« Petite amie » : fille d’hier et d’aujourd’hui

pochette-album-petite-amiePortrait contrasté d’une femme des années 2010, le premier album de Juliette Armanet nous fait voyager dans un univers influencé par la tradition de la chanson française…

La première fois que j’ai entendu parler de Juliette Armanet, c’était à l’occasion de son duo « Corail » avec Julien Doré. Puis j’ai entendu quelques reprises de « L’amour en solitaire » dans des télécrochets et j’ai découvert sa traduction de « I feel it coming ». J’avais l’impression que tout le monde ne parlait que d’elle, mais il aura fallu sa reprise de « Y a pas que les grands qui rêvent » dans l’album Souvenirs d’été de Deezer pour que je me penche réellement sur son album.

Mélange d’ambiances et de rythmes, l’album alterne morceaux endiablés, dansants et énergiques (« Un samedi soir dans l’histoire », « L’Indien »…) et ballades douces et mélancoliques en piano-voix (« Sous la pluie », « L’accident »…). Côté voix, Juliette Armanet bénéficie d’une tessiture large, avec des aigus éthérés qui vont jusqu’à rappeler Mylène Farmer (le refrain de « Cavalier seule ») et des accents plus graves qui ne sont pas sans faire penser à Véronique Sanson (« Star Triste »).

Maline, l’auteur-interprète crée un univers hybride comme une synthèse des années 80 à nos jours, tant dans les mélodies et leurs arrangements que dans les thématiques abordées et leur style. Le résultat est particulièrement prenant, avec des titres qui trouvent une résonnance en chacun (en tout cas en chacune) et des airs qui restent en tête.

L’air de ne pas y toucher, lancées sur des mélodies parfois festives, les paroles n’en sont pas moins soignées et subtiles, affirmant avec force l’identité d’une jeune femme d’aujourd’hui. Une revendication très moderne d’indépendance féminine (« sans chercher jamais de garçon », clôture du titre « Cavalier seule ») côtoie des chansons d’amour plus classiques, dans la grande tradition de la chanson française (comme une France Gall par exemple). Ce n’est sans doute pas un hasard que la revendication émancipatrice « Cavalier seule » soit immédiatement suivie de la déclaration emphatique à « Alexandre » (« t’as beau être odieux, tu es mon Dieu »).

Ce qui se dessine au fil des 16 titres de l’édition « délice » de l’album, c’est un portrait faussement impudique d’une femme des années 2010, tiraillée entre indépendance et désir d’amour fou, force et sensibilité, joie de vivre et mélancolie, audace et classicisme, rêverie et réalisme.

Le disque se clôt sur un de ses titres à la fois les plus poétiques et les plus terre-à-terre, « Adieu Tchin Tchin », chanson de rupture idéale, et personnellement le morceau qui me bouleverse le plus. Avec élégance, la voix mi-travaillée mi-enfantine dresse le bilan honnête d’une relation qui s’achève non pas faute de sentiments mais parce qu’il n’« y a plus l’espace pour un happy ending ». Comme résignée à la violence d’une fin d’histoire, la chanteuse reconnaît ses torts et ce que l’autre lui a apporté, et nous offre cette métaphore qui suffit à justifier mon enthousiasme pour cet album de coming of age : « avant toi j’avais le cœur blond platine »…

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« Tout n’est pas perdu » : mémoire enfouie

couverture-livre-tout-n-est-pas-perduAlan Forrester, psy à Fairview, doit traiter le cas d’une jeune fille, Jenny, qui a subi un viol puis un traitement visant à en effacer le souvenir pour lutter contre le stress post-traumatique…

J’avais depuis assez longtemps dans ma PAL le premier roman de Wendy Walker, que j’avais un peu oublié. Lorsque j’ai vu paraître son deuxième au début de l’année, cela m’a rappelé que je devais lire celui-ci.

J’étais assez séduite d’emblée par la ressemblance physique du livre avec Les apparences (Gone Girl), également paru chez Sonatine : même style de couverture, même couleur, et mention de Gillian Flynn sur la quatrième.

Je trouve aux deux récits deux éléments de parenté assez évident : le dévoilement progressif des informations sur les personnages principaux, et le côté très addictif du récit. Cette fois-ci, je ne me suis pas endormie sur le livre à 5h du matin, mais je l’ai quand même rapidement dévoré, impatiente de connaître le fin mot de l’affaire : allait-on enfin connaître l’identité du violeur de Jenny ? La jeune fille et sa famille surmonteraient-elles le traumatisme ?

Pour un coup d’essai, la romancière réussit à s’approprier les codes du thriller psychologique en choisissant de faire du psy l’unique narrateur du récit. Semblant d’abord extérieur aux faits qu’il raconte, celui-ci se retrouve de plus en plus impliqué, entre les différentes parties prenantes de l’affaire, jusqu’à devenir le personnage central de l’intrigue.

