« La dernière photo » : ne souriez plus.

couverture-livre-la-derniere-photoPendant vingt-six ans, Franck Courtès a été photographe. Passionné par la dimension artistique de son métier, il en est peu à peu dégoûté par les évolutions et les comportements de ses modèles. Jusqu’à décider d’arrêter… 

J’ai suivi la carrière d’écrivain de Franck Courtès depuis son entrée en littérature, plus exactement depuis le travail préparatoire sur son premier roman, que j’avais eu la chance de lire avant sa sortie. C’était donc avec impatience que j’attendais son prochain livre, et avec un grand enthousiasme que je me suis plongée dans cette lecture envoyée par la maison JC Lattès, que je remercie.

Après un deuxième roman plus social et engagé (Sur une majeure partie de la France), l’écrivain revient au style intimiste de ses débuts de romancier dans ce témoignage de ses années à parcourir le monde comme photographe. Avec une honnêteté sans failles, il se souvient de tout, des premiers clichés qui lui avaient procuré la sensation exaltante d’un amour tout neuf, aux premiers succès en passant par de magnifiques rencontres improbables dues à sa profession. Mais ses lignes vibrantes d’émotion s’accompagnent du revers de la médaille. L’angoisse de l’échec, la pression des déplacements professionnels qui ne laissent jamais le temps de visiter autre chose que les aéroports, la solitude face aux publicitaires qui remballent sa patte artistique, face aux éditeurs qui en ont vu d’autres, aux modèles qui n’ont pas le temps, pas l’envie, pas le courage de se présenter tels qu’ils sont.

Forcément, le constat est amer, comme à la fin d’une histoire d’amour qu’on avait cru éternelle. Entre ses appareils argentiques et lui, Franck Courtès aurait juré « à la vie à la mort », mais la révolution numérique, l’avalanche de couleurs et de filtres, de retouches Photoshop et de diktats des stars soucieuses de maîtriser leur image ont sapé peu à peu la romance. La photographie, fiancée farouche et spontanée qui faisait retenir le souffle au moment de déclencher, s’est muée en une princesse capricieuse avec laquelle tout n’est que répétition du même et rapidité ne laissant pas la place pour un instant de vérité.

À l’heure où beaucoup rêvent d’exercer un « métier-passion », l’écrivain a le courage d’écorner l’image d’Épinal, et de montrer les coulisses des couvertures (retouchées) des magazines. On sent que la déception est encore vive et le lecteur ne pourra qu’être touché par les moments de grâce comme par ceux de dépit qui ont parsemé la carrière de photographe de Franck Courtès. Cependant, loin d’être aigri, l’auteur assume ses choix, à commencer par celui de se lancer à cœur perdu dans un nouvel art, celui du nouvelliste et romancier. Heureux celui que sa sensibilité autorise à valser d’un art à l’autre avec autant de réussite !

On retrouve à mesure que les pages défilent le caractère de solitaire amoureux de sa campagne qui transparaissait dans ses précédents ouvrages, car avec les mondanités du portraitiste, c’est aussi la vie parisienne que l’écrivain a quittée pour se retrancher dans sa maison où le froid stimule l’imagination. À la lecture, on le devine en train de plancher déjà sur son prochain livre. Et on a déjà hâte d’y être.

Trois questions à… Franck Courtès

J’ai écrit à Franck Courtès pour lui faire part de mon enthousiasme envers son livre, et il a gentiment accepté de répondre une fois encore à mes questions.

  • Plusieurs scènes du livre vous montrent en train de prendre une seule photo, vite et bien, alors que vous décrivez vos habitudes d’écrivain comme le fait de relire, réécrire, condenser… Peut-on dire que vos pratiques d’écriture et vos méthodes de photographe sont opposées ?

En photo, on ne peut guère corriger, en effet. Souvent la réflexion et la décision doivent intervenir en un temps très court. C’est une discipline exigeante  qui se joue en un instant assez bref. Le photographe porte en lui son expérience qui lui permet de condenser dans un temps court beaucoup de ressentis. En littérature, évidemment le fait de pouvoir relire, corriger est un luxe formidable. C’est tout l’intérêt de l’écrit par rapport à l’oral. La voix intérieure qu’est l’écriture est une voix qu’on réécoute plusieurs fois avant de la livrer en public. C’est un modelage de la pensée plus fin, plus soigné, plus précis, plus modéré. La réécriture permet d’approcher au plus près de l’os, de ne pas être influencé par l’extérieur, ni par l’envie de plaire ni de convaincre à tout prix. Je préfère avoir du temps plutôt que de jongler avec le stress de l’instant décisif dont parlait Cartier-Bresson.

