général, je trouve fascinante l’influence du prénom sur le caractère. D’autres lisent bien l’horoscope !

Ce que je déteste par dessus-tout : la haine, l’injustice, l’absence d’éthique, les esprits fermés, l’absence de sensibilité (notamment artistique).

Caractères que je méprise le plus : les gens qui se complaisent dans la bassesse, la bêtise. Ceux qui cherchent à ce qu’ils y restent. À l’inverse, les gens trop exigeants envers les autres, qui méprisent la moindre faiblesse. Les hypocrites. Les gens sans scrupules.

Le fait militaire que j’admire le plus : le fait de ne pas avoir engagé la France dans la guerre en Irak.

La réforme que j’admire le plus : le droit de vote des femmes, le droit à la contraception et à l’avortement, les mesures sociales du Front populaire.

Le don de la nature que je voudrais avoir : une belle voix de chanteuse.

Comment j’aimerais mourir : comme je l’aurai décidé.

État présent de mon esprit : résolue à avancer toujours, sans jamais rien sacrifier.

Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence : l’excès d’enthousiasme, la naïveté, le manque de confiance en soi, la maladresse.

Ma devise : « Mieux on remplit sa vie, moins on craint de la perdre. » (Alain)

 

Et les nommés sont…

Aude Cenga (je sais que tu adores les questionnaires de Proust ^^)

Tinalakiller

Petit Pingouin Vert

Beyond the lines

Discutons un peu

Sorbet-Kiwi

« L’âme des horloges » : le labyrinthe d’une vie

couverture-livre-l-ame-des-horloges1984, Holly Sykes a 16 ans. Après une dispute avec sa mère, elle décide d’arrêter l’école et fait une fugue. Mais le lendemain, Jacko, son petit frère de 7 ans, a disparu lui aussi. Quel rapport avec les voix qu’entendait Holly dans son enfance ?

Ayant énormément aimé Cloud Atlas (le film), je m’étais procurée le roman en VO, mais, vaincue par l’anglais de toutes les époques (y compris futuriste), j’ai reporté la lecture du roman de David Mitchell. Lorsque j’ai vu apparaître dans le catalogue de l’Olivier L’Âme des horloges, ma curiosité m’a poussée vers ce roman. Bon, la curiosité est un vilain défaut, car moi qui n’aime pas les pavés, il se trouve que le roman fait tout de même 780 pages en traduction. Je l’ai donc emmené partout avec moi pendant plus d’un mois, et j’ai cru que je n’en viendrais jamais à bout !

Et pourtant le livre valait vraiment la peine de faire l’effort de le finir. Comme avec Cloud Atlas, David Mitchell propose avec The Bone clocks (le titre original, plus pertinent par rapport au contenu de l’histoire : en effet, les Atemporels appellent les humains qu’ils infiltrent des « horloges d’os ») un univers riche, cohérent, s’étalant sur une très longue période temporelle (ici de 1984 à 2043).

À la différence de Cloud Atlas, ce roman suit principalement un personnage, Holly, à travers tous les âges de sa vie. En apparence jeune fille ordinaire d’Angleterre, elle est en fait le témoin privilégié de la guerre sans merci que se livrent deux groupes d’entités atemporelles, des âmes qui vivent plusieurs vies et ne peuvent pas mourir de vieillesse, les Horlogers et les Anachorètes. À ce stade, vous aurez compris que le roman appartient au genre fantastique, puisqu’i.l mêle éléments quotidiens et phénomènes paranormaux.

Moi qui ne suis pas très fan de tout ce qui n’est pas cartésien, j’ai eu un peu de mal à entrer vraiment dans cet aspect du roman, qui abuse d’un lexique spécifique jargonnant (« Chapelle du Vêpre », « suasion », « psychosotéricien »…). L’avant-dernier chapitre, dédié à l’explication de tous ces phénomènes, m’a donc paru un peu long.