Le scénario est bien mené, avec des rebondissements bien placés, des fausses pistes, et un suspens constant. Moins sidérant que les œuvres de Gillian Flynn dans ses révélations, Tout n’est pas perdu compose cela dit des personnages aux psychés cohérentes et complexes, plus fascinants qu’attachants. Le récit s’octroie une entorse avec la réalité des traitements du syndrome post-traumatique (le traitement censé effacer complètement les souvenirs de l’événement traumatique n’existe pas encore tel quel à ce jour) mais c’est pour mieux interroger la reconstruction des victimes, en plus de préserver le suspense.

Si j’avais un léger reproche à faire au livre, ce serait sa construction en puzzle, dans laquelle toutes les pièces finissent par s’imbriquer pour servir à quelque chose, de sorte que certains éléments semblent parfois entrer presque de force dans le tableau complet, juste pour n’avoir pas servi à rien.

Néanmoins j’aurais été curieuse de voir ce récit adapté au cinéma : il semble que les droits aient été acquis et que Reese Witherspoon ait travaillé à cette adaptation mais jusqu’ici celle-ci n’a pas vu le jour.

« Woman at war » : héroïne à l’Antique

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affiche-film-woman-at-warHalla est prof de chant, mais elle est aussi combattante. Contre un projet industriel qui menace de défigurer son pays, elle lutte avec les moyens du bord et la complicité d’un officiel du ministère…

Movie challenge 2018 : un film européen hors France

Présenté lors de la semaine de la critique à Cannes (il a reçu le prix SACD), le film de Benedikt Erlingsson m’avait séduite sur la base de quelques éléments épars : une héroïne, l’Islande, un film engagé. À part ça, je ne savais pas trop à quoi m’attendre.

Et je pense que même si j’en avais su davantage concernant le scénario, j’aurais tout de même eu quelques surprises avec ce long-métrage étonnant qui mêle plusieurs thèmes forts et quelques idées tirant du côté de l’absurde pour proposer une sorte de conte philosophique des temps modernes mêlant réalisme et onirisme.

La « bizarrerie » la plus flagrante du film, c’est sans doute la gestion de la musique. En effet, la bande originale est interprétée par une petite formation de 3 musiciens qui apparaissent à l’écran, peu à peu accompagnés de 3 choristes en tenue traditionnelle ukrainienne. Ce procédé qui consiste à faire des musiciens des personnages à part entière avait déjà été expérimenté : je venais justement de découvrir Les Sentiments dans lequel le chœur tient un rôle assez similaire. Ici les instrumentistes représentent en quelque sorte le combat d’Halla pour la nature : la musique s’accélère au rythme du cœur tambourinant d’inquiétude de la militante lorsqu’elle risque d’être attrapée, puis se calme lorsqu’elle s’allonge le visage dans la mousse. Les choristes représentent le deuxième thème majeur du film, sur lequel la promotion du film a moins insisté : la famille.

En effet, si le film a clairement pour objet le militantisme écologique, le spectateur n’aura pas tant que ça de détails à disposition pour comprendre pleinement les tenants et les aboutissants de la guerre que livre Halla contre l’industrie islandaise. À peine perçoit-on qu’elle coupe l’électricité régulièrement pour dissuader les Chinois de signer un contrat avec une entreprise de son pays.

Car cette figure d’Artémis profondément amoureuse de la nature, qui lutte quasi seule (son allié lui apporte des informations mais aucun soutien logistique) n’est pas si isolée qu’on peut le croire au début du film : Halla se découvre par hasard un cousin éloigné qui lui sauve la mise à plusieurs reprises, elle a également une sœur jumelle prof de yoga aux préoccupations toutes spirituelles… et bientôt peut-être un enfant, lorsqu’elle apprend que la procédure d’adoption engagée 4 ans plus tôt pourrait aboutir.

En choisissant de ne pas dévoiler le passé de son héroïne, ni les détails de son combat, le réalisateur fait d’Halla (épatante Halldora Geirhardsdottir) une figure quasi mythologique, qui, comme dans les grandes tragédies de l’époque, doit choisir entre plusieurs combats, entre son désir de sauver les montagnes islandaises ou une petite ukrainienne.

Mené tambour battant, volontiers drôle (notamment avec la figure du touriste toujours au mauvais endroit au mauvais moment), touchant sur la fin, ce film qui flirte avec le symbolique et le dérangeant s’inscrit dans la lignée des grandes réussites nordiques, pas si loin d’un Ruben Östlund.