  • Vous racontez la réaction d’une partie de vos proches à votre changement de carrière mais il y a une chose que vous ne dites pas : comment ont-ils réagi à ce livre sur votre ancien métier ?

Ils ont été surpris. « Je ne comprenais pas à quel point c’était vécu comme ça par toi ! » Ceux qui me conseillaient de ne pas abandonner la photo me disent après la lecture : « Comme tu as bien fait d’abandonner. » J’ai l’impression d’avoir été compris. C’est agréable.

  • Après le recueil de nouvelles, le roman intimiste, le roman engagé, vous voici du côté du témoignage, et le livre se clôt sur une allusion à la poésie… Y a-t-il encore d’autres territoires littéraires que vous aimeriez explorer ? Un indice sur le prochain livre ?

Je prépare un livre dont la forme est encore à définir, un recueil de nouvelles me tente beaucoup. Il est en travaux mais déjà bien avancé. Mais je ne pense pas être doué pour la poésie, ni les textes de chansons, qui seraient pourtant des domaines où j’aimerais m’aventurer.

Un grand merci à Franck Courtès pour ses réponses chaleureuses.

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« La tête haute » et l’originalité aux oubliettes

affiche-film-la-tête-hauteÀ 6 ans, Malony est retiré à sa mère pour être placé. Il grandit de foyers en centres éducatifs fermés, au gré de ses crises de violence qui l’amènent régulièrement dans le bureau de la juge pour enfants…

Lorsque ce film avait fait l’ouverture de Cannes en 2015, j’avais trouvé le sujet tentant, mais je n’avais pas eu l’occasion de le voir pour autant jusqu’à ce jour. Encouragée par de bons échos, j’ai profité de son passage sur France2 pour le rattraper.

Le début du film est une vraie réussite, avec cette scène apocalyptique chez la juge où la mère de Malony (Sara Forestier, jamais dans la demi-mesure) s’énerve crescendo jusqu’à claquer la porte en abandonnant son fils aux services sociaux. Et puis cette scène où l’enfant devenu adolescent fait crisser les pneus d’une voiture « empruntée » au son de « Sound of da Police », comme une claque.

J’étais convaincue et confiante mais mon enthousiasme s’est peu à peu délité au fil du long-métrage d’Emmanuelle Bercot. Pourtant je ne peux pas reprocher grand chose aux acteurs : Rod Paradot est certes une révélation, que j’ai hâte de voir dans un autre rôle (probablement dans Luna que j’ai malheureusement manqué en avril), Sara Forestier est aussi intense qu’à l’ordinaire, Catherine Deneuve et Élizabeth Mazev campent des figures féminines de substitution convaincantes, et Diane Rouxel révèle un mélange de force et de faiblesse intéressant. J’ai été un peu moins convaincue par Benoît Magimel en éducateur qui ne parvient pas toujours à maîtriser ses nerfs, probablement parce que j’ai toujours du mal avec cet acteur.

Non, ce que j’ai à reprocher à ce film, au fond, c’est de n’avoir pas su me toucher. J’ai pourtant lu des critiques dithyrambiques qui le trouvaient bouleversant, mais ce n’a pas été mon ressenti. J’ai trouvé l’ensemble glauque, d’une atmosphère lourde, rarement allégée par des scènes plus fines comme celle de la lettre de motivation. Et plus Malony s’enfonçait dans la violence, plus je trouvais le film excessif. J’ai même été assez heurtée par la romance entre le jeune homme et Tess, qui démarre par une scène de sexe violente qui aurait mérité un trigger warning.

Surtout, ce qui m’a dérangée, c’est que le film ne parvient pas à mes yeux à se démarquer de sa filiation au genre du film d’ado difficile. J’ai pensé à Je suis heureux que ma mère soit vivante pendant une bonne partie du film (la situation avec la mère et le petit frère), mais aussi évidemment à Mommy pour les excès en tout genre.