Cela dit, j’ai pris plaisir à suivre Holly et son entourage. Dès les premières lignes, j’ai apprécié le ton très vivant dont l’auteur faisait preuve en se glissant dans la peau de l’adolescente, réussissant d’emblée à me la rendre sympathique. Par la suite, chaque chapitre change de narrateur, avec toujours un ton particulier et reconnaissable. En alternant points de vue et époques de chapitre en chapitre, David Mitchell introduit un suspens permanent : où et comment va-t-on recroiser Holly à chaque fois ? De plus, on découvre au détour d’une ligne des événements importants de sa vie qui se sont déroulés pendant les ellipses, et cette manière de faire, de ne pas forcément se focaliser sur les jours majeurs de son existence, m’a séduite. Cela évite de conférer au livre une tonalité larmoyante, car Holly a eu le temps de vivre de nombreux drames…

Surtout, j’ai apprécié le dernier chapitre du livre, qui nous plonge dans un futur peu réjouissant : pénurie d’électricité et de pétrole, accidents nucléaires, effondrement d’Internet, retour à une sorte de Moyen-Âge où l’on cultive des légumes anciens sous des tunnels… L’avenir que nous prédit Mitchell si nous continuons à épuiser nos ressources ne fait pas rêver, et constitue une piqûre de rappel nécessaire. Une conclusion éthique pour cette fresque épique, que l’on verrait bien adaptée au cinéma.

« Je ne suis pas un salaud » : déception de l’antiphrase

affiche-film-je-ne-suis-pas-un-salaudPoignardé un soir dans une bagarre, Eddie désigne Ahmed, qu’il est sûr d’avoir déjà vu quelque part, comme son agresseur. Malgré les dénégations de celui-ci, Eddie confirme le reconnaître, et tente de se réconcilier avec son ex-femme…

Il est assez rare que je marque une franche déception face à une œuvre, littéraire ou cinématographique. D’une part, parce que je respecte le travail des artistes, et que je me dis que, si je n’ai pas aimé quelque chose, cela pourrait plaire à d’autres. D’autre part, parce que je connais mes goûts et que je choisis en général de consacrer mon temps à des œuvres dont je sens qu’elles ont de grandes chances de me plaire, ou du moins de m’intéresser d’une manière ou d’une autre.

C’est pourquoi j’ai voulu voir Je ne suis pas un salaud, d’abord pour la promesse de retrouver Nicolas Duvauchelle et Mélanie Thierry, après leur collaboration dans le très beau Comme des frères. De ce point de vue, rien à redire : l’acteur est quasiment de tous les plans, et fait preuve d’un jeu plus en actes qu’en mots pour incarner ce personnage fermé, qui ressasse ses doutes sans jamais se confier, jusqu’à imploser. Face à lui, Mélanie Thierry trouve un rôle de femme aimante, mais victime de son amour pour un homme qui ne le mérite pas. Lucide malgré tout, elle incarne le genre de mère courage que le cinéma social sait mettre en valeur.

Mais la deuxième raison pour laquelle je souhaitais voir ce film, c’est le résumé, trouvé sur Allociné et Wikipédia. Je vous le livre tel quel : « Lorsqu’il est violemment agressé dans la rue, Eddie désigne à tort Ahmed, coupable idéal qu’il avait aperçu quelques jours avant son agression. Alors que la machine judiciaire s’emballe pour Ahmed, Eddie tente de se relever auprès de sa femme et de son fils et grâce à un nouveau travail. Mais bientôt conscient de la gravité de son geste, Eddie va tout faire pour rétablir sa vérité. Quitte à tout perdre… »

C’est là que le bât blesse. Je sais bien que parfois il faut savoir faire fi de ses attentes pour accueillir un film tel qu’il est, même s’il ne correspond pas à ce qu’on avait pu imaginer. Mais là, j’en veux à ceux qui ont diffusé ce résumé, qui spoile quasiment les dernières minutes du film. Car, ce n’est qu’au moment du procès qu’Eddie finit par innocenter Ahmed. Jusque-là, il n’aura pas cherché à revenir sur ses accusations, au contraire ! Même si on sent bien qu’il n’est pas sûr, depuis le début, il s’enferre dans sa haine et sa volonté de revanche. C’est au contraire l’institution judiciaire qui doute et qui lui demande de bien réfléchir. Pourquoi donc nous le présenter dans le résumé comme un homme qui cherche à faire éclater la justice coûte que coûte ? Eddie aurait pu être un brave type qui met tout en œuvre pour réparer son erreur (qui n’en fait jamais ?), et le titre du film aurait alors trouvé tout son sens.

Mais j’ai eu beau faire, je n’ai pas réussi un instant à sympathiser avec Eddie. Pour moi, « salaud » est une insulte qui le décrit assez bien. Paumé, alcoolique, faible, querelleur, Eddie est celui qui a causé l’échec de son mariage par son comportement excessif et son incapacité à conserver un emploi. Il est aussi celui qui n’est pas capable d’élever un enfant avec des règles et sans le mettre en danger. Ou encore celui qui hait tous ceux qui possèdent ce qu’il n’a pas. Qui cherche la bagarre avec les premiers venus parce que la violence, ça lui plaît. Qui n’hésiterait pas à frapper femme et enfant sous le coup de pulsions de colère. Même la chute du film ne m’a semblé qu’une confirmation de cet état de fait.