« Les sentiments » : rouge passion

affiche-film-les-sentimentsFrançois et Édith emménagent dans la maison voisine de celle de Jacques et Carole. Les deux couples font connaissance et deviennent rapidement très amis…

On m’avait recommandé ce film depuis assez longtemps, et, après avoir vu Le Sens de la fête et Place publique, j’ai décidé de découvrir peu à peu la filmographie de Jean-Pierre Bacri. Me voilà donc partie pour ce qui, sur le papier, s’annonce comme une comédie de mœurs réjouissante.

Or, dès les premières images j’ai été frappée par deux éléments majeurs de l’esthétique du film, qui lui confèrent une singularité et nous détachent de la banalité de l’histoire racontée.

Dès le tout début du film, on découvre un cinquième personnage qui sera très présent tout au long du film sous la forme d’une voix : une chorale de chanteurs lyriques, habillés de façon délirante et excessivement colorée, vient ponctuer le film d’exclamations chantées et de morceaux dont les paroles sont censées illustrer les états d’esprit tus des personnages. Encore faut-il comprendre ce que disent les voix entremêlées, ce qui n’a pas toujours été mon cas. J’ai trouvé à vrai dire cet élément sonore très encombrant, couvrant parfois les dialogues, et n’apportant au fond pas grand chose, si ce n’est une touche de bizarrerie dans un film qui en avait déjà par ailleurs.

En effet, le deuxième élément marquant du film, c’est sa couleur. Vous connaissiez sûrement le « jaune Jeunet », vous découvrirez ici le rouge Lvovsky. J’avais bien remarqué le goût de la réalisatrice de Camille Redouble pour les couleurs, mais cette fois c’est assez fou : tout est rouge, partout. Les murs des pièces de la maison de Jacques et Carole, la plupart des objets qui s’y trouvent, les tenues des personnages (des femmes en particulier), jusqu’aux voitures (rouges et oranges). Les costumes sont totalement improbables avec des combinaisons d’imprimés à faire saigner les yeux des spectateurs. J’imagine que cette profusion de rouge est censée représenter la passion, la violence des sentiments.

En dépit de ces éléments qui m’ont laissée perplexe, j’ai passé un bon moment devant cette comédie grinçante autour d’un thème vieux comme le monde : l’adultère. Les acteurs sont vraiment remarquables, Bacri semblable à lui-même, qui trouve toujours le moyen de pousser la chansonnette et de nous abreuver de mimiques hilarantes, Nathalie Baye touchante dans son amour sincère pour son mari, sa bienveillance envers ses jeunes voisins, sa vitalité, Melvil Poupaud en gendre idéal coincé et Isabelle Carré qui crève l’écran avec ce personnage de jeune femme solaire et fofolle guidée toujours par ses sentiments et jamais par la morale ou la raison. Dommage que la mise en scène et les décors manquent un peu de la subtilité dont font preuve les acteurs.

Sunshine Blogger Award 2

Le principe du Sunshine Blogger Award ressemble au Liebster Award : répondre à 11 questions et en poser 11 autres à 11 autres blogueurs/euses. 

sunshine-award

J’ai participé il y a peu au Sunshine Blogger Award, mais par un fourbe effet boomerang, aussi appelé « retour de tag », mon rat de bibliothèque préféré (Rattus Bibliotecus) m’a nommé à nouveau. Comme j’avais joué le jeu il y a peu, je ne vais pas reposer de questions, mais en échange, j’ai pris les deux séries de questions posées par Rattus et je vais m’atteler à y répondre.

  1. Ton prénom a-t-il une signification particulière ?

Je ne me suis jamais vraiment penchée sur la question, mais je connais le morceau de musique qu’il a inspiré.

  1. Titre du premier livre ou roman que tu as lu, et à quel âge ?

Honte à moi mais je ne m’en souviens pas, j’ai baigné dans les livres depuis mes premiers mois donc j’en ai perdu le souvenir. Parmi les premiers que j’ai lus seule, je me souviens des livres de la Comtesse de Ségur et en particulier Un bon petit diable, que j’ai relu plusieurs fois vers 6-7 ans.

  1. Te souviens-tu de ce que tu as ressenti en le lisant ?

J’ai adoré le mélange d’émotions ressenti, la compassion pour ce pauvre garçon, la tristesse et la colère face aux souffrances qui lui étaient infligées, et la jubilation lorsqu’il joue un fameux tour à l’odieuse madame Mac’Miche !

  1. Qui est l’auteur que tu rêves absolument de rencontrer ?

C’est assez compliqué comme question car j’ai la chance d’avoir pu échanger avec la plupart des auteurs français contemporains que j’apprécie : Philippe Delerm, Alain Cadéo, Pierre Raufast, Brigitte Giraud, Franck Courtès et plein d’autres. J’ai même rencontré Anna Gavalda, ce qui constituait un rêve d’ado. Du coup plutôt des auteurs étrangers. Pourquoi pas Joyce Maynard ou Nick Hornby ? Mais ce n’est pas un rêve absolu.