Sur le sujet des adolescents placés, je trouve que le très beau States of Grace propose une vision plus large et variée des profils de jeunes rencontrés en foyer, et qu’il a le mérite de s’attarder sur la vie des éducateurs hors du centre. Un parti-pris qui m’avait beaucoup plus touchée.

« Todos lo saben » : on ne se méfie jamais assez

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affiche-film-everybody-knowsLaura revient en Espagne avec ses enfants pour le mariage de sa jeune sœur. Mais pendant les festivités nocturnes, Irene, sa fille, disparaît. Laura et Paco, son ex et ami, entament les recherches… 

Ayant l’opportunité d’aller voir le film d’ouverture de Cannes en même temps que sa projection dans le cinéma de chez mes parents (je salue d’ailleurs cette initiative de le sortir en avant-première un peu partout en France), je me suis dit que c’était une occasion à saisir, moi qui ne connaissais que de réputation le cinéma d’Asghar Farhadi. La bande-annonce m’avait donné l’impression d’un thriller haletant doublé d’un drame familial prenant, je craignais même que le film ne soit un poil trop stressant pour moi, mais la curiosité l’a emporté.

Une chose est certaine, le réalisateur iranien a su se fondre dans le décor madrilène pour proposer un film plus espagnol que nature, écrasé de soleil, d’ivresse festive, de danse et de liens familiaux forts et complexes. Mais faire couleur locale ne fait pas tout. L’image est soignée, les acteurs et actrices ne ménagent pas leur peine, à commencer par Penelope Cruz qui pleure, crie, gémit tout ce qu’elle peut pour transmettre au spectateur la douleur de la mère à laquelle est arraché son enfant. Javier Bardem et Ricardo Darin (Les Nouveaux Sauvages) offrent deux figures masculines opposées, l’un prêt à donner de sa personne et de ses biens pour espérer sauver Irene, l’autre se réfugiant dans la foi et l’espoir que l’attente finisse par être récompensée d’un retour miraculeux de sa fille.

Autour d’eux, toute une galerie de personnages complète ce qui s’apparente à un Cluedo dans l’hôtel tenu par la sœur aînée et le beau-frère de Laura : grand-père, neveux, sœurs, amis, tout le monde semble concerné voire impliqué dans la disparition. Et plus le temps passe, plus les soupçons se croisent et les langues se délient, révélant les secrets de famille que les intéressés pensaient bien gardés et dont tous se doutaient en fait fortement jusqu’à ce qu’ils éclatent au grand jour (ce qui donne son titre au film).

En dépit d’une certaine tension autour du sort de la jeune fille kidnappée, le réalisateur ne parvient hélas pas vraiment à faire prendre l’angoisse. Peu à peu, les longueurs s’installent et les hypothèses se réduisent, de sorte qu’on se doute un peu de la solution. À force de vouloir se centrer sur l’éclatement de la famille, le scénario délaisse l’aspect thriller, le suspense et sa résolution. Au point de livrer une fin clairement décevante qui soumet les personnages principaux à un comportement incompréhensible et illogique et laisse le spectateur sans véritables réponses concernant la suite des événements.

Au regard de la bande-annonce, qui utilisait intelligemment le leitmotiv de l’horloge de l’église, j’ai regretté que ce côté symbolique soit si sous-exploité dans le film, à la fois comme piste de lecture et comme ressort émotionnel pour susciter le stress du spectateur, qui reste plutôt froid face au drame qui se noue et se dénoue.

À moins d’un choix incompréhensible du jury, le long-métrage d’ouverture ne devrait pas rafler les prix prestigieux du festival et laisse le champ libre à ses concurrents.

Birthday swap : Héroïnes

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Le principe d’un swap est un échange de colis remplis de cadeaux entre blogueurs/euses !

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Après notre swap d’anniversaire l’an dernier, qui nous avait ravies toutes les deux, ma copinaute Tinalakiller et moi-même avons décidé de récidiver !

Pour corser un peu la chose, nous nous sommes donné un thème autour duquel devraient tourner les cadeaux. Inspirée par les polémiques qui ont secoué le monde du cinéma cette année, et par les prises de parole remarquables de plusieurs blogueuses pour dénoncer le sexisme de la blogosphère ciné, j’ai choisi le thème « Héroïnes ».