D’où une vraie déception de ma part, qui ne veut pas dire que le film d’Emmanuel Finkiel n’a aucun intérêt. Simplement, j’aurais largement préféré voir une œuvre correspondant au résumé attribué au film, car il y aurait à mon avis eu matière à un film vraiment prenant et engagé.

« Love & Friendship », le plus caustique des Jane Austen

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affiche-film-love-and-friendshipLady Susan arrive à Churchill précédée de sa réputation de séductrice. Pourtant, le frère de sa belle-sœur ne tarde pas à la trouver brillante et à la défendre auprès de tous. Jusqu’au jour où Frederica, fille de Lady Susan, les rejoint après avoir fugué de son pensionnat, suivie par James Martin, son prétendant…

Movie challenge 2017 : un film qui se déroule avant le XXe siècle

Pas de panique si la migraine vous guette rien qu’à la lecture de mon résumé du film de Whit Stilman. Comme dans toutes les adaptations de Jane Austen (que j’ai presque toutes vues), les personnages sont assez nombreux et leurs connexions sociales pas toujours aisées à démêler.

Attirée par les critiques qui faisaient de Love & Friendship un film un peu différent, plus noir et drôle que les autres Austen, j’étais impatiente de le découvrir. Pourtant, la fausse bonne idée du générique présentant tous les protagonistes de l’histoire m’a plus perdue qu’autre chose au départ. Lorsque l’histoire a démarré, j’en étais encore à essayer de comprendre qui était la belle-sœur de truc et qui le fils de bidule. Heureusement, cette présentation n’était pas si nécessaire.

En effet rapidement l’histoire se met en place et l’on comprend qui est qui est quels sont les enjeux. Lady Susan (Kate Beckinsale, que j’ai appréciée de voir dans autre chose que des films de vampires) concentre les regards mais aussi les critiques en raison de son statut de séductrice. Comme le dit plus tard le nigaud James Martin (Tom Bennett, qui a dû se régaler à jouer ce personnage d’imbécile heureux), ce comportement frivole et cet appétit sensuel sont à l’époque tolérés chez les hommes, mais pas chez les femmes. En cela Lady Susan aurait pu apparaître comme un personnage féministe avant l’heure, revendiquant sa liberté amoureuse et sexuelle.

Or ce n’est pas vraiment ce qui ressort de ce personnage, qui ne s’inscrit pas dans la lignée d’une Elizabeth Bennett encore plus audacieuse. Non, si ce récit est bien différent à mes yeux des autres œuvres de Jane Austen, c’est parce qu’il ne s’attache pas à suivre une jeune héroïne à laquelle le spectateur peut s’identifier. Ici, le personnage féminin qui se rapproche le plus de l’héroïne austenienne (dans une veine plutôt douce façon Elinor que Elizabeth Bennett), c’est Frederica, la fille de Lady Susan, qui ne peut se résoudre à épouser le stupide prétendant auquel sa mère est prête à la vendre.

Car Lady Susan est un personnage de femme aussi belle et intellectuellement brillante que son cœur paraît sombre. Certes, l’histoire nous permet de comprendre ses motivations : elle est veuve et désargentée, ne possède pas de propriété et doit donc vivre sans cesse chez des parents, et elle n’a pas les moyens de payer l’éducation de sa fille. Elle doit donc absolument trouver une source de revenus pour éviter de se retrouver à la rue. Pour autant, si cet aspect de la situation est suffisamment bien développé pour nous permettre de compatir, les actes et les paroles de Lady Susan retournent le spectateur contre elle. Plus que son rapport aux hommes, qui ne sont envisagés que comme des partis potentiels (en particulier le jeune Reginald DeCourcy, un peu fade), ce qui choque est son absence d’amour pour son enfant, dont elle ne prend aucunement en compte le tempérament et les aspirations. Cela conduit à un portrait un peu lisse de la jeune fille, que l’on aperçoit surtout dans ses interactions avec sa mère.