  1. Quel est le roman que tu lis et relis sans jamais te lasser ?

Je ne suis pas une grande « relectrice ». La plupart du temps je préfère lire de nouveaux livres que relire les mêmes. Mais il y a un livre que j’adore relire au point d’en connaître des passages par cœur, c’est Vive la République, un coup de cœur d’ado.

  1. Ton genre littéraire préféré ?

La littérature contemporaine, dite « blanche ».

  1. Celui avec lequel tu n’y arrives pas ?

Hum, tout le reste ? J’ai beaucoup de mal avec la littérature « young adult », avec la S-F, le fantastique, la fantasy, la romance… Par contre je ne dis pas non à un bon polar ou roman noir de temps en temps.

  1. As-tu déjà blacklisté un éditeur car le boulot sur le bouquin n’était pas fait ?

« Blacklisté » pas vraiment car j’ai rarement été confrontée à ce cas.

  1. Rêves-tu d’être écrivain ?

Absolument, depuis toute petite, c’est clairement mon ambition première.

  1. Que penses-tu de « paye ton auteur » et d’ « auteurs en colère » ?

Je pense que c’est assez évident pour tous les amoureux des livres qu’il est important de soutenir les auteurs. Je suis forcément pour qu’on paye décemment les auteurs… et tous les artistes d’ailleurs ! Cela dit, je pense aussi que trop de livres sont publiés. Ça ne laisse pas à chacun la chance de trouver son public, donc de faire un nombre de ventes assurant un revenu intéressant à l’auteur, mais aussi à tous les acteurs de la chaîne du livre.

  1. Si tu apprenais que le salon du livre que tu comptes visiter ne paie pas ses auteurs lors des conférences, ou bien moins qu’il le devrait, boycotterais-tu les conférences par soutien aux auteurs ?

Je boycotterais carrément le salon, oui !

C’est parti pour la 2e série ! Hop hop hop !

  1. Un livre qui t’a donné des cauchemars ?

C’est très rare : je suis nettement plus résistante face à l’écrit que face à l’image. Gamine, j’ai souvenir d’avoir cauchemardé à cause d’un tome de la BD Jérôme K. Jérôme Bloche où on voyait un personnage défiguré au vitriol.

  1. Un livre qui t’a aidé à résoudre quelque chose ?

Les Propos sur le bonheur d’Alain. Je ne dirai jamais assez l’importance de la philosophie.

  1. Un livre que tu regrettes de ne pas avoir lu plus tôt ?

Le dernier tome d’Harry Potter. Une amie l’a lu avant moi et m’a raconté la fin. Ça m’a coupé toute envie de le lire, du coup je ne l’ai jamais lu.

  1. Un livre que tu aurais préféré ne jamais avoir lu ?

Probablement des classiques imposés au lycée, comme Le Colonel Chabert, qui m’ont bien dégoûtée de certains « grands » auteurs.

  1. Un livre que tu offrirais à tout le monde ?

Les Propos sur le bonheur, d’ailleurs je les offre assez souvent.

  1. Un livre pour draguer ?

Tout dépend de la personne à séduire, mais de toute façon « draguer » n’est pas mon truc. Plutôt une nouvelle écrite sur mesure, disons, pour prouver mon intérêt pour la personne.

  1. Un livre pour rompre ?

Probablement une œuvre de Kierkegaard, qui a passé sa vie à philosopher sur sa rupture.

  1. Un livre-doudou ?

Ce que j’ai qui correspond le mieux à cette définition reste Ensemble, c’est tout.

  1. Un livre marquant ?

Plein ! Allez, le déclencheur de mon amour pour les classiques anglo-saxons : The House of Mirth.

  1. Un livre d’un auteur avec qui tu regrettes de ne pas avoir parlé de son vivant ?

N’importe quel livre de Jean d’Ormesson.

  1. Un livre qui ferait un bon cale-meuble ?

Par principe, je ne ferais pas subir ça à un livre. Pour le côté sarcastique, disons un livre de Nicolas Sarkozy. Alors que La Princesse de Clèves trônerait dans ma bibliothèque en bonne place. 😉

« Tout plutôt qu’être moi » : plongée en HP

couverture-livre-tout-plutot-qu-etre-moiCraig a travaillé dur pour intégrer le meilleur lycée de Manhattan, mais depuis la rentrée, il va de plus en plus mal : dépression, vomissements, insomnies… Une nuit, taraudé par la tentation du suicide, il décide de se faire interner…

J’avais déjà vu passer quelques chroniques sur ce livre sur la blogosphère et le sujet me semblait intéressant, même si je craignais un peu l’approche « roman pour adolescents », dont j’avais peur qu’elle ait tendance à romantiser et édulcorer le sujet. Finalement on m’a offert le roman de Ned Vizzini et cela m’a donné l’opportunité de me faire ma propre opinion.