Pas seulement les super-héroïnes, non, tout type d’héroïnes, des personnages féminins forts ou marquants, des réalisatrices, des femmes inspirantes !

Nous avons conservé le même contenu que l’an dernier, à savoir :

  • un film en DVD,
  • un livre,
  • quelque chose à boire ou manger,
  • une petite surprise !

Vous pourrez découvrir chez Tina les surprises que je lui ai concoctées.

Pour ma part, voici ce que j’ai reçu :

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Je suis gâtée, non ?

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Pour le DVD, Tina a choisi une actrice que j’admire, autant pour ses rôles que pour ses engagements, avec un film culte que j’avais déjà vu mais pas chroniqué pour le blog. Ce sera donc l’occasion d’un nouveau visionnage et certainement d’une chronique du Movie challenge !

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Côté livre, j’ai reçu Funny Girl de Nick Hornby en poche, un roman que je voulais lire depuis longtemps ! On y suit Sophie, une star de comédie en noir et blanc. J’ai hâte de la découvrir !

Pour le reste des cadeaux, Tina a honteusement abandonné le thème du swap… mais pour mieux être certaine de me faire plaisir ! Je me suis jetée sur les réglisses dès le déballage (ah ben bravo !) et je me suis extasiée devant cette petite merveille de carnet aux couleurs de Call Me By Your Name.

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Un grand merci à Tina pour ses cadeaux, si vous ne connaissez pas encore son blog ciné, c’est le moment de le découvrir !

« The man from U.N.C.L.E » : à agent, agent et demi

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affiche-film-the-man-from-UNCLEL’agent américain Solo est envoyé en Allemagne de l’Est pour convaincre Gaby, une jeune mécanicienne, qu’elle doit l’aider à retrouver son père, un scientifique capable de mettre au point une bombe nucléaire. Ils sont pourchassés par un espion russe…

Movie challenge 2018 : un film adapté d’une série

C’est complètement à mon insu que j’ai rempli cette catégorie du Movie challenge qui semblait partie pour me donner du fil à retordre. Je n’avais jamais entendu parler de ce film, sorti en 2015, riche année pour les comédies d’espionnage (Kingsman en particulier). Jusqu’à ce que deux amies se mettent en tête de me le « vendre ». Un film d’espionnage… moi qui ai horreur de James Bond ? Pendant la Guerre Froide… alors que j’ai une prédilection pour les histoires contemporaines ? Avec Henry Cavill… qui ça ? Et puis elles ont sorti le combo gagnant Armie Hammer et Alicia Vikander, et forcément, j’ai cédé. J’étais évidemment curieuse de découvrir l’Américain dans une autre peau que celle d’Oliver (Call Me By Your Name) et la Suédoise est depuis Royal Affair un argument qui marche à tous les coups (j’en profite pour faire une parenthèse : pitié, sortez-nous le DVD de Tulip Fever en France !).

C’est donc avec curiosité mais sans trop d’attentes que je me suis posée devant ce film, à la recherche d’un divertissement. Honnêtement, le long-métrage de Guy Ritchie fait le job. J’ai passé un bon moment à suivre les rebondissements de cette histoire d’espions à triple bande. Certains revirements de situation sont prévisibles, d’autres moins (oui je me suis fait avoir une fois ou deux), mais globalement ce n’est pas le suspense qui fait la valeur du film. On se doute que Solo et Illya s’en sortiront à tous les coups ! Mais on s’amuse bien à suivre ce duo chien et chat perturbé par la demoiselle qu’ils sont censés protéger et qui les mène par le bout du nez. On pourrait critiquer le choix d’un trio d’acteurs dont aucun n’a la nationalité de son rôle, mais l’alchimie entre les trois est vraiment plaisante. J’avoue avoir eu une petite préférence pour Illya, qui cache sous des dehors brutaux une forme de sensibilité que sait titiller Gaby, alors que Solo m’a rappelé certains côtés qui font que j’ai horreur de James Bond, en particulier son rapport aux femmes (et ce n’est pas étonnant, il est né comme 007 de la plume d’Ian Fleming). Par ailleurs, l’apparition d’Hugh Grant est assez amusante.

Côté réalisation, c’est dynamique, avec des plans filmés comme des planches de BD, un mélange de vintage et de modernité dans le visuel et dans le son, et une façon de cacher certains éléments au spectateur pour les lui révéler façon « scènes coupées » peu après, qui permet de maintenir une forme d’attente (même si au bout d’un moment le procédé devient un peu facile).