Je n’ai pas lu le roman, mais j’ai trouvé que Whit Stilman proposait une version assez caustique de cette histoire. Sous les magnifiques décors et costumes et le côté assez cérémonieux des relations sociales de l’époque se cache un film incisif avec des scènes particulièrement drôles, comme lorsque la suivante de Lady Susan renchérit sur tout ce qu’elle dit, alors même que celle-ci est d’une mauvaise foi évidente. Et bien sûr, toutes les apparitions de James Martin sont une occasion de rire à ses dépens.

J’ai bien aimé ce ton particulier, mais je ne suis pas certaines que le film ravira tous les fans de Jane Austen, car ce qu’il gagne en humour et en critique sociale, il le perd du côté du romantisme et de l’attachement que l’on pourrait éprouver pour les personnages. Plutôt un plaisir intellectuel qu’émotionnel donc, en dépit d’un titre qui aurait laissé présager l’inverse.

« Les fantômes d’Ismaël » : tempête sous un crâne

affiche-film-les-fantomes-d-ismaelAlors qu’Ismaël écrit un film au sujet de son frère, diplomate, sa compagne Sylvia lui annonce qu’elle vient de rencontrer sur la plage Carlotta, l’épouse d’Ismaël, qui s’était évaporée 21 ans plus tôt et qu’il avait déclarée absente… 

De Desplechin, j’avais vu Trois souvenirs de ma jeunesse, qui m’avait un peu agacée mais que j’avais bien aimé, pourtant. Poussée par la curiosité, j’ai eu envie de découvrir son nouveau film, présenté en ouverture du Festival de Cannes. Après tout, l’an dernier, l’ouverture avait été faite par Café Society, que j’ai beaucoup aimé.

Je remercie Baz’art chez qui j’ai gagné les places qui m’ont permis de satisfaire ma curiosité. Hélas, le temps que je trouve un moment pour aller voir le film, il ne passait plus en version longue (celle voulue par le réalisateur, mais la plus largement diffusée est une version raccourcie d’un quart d’heure environ).

J’étais prévenue par quelques critiques entendues au sujet du film que je risquais de le trouver haché et décousu, et finalement cela ne m’a pas du tout choquée. C’est devenu un procédé assez courant dans le cinéma contemporain de sauter d’une scène à l’autre en laissant le spectateur combler les ellipses, et ici j’ai trouvé que cela s’accordait bien avec le sujet du film. En effet, Desplechin met en scène (et je pèse mes mots, car il y a dans le film, surtout dans sa première moitié, un côté très théâtral) un personnage de réalisateur tentant d’écrire son nouveau film, comme un double de lui-même. Exit Paul Dédalus dans ce film, et pourtant, on retrouve un Ivan Dédalus dans le film d’Ismaël, inspiré par son frère (Louis Garrel, que j’ai beaucoup aimé dans ce rôle, ce qui mérite d’être souligné car je n’ai jamais pu le supporter jusqu’ici).

Dans une scène qui passe assez inaperçue, on voit Ismaël affairé à écrire sur des petits papiers qu’il assemble sur de grandes feuilles pour composer son film scène par scène. Et à mon sens c’est exactement ce que fait le film : en nous offrant des moments juxtaposés, parfois individuellement incompréhensibles, le film écrit peu à peu une histoire cohérente et sensible. Au début insupportables, les personnages, qui pourraient tous passer pour des psychopathes, Carlotta en tête (Marion Cotillard, magnifique en revenante manipulatrice et solaire), gagnent en densité à mesure que le film s’éparpille. Il faut tout de même le dire, ce long-métrage part dans tous les sens, entre les amours compliquées d’Ismaël (Mathieu Amalric, le spécialiste de l’épave hallucinée), les différentes époques de sa relation avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg, finalement plus normale qu’à l’ordinaire comparée aux autres, et très gracieuse ici), ses démêlés avec son film et les extraits de celui-ci qui s’intercalent au petit bonheur.

Je comprends tout à fait qu’on puisse ne pas aimer ce film, sorte d’ovni à fleur de peau, qui abuse de la musique hitchcockienne, des répliques théâtrales, des cadrages sur des miroirs offrant des mises en abyme sublimes. Pour ma part malgré quelques moments de flottement, j’ai été bluffée par l’esthétisme du film, qui met parfaitement en valeur ses interprètes et se regarde comme un objet très beau et très bizarre récupéré dans une improbable brocante, et dont on pressentirait qu’il vaut bien plus cher que ce qu’on l’a payé. Et j’ai passé un agréable moment, notamment grâce aux dialogues surréalistes qui ont déclenché les rires de la salle. Sur ce, « je vais faire des œufs au plat ».