Le style est assez oral puisque nous sommes en permanence dans l’esprit de Craig, un ado de 15 ans souffrant de dépression. Cela permet au lecteur de se plonger facilement dans l’histoire, de compatir avec le protagoniste, mais donne aussi le sentiment d’une lecture facile, sans effort. Si j’ai repéré quelques bricoles de traduction qui sonnent un peu bizarrement en français, dans l’ensemble le style réussit à s’effacer totalement devant son sujet, à l’exception de quelques métaphores récurrentes employées par Craig pour dépeindre son ressenti : le petit bonhomme qui tire une corde dans son estomac, les vélos qui tournent dans sa tête, les tentacules de l’angoisse et les ancres qui le raccrochent à la vie. Ces éléments métaphoriques ont beau manquer un peu de subtilité, ils ont l’avantage d’être assez clairs et représentatifs pour que nous puissions imaginer dans quel état se trouve le jeune homme.

La partie la plus intéressante du livre commence réellement lorsque Craig se fait interner. En effet, avant, il s’agit d’une description des affres de l’adolescence assez banale, même si Craig les vit de manière plus emphatique que la plupart des ados : difficultés scolaires, rivalités amoureuses…

Une fois à l’hôpital psychiatrique, le jeune homme est confronté à une galerie de personnages hauts en couleur, tous plus atteints que lui, ce qui va l’aider à retrouver un équilibre. J’ai trouvé toute cette partie du livre assez plaisante à lire, même si on voit assez vite où le récit va nous conduire. Il y a de l’humour, une forme de tendresse pour ces détraqués de la vie, qui rendent le livre plutôt doux en dépit de son sujet délicat.

Cependant, même si j’ai pris un vrai plaisir à la lecture, je reste un peu sceptique sur certains aspects. D’une part, je trouve que le livre se fait assez moralisateur sur l’Amérique où tous les jeunes prennent des médicaments, sans pour autant s’attaquer aux causes du problème : drogue, pression sociale, culte des apparences ne sont qu’effleurés. On retient surtout le côté complètement réac de l’ado pour lequel réussir sa vie consiste en un métier et un salaire enviés. De plus, il m’a paru assez improbable que Craig, qui était à deux doigts du suicide, puisse sortir reprendre une vie normale au bout de 5 jours seulement. Enfin, les patients de l’hôpital sont présentés sous un jour amusant et sympathique, occultant certaines réalités beaucoup plus dures que peuvent présenter les résidents de ce type d’établissement.

Au final, le livre a le mérite de mettre des mots sur la dépression adolescente et de prouver que des solutions existent, mais il reste assez romantique et lisse dans sa vision des troubles psychologiques.

« Ocean’s 8 » : ça passe et ça fait le casse

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oceans8Debbie Ocean, la sœur de Danny, sort de prison en liberté conditionnelle. Aussitôt elle recontacte son associée Lou et décide de monter le vol spectaculaire d’un collier Cartier au Met Gala…

Movie challenge 2018 : un film que personne ne s’attendait à ce que j’aime

J’admets, je ne serais peut-être pas allée voir Ocean’s 8 en salles si je n’avais pas pris récemment la carte illimitée. Mais c’est bien pour cela que je ne regrette pas mon choix, qui me permet de découvrir sur grand écran des films pour lesquels, sinon, j’aurais probablement attendu une sortie VOD.

Ado, j’avais été emballée par Ocean’s eleven, et pourtant je n’avais pas vu les deux suites de Soderbergh. Et puis, la bande-annonce de cet opus réalisé par Gary Ross (pour beaucoup « le réalisateur d’Hunger Games », pour moi celui de Pur-sang, un des films fétiches de mon adolescence) m’a bien accrochée.

J’ai remarqué que mon envie d’aller voir ce film surprenait mon entourage. Quoi, moi l’amatrice de films indés, j’allais voir cette grosse prod comme tout le monde ? Et bien sûr, j’ai entendu les arguments attendus : « les suites c’est du marketing » et « tout ça pour tirer profit de #Balancetonporc et compagnie ». Il se trouve que ce film au casting féminin était prévu bien avant ces récents événements, mais passons.