Sans bénéficier de la folie de Kingsman, The man from U.N.C.L.E reste un bon divertissement qui a le mérite d’être moins sexiste, avec un rôle à tiroirs pour Alicia Vikander et une femme à la tête des « méchants » (Elizabeth Debicki). On pourrait toutefois pousser encore un peu la parité car ce sont souvent les hommes qui finissent par avoir le beau rôle. On espère donc une suite pour corriger les petits défauts ! J’avoue que c’est seulement après le visionnage que j’ai découvert que le film était le prequel d’une série, je ne sais donc pas si l’univers de celle-ci est fidèlement respecté.

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« Les hommes du feu » : courage et dévouement

affiche-film-les-hommes-du-feuBénédicte est nommée dans une nouvelle caserne suite à la mutation de son mari. Dans le Sud de la France, elle découvre sa nouvelle équipe où tous n’acceptent pas d’être commandés par une femme…

Ce film, manqué en salles car sorti en plein été l’an dernier, avait été un de mes grands regrets de 2017. C’est pourquoi je me suis empressée de le rattraper quand je l’ai trouvé sur la plateforme numérique de ma médiathèque.

Après les films policiers (L’Affaire SK1), les films médicaux (Médecin de campagne), les films en milieu scolaire (Primaire), me voici donc découvrant une nouvelle profession au cinéma avec Les hommes du feu. Étonnant, ce titre, quand on sait que le personnage principal est… une femme. Bénédicte, incarnée par la toujours impeccable Émilie Dequenne, découvre son nouvel environnement de travail et nous avec elle. Tout semble extrêmement réaliste dans cette caserne, les pompiers, les véhicules, le matériel, jusqu’aux rituels d’accueil d’un nouveau membre dans l’équipe. Le seul détail qui m’a dérangé, c’est l’accent du sud collé aux acteurs qui ne le maîtrisent pas. C’est un problème assez récurrent du cinéma, que j’avais notamment repéré dans Samba : pour moi, de deux choses l’une, soit on fait abstraction de l’accent, soit on choisit des comédiens qui le possèdent naturellement. Le risque, comme ici, est de sentir l’accent fluctuer au gré des scènes chez ceux pour qui il n’est pas naturel.

Hormis ce point, je n’ai pas grand chose à reprocher au film de Pierre Jolivet qui a le mérite de faire le tour de son sujet. On pourrait quasiment comparer le long-métrage à un documentaire, dans la façon de filmer, en particulier certains plans comme la vue de la route depuis l’avant du camion. Du point de vue du contenu, on est presque dans la démonstration ou la promotion d’un métier, dont aucune des facettes n’est laissée de côté : différentes situations auxquels les pompiers sont confrontés dans leur quotidien professionnel, des plus heureuses aux plus tragiques, problématiques d’équipe entre la menace de fermeture et les relations au sein du groupe, clichés (la petite sauterie dans la caserne un jour de repos, les stéréotypes sur les femmes et les homosexuels qui vont bon train), et conséquences sur la vie de famille.

Pourtant, alors qu’on aurait pu craindre un effet de trop plein d’informations, le film réussit toujours à conserver sa direction et ne s’éparpille pas. Il nous permet au passage de découvrir une galerie de personnages hauts en couleur, certains incarnés par des acteurs confirmés, comme Roschdy Zem qui trouve avec Philippe un de ses plus jolis rôles, d’autres moins connus qui contribuent à l’effet de réalisme. Si certains personnages ont de quoi agacer (comme Xavier, incarné pas Michaël Abiteboul), d’autres sont là pour les remettre à leur place (le dialogue avec Martial pendant la séance de muscu est savoureux). Finalement le film reste sur une image positive, celle d’un métier très beau et dur, qui soumet celles et ceux qui le pratiquent à une forte pression mais aussi à la gratification de sauver des vies et à la création de liens d’équipes très forts.