Dès la première scène, le film joue clairement avec son héritage puisqu’il nous présente Debbie Ocean, sœur de Danny, en train de plaider sa cause pour obtenir une libération conditionnelle. La suite du scénario reprend la trame habituelle de la franchise : Debbie retrouve son associée, monte un plan pour réaliser un casse impressionnant, regroupe une équipe aux talents divers pour l’accomplir, et en profite pour caser dans l’affaire une vengeance personnelle. Certes, on reste proche de l’histoire du premier « Ocean ». Mais n’est-ce que pas ce qu’on attendait ?

Pour ma part j’y suis allée dans l’optique d’un pur moment de divertissement et j’ai trouvé que le film remplissait son rôle haut la main. Le plan du casse est bien ficelé, regorge de surprises jusqu’à la fin, met en scène des péripéties bien amenées. Un poil moins tendu qu’Ocean’s eleven, le film réussit à donner l’envie d’en voir toujours plus : plus de bijoux volés, plus de stratégies délirantes mais qui fonctionnent, plus de pièges déjoués. Ce goût de revenez-y est pour moi la preuve que le contrat est rempli !

Côté casting, si certains noms avaient pu me laisser sceptiques (Rihanna ?), j’ai finalement trouvé que chacune était bien dans son rôle, de la mère de famille en apparence rangée (Sarah Paulson), à la créatrice de mode déchue (Helena Bonham Carter, qui nous offre une scène en français d’anthologie). Surtout, j’applaudis bien fort le tandem Sandra Bullock-Cate Blanchett qui emporte l’adhésion. Quel plaisir de voir ces deux actrices aux carrières bien remplies, d’une moyenne d’âge de plus de 50 ans, dans ces rôles badass de femmes hors-la-loi, à la fois intelligentes, sexy et fortes ! « Fais-le pour la petite fille de 8 ans dans son lit quelque part qui rêve de devenir une criminelle » dit Debbie à ses troupes. On peut interroger la pertinence de ce rêve pour un(e) enfant, mais pas l’intention : prouver qu’une team féminine est capable de la même chose qu’une équipe masculine. Y compris de faire le casse.

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« How to talk to girls at parties » : les filles ces extraterrestres

affiche-film-how-to-talk-to-girls-at-partiesEnn et ses amis sont des ados punks et tiennent un journal dessiné sur leur passion. Un soir, en cherchant une fête, ils tombent sur une étrange bâtisse occupée par des résidents peu ordinaires…

On peut dire que je suis allée voir ce film comme on ouvre une pochette surprise. J’en avais uniquement vu l’affiche, je savais vaguement qu’il était question de romance, du mouvement punk, d’adolescents, et qu’on retrouvait Elle Fanning au casting. Je m’étais dit que c’était suffisant.

À vrai dire j’ai été totalement embarquée dès les premières images, lorsque Enn pousse le volume à fond et se met dans l’ambiance tout seul dans sa chambre puis part à vélo coller des stickers à l’effigie du personnage de BD qu’il a créé dans tout le quartier.

J’étais encore relativement accrochée à l’histoire lorsque Enn et ses deux amis se retrouvent à un concert des « Dyschords » (groupe punk fictif) et que le jeune homme tente d’aller parler à une fille, qui se moque de lui. Je comprenais le sens du titre, et le propos : ce sont des ados, ils aimeraient pouvoir approcher les filles mais ne savent pas comment les aborder.

Mais il y a une info que j’aurais peut-être dû connaître avant d’aller voir le film de John Cameron Mitchell : il est adapté d’une nouvelle de Neil Gaiman. De lui, je n’ai lu que Coraline, ce qui suffit à poser assez clairement le côté hautement bizarre de son univers. Et le film lui a totalement fait honneur sur ce point !

Car pour symboliser combien les filles sont étranges aux yeux des adolescents, le scénario en fait… des extraterrestres. Le film bascule alors du côté gentiment punk des ados anglais, dans un cadre à mi-chemin entre Billy Elliot et Trainspotting (des quartiers modestes aux maisons identiques de mineurs), à une ambiance psychédélique saturée de couleurs vives, celles des uniformes portés par les extraterrestres.

À partir de là, j’avoue qu’on m’a perdue. Le film se lance dans une romance inter-espèces sur fond de discours sur la liberté. Le mouvement punk est associé au combat de Zan (Elle Fanning) pour changer les rites de sa société cannibale. Les séquences plutôt mignonnes dans lesquelles elle découvre le monde humain (celle avec la mère d’Enn par exemple) alternent avec des animations à base de bulles colorées lorsqu’Enn rêve, et des scènes de cauchemar sur fond de sexualité.

Le film a un vrai intérêt esthétique, on sent que le réalisateur et son équipe ont travaillé l’univers qu’ils construisaient, car l’ensemble n’est pas ridicule et se tient de bout en bout. C’est d’ailleurs certainement l’un des films les plus étranges et audacieux de l’année. Mais pour moi il est un peu long et cherche à choquer assez gratuitement, pour finir sur une chute manquant malheureusement de peps et d’originalité. Un bel ovni donc, mais pas vraiment dans mes goûts.

« Tully » : être mère cet enfer

affiche-film-tullyMarlo, déjà mère de Sarah et d’un petit Jonah souffrant de troubles comportementaux, s’apprête à accoucher. Sachant qu’elle a souffert d’une dépression post-partum après son deuxième bébé, son frère lui offre les services d’une nounou de nuit…

Encore un des films de 2018 que j’attendais avec une grande impatience, ce Tully marque le grand retour de Jason Reitman, un de mes cinéastes préférés outre-Atlantique. Bien que n’ayant pas encore vu toute sa filmographie, j’ai beaucoup d’affection et un profond respect pour Juno, In the air et Men, women and children, des films aux personnages bien écrits et attachants qui se confrontent à des questions de société contemporaines avec un point de vue toujours intelligent et nuancé.

En revanche je n’avais pas vu Young adult et je me demandais ce que je devais attendre de Tully, deuxième collaboration du réalisateur avec Charlize Theron. Je suis donc allée voir le film en avant-première avec une grande curiosité, d’autant que j’avais réussi à ne quasiment rien en savoir à l’avance. C’est vraiment une posture qui me réussit au cinéma, qui me permet de prendre de plein fouet la découverte d’une œuvre et de ne pas trop projeter mes attentes. Une fois encore j’ai été ravie de ne disposer que d’un minimum d’infos car cela m’a permis de m’interroger au long du film sur son sujet.

En effet, le long-métrage tourne autour du personnage de Marlo, pourtant ce n’est pas elle qui donne son nom au film mais Tully, la nounou qu’elle finit par appeler pour l’aider la nuit avec son bébé lorsqu’elle se sent craquer. Il faut dire qu’il y a de quoi : en congé maternité, Marlo ne sort que pour emmener ses enfants à l’école, et passe son temps à essayer de gérer la timidité et le manque de confiance de son aînée, les troubles (proches du spectre autistique à première vue) de son cadet qui pique des crises, doit être brossé tous les soirs avant de dormir et pose problème dans son école. Et la voilà à ajouter un nourrisson à ses devoirs de mère, alors que le père des enfants, si on le voit s’occuper des devoirs, ne semble faire que cela comme tâche familiale, et passe le reste de ses soirées vissé devant des jeux vidéos.

Vous voyez le tableau ? Alors vous aurez sûrement la même idée qui a jailli dans mon esprit au bout d’une demi-heure de film : je suis en train de voir mon premier film sur la charge mentale. Bien sûr, celui-ci parle aussi de la difficulté à accepter de vieillir et à s’éloigner de ses idéaux de jeunesse, de la dépression post-partum, de la complexité d’avoir une famille nombreuse, en particulier avec un enfant à besoins particuliers, de la dissolution de la relation du couple dans le rôle de parents… mais tout de même. Marlo se sent seule face à tout ce qu’elle a à porter au quotidien, et c’est ce cadre qui va permettre la création d’une relation si intime et bénéfique avec Tully. Celle-ci apparaît comme un personnage toujours bienveillant, cool, joyeux et insouciant, mais en même temps faisant preuve d’un recul et d’une sagesse capables d’aider Marlo. La confrontation entre Charlize Theron, encore une fois quasi méconnaissable en mère épuisée et Mackenzie Davis, souriante et à l’aise, est vraiment captivante à suivre dans son évolution. Je n’en dirai pas plus, car le film vaut vraiment la peine d’être vu sans trop savoir à quoi s’attendre, pour en profiter pleinement. Si ce n’est qu’une fois encore, Jason Reitman et la scénariste Diablo Cody font preuve d’une grande finesse dans l’analyse d’un sujet délicat et parviennent à allier rire, tendresse, mélancolie et même ici quelques scènes poétiques sur un thème aquatique. Un film touchant et pertinent qui fait honneur à son équipe.

Une question à… Jason Reitman

J’ai eu la chance de découvrir Tully en avant-première en présence de son réalisateur, qui a eu la patience et la gentillesse de venir après la projection répondre à toutes les questions de l’assistance. Un échange extrêmement intéressant et riche qui m’a donné l’occasion d’une question qui me tenait particulièrement à cœur.

  • Il a été dit que le film est assez réaliste, mais je trouve qu’il a également une portée sociale voire politique. En France, on a un concept dont on parle pas mal ces derniers temps, c’est la charge mentale. Je voulais savoir si c’est un concept dont vous êtes familier et si vous seriez d’accord pour dire que votre film parle aussi de ça et a une portée féministe ?