« Ôtez-moi d’un doute » : un père peut en cacher un autre

affiche-film-otez-moi-dun-douteErwan, démineur breton, passe des tests génétiques pour vérifier que sa fille, enceinte, ne risque pas de transmettre des anomalies au bébé. Il découvre ainsi que son père, Bastien, n’est pas son géniteur…

Moi qui n’aime pas voir les bandes-annonces pour préserver au maximum la découverte d’un film, il m’arrive de me laisser convaincre par celles que je suis contrainte de voir dans les salles obscures. C’est exactement ce qui s’est passé pour Ôtez-moi d’un doute. Ni le nom de la réalisatrice Carine Tardieu, qui m’était inconnue, ni le casting (même si j’aime bien Cécile de France), ni le sujet n’auraient suffi à me donner envie de voir ce long-métrage franco-belge si je n’avais pas apprécié sa bande-annonce plutôt amusante.

Je m’étais donc promis de rattraper ce film, encouragée par des avis positifs, et c’est ce que j’ai fait un soir où j’avais envie d’une distraction plutôt joyeuse et pas trop compliquée.

Au début j’ai été assez satisfaite dans mes attentes, le tandem père-fille François Damiens-Alice de Lencquesaing étant amusant à suivre. S’ensuit l’histoire des deux pères, et déjà, le film commence à montrer des signes de fantaisie avec la vraisemblance. Difficile de croire qu’Erwan retrouve aussi vite son géniteur, si près de chez lui, et qu’à l’inverse il ne l’ait jamais croisé plus tôt. Étonnant aussi qu’il n’ait pas l’idée de réaliser un test ADN avec Joseph (André Wiims). Encore plus surprenant : alors que tout avait mal démarré, les deux hommes sont très vite à tu et à toi comme s’ils avaient vécu toute une vie ensemble.

Arrive par là-dessus l’intrigue avec Anna, qui démarre de façon rocambolesque et met Erwan dans une situation délicate lorsqu’il comprend que la femme qui lui plaît pourrait bien n’être autre que sa demi-sœur.

J’aurais suivi tout ceci sans réel déplaisir, n’eut été un arc narratif qui m’a passablement gênée autour du personnage de Didier. Alors qu’on ne comprend pas au début les raisons de la présence dans l’entreprise d’Erwan de ce « boulet » (il cause tellement d’embarras et de catastrophes que je ne vois pas d’autre mot), il finit par avoir une justification qui m’a personnellement mise assez mal à l’aise. J’ai trouvé ce personnage de benêt assez malaisant : est-il atteint d’un handicap ? dans ce car le traitement qui en est fait est très stigmatisant ; est-il juste un peu déconnecté ? dans ce cas Estéban surjoue. Bref, j’ai été vraiment dérangée par ce personnage qui dénote dans l’ambiance globale du film.

En effet l’intrigue n’est finalement pas si légère, en dépit de la possibilité de romance entre Erwan et Anna. Cette histoire de paternité(s) (d’ailleurs j’ai rarement vu une œuvre évacuant autant les figures maternelles, c’en est étonnant) pourrait même virer au tragique. Heureusement, les rebondissements du dernier quart d’heure apportent un sursaut d’énergie bienvenu. Mais dans l’ensemble, le film m’a paru assez moyen, en tout cas clairement en-dessous de ce que les avis positifs laissaient attendre.

« Una » : la seule et l’unique

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affiche-film-unaUna recherche Ray, ancien voisin et ami de son défunt père, qu’elle n’a pas revu depuis ses 13 ans et avec lequel elle avait eu une relation secrète…

Movie challenge 2018 : un film dont le titre contient un numéro

J’avais repéré dans la filmographie de Rooney Mara ce long-métrage qui n’est pas sorti en salles en France, et je l’avais directement associé à cette catégorie du Movie challenge, avant de découvrir en visionnant le film qu’ « Una » est en fait le prénom de la jeune femme. Cependant il me semble que le choix de ce nom est totalement symbolique et renvoie bien au chiffre une, car c’est toute la problématique de la confrontation entre Una et Ray, devenu Peter.

Trigger warning : le film aborde un sujet extrêmement risqué, puisqu’on comprend rapidement que Ray a entretenu une liaison avec Una alors que celle-ci avait 13 ans. On est donc dans le cadre d’abus sexuel sur mineure, qui a d’ailleurs été jugé comme tel et valu à l’homme quelques années de prison.

On pourrait donc légitimement penser que, si Una veut retrouver Ray, c’est pour le confronter en tant qu’agresseur et lui demander des comptes pour avoir abusé de son innocence.