C’est une question très pertinente ! J’ai toujours été intéressé par les femmes. Quand j’avais 16 ans, j’ai commencé à sortir avec une femme de 26 ans, et je me suis installé avec elle alors que j’étais encore au lycée ; c’est une relation qui a duré assez longtemps, et je crois que c’est là qu’a commencé une curiosité qui me suivra toute ma vie. J’aime faire des films sur les femmes et en particulier pour dévoiler des facettes de leur vie qui ne sont pas souvent abordées au cinéma. Mais je ne peux pas m’attribuer le mérite de tout ce que vous avez problématisé au sujet du film, car je pense que c’est largement dû au fait que je suis entouré de femmes brillantes. Ma productrice, qui a intégré Harvard à 16 ans, c’est vraiment une tête, et Diablo, la scénariste du film, et ces actrices extraordinaires avec lesquelles je travaille, Charlize, Ellen Page… Toutes ne se sont jamais gênées pour me dire quand je commençais à partir dans une mauvaise direction et à me planter sur le sujet.

(traduction : Lilylit)

Un immense merci à Jason Reitman pour avoir échangé longuement avec la salle avec humilité et inspiration.

« Love, Simon » : « j’ai le droit d’être amoureux »

affiche-film-love-simonSimon est un lycéen modèle : fils et frère exemplaire, ami loyal envers Leah, Nick et Abby, camarade apprécié de tous. Mais un jour, un message anonyme posté sur le blog du lycée lui révèle qu’un autre garçon cache le même secret que lui…

Ce film et moi, c’est un peu une forme de coup du destin. Je m’explique : la première fois qu’on m’en a parlé, début 2018, c’était par la voix d’une amie très enthousiaste (aka Dingoo Dramas). J’ai donc noté ce titre dans un coin de ma tête en me promettant d’aller voir de plus près de quoi il était question (chose que je n’ai pas faite).

Quand soudain, mon ange gardien (enfin mon ange cinéphile, du coup), aka Flyinsparkle, m’annonce qu’elle nous a pris des places pour l’avant-première au Grand Rex. Imaginez-moi donc entourée de mes deux comparses et de 2697 spectateurs impatients, dans cette salle mythique que je découvrais pour la première fois.

Ce préambule pour dire que les conditions dans lesquelles j’ai vu ce film ont certainement joué sur mon ressenti. Clairement, cette séance a constitué une de mes plus belles expériences cinématographiques. Indépendamment du film ? Pas tout à fait.

En effet, le long-métrage de Greg Berlanti est très engageant, il invite le spectateur à prendre fait et cause pour ses personnages et incite aux réactions (je n’ai pas été la dernière à applaudir et à m’égosiller). Fils modèle d’une famille américaine assez lisse, Simon (Nick Robinson) est extrêmement attachant. Même lorsqu’il commet des actions qu’on pourrait lui reprocher, on ne peut pas lui en vouloir car il ne cherche jamais à blesser son entourage.

Ses amis ne sont pas en reste : Abby (Alexandra Shipp), Leah (Katherine Langford) et Nick (Jorge Lendeborg) incarnent des adolescents typiques, avec leurs doutes, leurs questionnements, le mélange d’insouciance et de prise de conscience des réalités de la vie d’adulte propre à cet âge. L’adolescence est toujours un sujet qui me passionne, et Love, Simon était parti pour me plaire de ce point de vue.

Ce qui aurait pu me laisser un peu plus circonspecte, c’est l’aspect très guimauve et plein de bons sentiments du film. On est évidemment du côté de la comédie romantique et du feel-good movie, un genre qui me laisse parfois sceptique quand il manque de fond. Mais le film bénéficie de trois qualités : d’une part, son sujet, le coming out adolescent, qui ne sera jamais trop traité tant que des jeunes, comme Simon dans le film, auront peur de voir le regard des autres changer juste parce qu’ils oseraient être eux-mêmes et prétendre au bonheur. D’autre part, une alternance des émotions avec quelques trouvailles très réjouissantes portées par une BO vitaminée (I wanna dance with somebody, en particulier). Enfin, le suspens est à son comble avec une construction proche d’un whodunit, sauf qu’ici point de meurtrier mais un certain « Blue », élève du lycée avec lequel Simon entame une correspondance secrète. Jusqu’au bout le mystère sur son identité est préservé, n’en rendant la chute que plus bouleversante.

Bref, je n’ai pas boudé mon plaisir face à ce film on ne peut plus solaire qui m’a rendu mon âme d’adolescente durant une soirée. J’espère qu’il aura l’impact qu’on peut en attendre sur la jeune génération ! En attendant, je vais retourner le voir !