Or, à travers l’alternance de la conversation tendue entre les deux personnages adultes, et de leurs souvenirs mettant en scène des versions plus jeunes d’eux-mêmes, ce n’est pas vraiment le prisme que choisit le film. Certes, Una aborde la question de la relation sexuelle qu’ils ont eu d’abord en termes d’abus, allant jusqu’à sous-entendre que Pete serait un pédophile. Mais l’homme s’en défend, arguant qu’elle a été la seule fille de cet âge qu’il ait pu désirer.

J’ai trouvé l’évolution assez prévisible vers ce nouveau prisme de lecture de leur relation, car dès le début, j’avais bien senti que ce que Una reprochait à Ray, c’était moins leur relation que la fin de celle-ci. Au fond, ce que veut savoir la jeune femme, c’est pourquoi l’homme a disparu brusquement de sa vie, alors qu’ils projetaient de s’enfuir ensemble. C’est comme si l’adolescente éprise de son voisin n’avait jamais fait le deuil de cette relation répréhensible. Si elle veut être certaine qu’elle a bien été la seule, l’unique, ce n’est pas pour éviter à d’autres jeunes filles cette situation mais davantage par jalousie, semble-t-il.

Si Rooney Mara et Ben Mendelsohn livrent des prestations investies, cela ne m’a pas suffi pour adhérer au film. Je n’avais a priori rien contre ce sujet assez glauque, mais le huis clos dans les bureaux de Peter a fini par me lasser, au point d’avoir un peu piqué du nez, à mesure que le film devenait prévisible.

Ce que j’ai préféré, ce sont finalement les passages relatifs aux souvenirs avec l’énigmatique et lumineuse Ruby Stokes (Una adolescente).

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« The Danish Girl » : changer de peau

affiche-film-the-danish-girlEinar et Gerda forment un jeune couple de peintres heureux et amoureux. Un jour, Gerda demande à son mari d’enfiler une tenue de ballerine pour l’aider à terminer un tableau. Cette expérience bouleverse le jeune homme qui commence à se travestir, devenant Lili…  

Ce n’est pas que le film ne me tentait pas à sa sortie, car il avait sur le papier beaucoup d’éléments pour me plaire : un sujet fort et dans l’air du temps, même si le film se déroule au début du XXe siècle, un cadre qui m’interpelle (vous n’êtes pas sans connaître mon attrait pour le Danemark), et un duo d’acteurs de premier choix.

Et certes, rien de tout cela ne m’a vraiment déçue dans le film. Comme beaucoup, je reviendrai sur l’ambiguïté du titre : qui est la « Danish Girl » en question ? A priori, il s’agit, de Lili, que Gerda présente à tous ses interlocuteurs étrangers comme « la cousine d’Einar du Danemark ». En même temps, Gerda elle aussi est une Danoise, et son personnage n’est aucunement un second rôle. Alicia Vikander offre ici une de ses prestations les plus abouties en incarnant cette jeune femme qui, par jeu, commence à parer son mari d’atours féminins, à le déguiser pour s’infiltrer incognito dans une soirée avec lui, et doit ensuite assumer les conséquences de ce qu’elle a déclenché sans le savoir. Je dois dire que Gerda m’a beaucoup touchée, plus encore qu’Einar-Lili, dans le cheminement qu’elle fait pour accepter la nouvelle personnalité de l’être qu’elle aime, et pour l’aider et le/la soutenir tout au long de son évolution. C’est une posture assez classique de considérer qu’aimer quelqu’un consiste aussi à savoir le laisser partir, mais ici il s’agit d’une situation plus complexe puisque Gerda doit à la fois accepter qu’Einar disparaisse mais en même temps le voir réincarné en Lili à ses côtés et continuer à veiller sur elle. L’actrice suédoise n’a pas volé son Oscar pour ce rôle riche en émotions

Face à elle, Eddie Redmayne s’offre, après Une merveilleuse histoire du temps, un nouveau rôle exigeant avec un jeu impliquant tout le corps. J’ai trouvé l’acteur parfaitement bien choisi pour la métamorphose : son corps, son visage, sa voix se modifient dès qu’Einar devient Lili, de façon assez spectaculaire et totalement crédible à mes yeux. En cela il m’a semblé que le film était un témoignage vraiment intéressant sur la question du changement de sexe, et respectueux des personnes qui rencontrent cette situation (mais cela dit, je ne suis pas la mieux placée pour en parler, et je suis preneuse d’avis de personnes directement concernées par le sujet).

Si le film est esthétiquement très beau et assez touchant (même si sur la fin un peu trop tire-larmes à mon goût), je n’ai pas été complètement séduite pour autant. Il m’a clairement manqué quelque chose dans la réalisation, une identité un peu plus prononcée, moins lisse, qu’aurait mérité le traitement d’un tel sujet. Cela dit, je m’y attendais un peu avec un film réalisé par Tom Hooper, dont je n’avais apprécié ni Les Misérables ni Le Discours d’un roi (je dois bien être la seule !).

« Place publique » : la rançon du succès

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Castro, animateur sur le déclin, est convié à la crémaillère de sa productrice Nathalie, qui est aussi la sœur de son ex-femme, Hélène. Ils y retrouvent le gratin parisien ainsi que leur fille, Nina, qui vient d’écrire un livre…
 

Movie challenge 2018 : un film avec un acteur que j’adore

Pour cette catégorie du Movie challenge 2018, le terme « que j’adore » est très clairement exagéré dans mon cas. Rares sont les acteurs que j’apprécie vraiment beaucoup et dont je suis avec intérêt toute la filmographie. Je ne sais même pas s’il existe un seul acteur dont j’aurais vu tous les films, c’est dire. Et puisque je ne vais pas vous parler d’Heath Ledger tous les ans (et que j’ai assez pleuré), j’ai décidé de changer un peu de registre et d’accorder cette catégorie flatteuse à un acteur que j’ai découvert en fait assez récemment et qui me fait beaucoup rire : Jean-Pierre Bacri.

Je l’avais vu pour la première fois dans le bizarre La vie très privée de Monsieur Sim où il m’avait déjà fait rire mais c’est dans Le Sens de la fête (et d’autant plus en l’entendant parler lors de l’avant-première) que je l’ai trouvé vraiment très drôle. D’ailleurs, à voir la bande-annonce, il me semblait que Place publique s’inscrivait dans la même veine du « film choral autour d’un événement festif » que le récent Toledano-Nakache. Une bonne raison d’y aller, donc, d’autant plus que c’était mon premier Jaoui-Bacri (bien sûr, j’ai prévu de voir Un air de famille depuis longtemps, il est quelque part dans ma – très – longue LAV (oui, après la PAL, j’inaugure le terme de Liste À Voir)).

Je remercie donc vivement mon partenaire Le Pacte qui m’a permis d’aller découvrir ce film en salles. J’ai vraiment passé un excellent moment, même si finalement le film n’est pas si proche du Sens de la fête que je l’avais imaginé. Certes, on retrouve Bacri en grande forme, toujours aussi ronchon en présentateur télé sur le retour, accompagné de Kévin Azaïs, ici son patient chauffeur dont on pressent rapidement l’arc narratif, mais que l’on suit avec plaisir tout de même.

Le film réussit à allier plusieurs niveaux de comiques, avec des blagues très premier degré qui fonctionnent parfaitement grâce au rythme millimétré (la conversation au sujet des espèces en voie d’extinction, par exemple), un comique de répétition avec Samantha, la serveuse-groupie, un comique de gestes avec le voisin agriculteur qui broie la main des invités… Mais aussi, surtout, un humour plus grinçant dans la satire de ce milieu de Parisiens qui viennent se mettre au vert et imposer leurs festivités au tranquille voisinage. Étant moi-même Parisienne d’adoption, je me suis reconnue dans le côté égocentré de ce milieu (et aussi dans les casseroles du karaoké !). En plus de passer au vitriol ces mondains qui ne jurent que par les apparences, l’orgueil et les réputations, Agnès Jaoui réussit à instiller des sujets importants avec une grande finesse, parfois en quelques minutes seulement : la fidélité, le désir de plaire et de rester jeune, la jalousie, les relations parents-enfants, l’immigration, les idéaux de gauche et le virage à droite qui accompagne souvent le vieillissement.

D’une grande richesse, le film a aussi le mérite de m’avoir fait découvrir Nina Meurisse (Nina), et de nous offrir quelques délicieuses reprises (« Les feuilles mortes », « Osez Joséphine ») au long d’une BO très bien choisie.

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