« Mademoiselle de Joncquières » : tel est pris qui croit s’éprendre

affiche-film-mademoiselle-de-joncquieresMadame de la Pommeraye vit à la campagne loin des mondanités et de l’amour. Mais elle finit par se laisser séduire par le marquis des Arcis, en dépit des préventions de sa meilleure amie contre ce libertin…

Deux ans bientôt que j’attendais ce film, totale inconditionnelle de la filmographie d’Emmanuel Mouret que je suis. C’est l’un des rares réalisateurs dont je puisse me targuer d’avoir vu tous les films, et, je l’ai déjà dit (ici notamment) Un baiser s’il vous plaît est l’un de mes longs-métrages préférés de tous les temps.

Je craignais tout de même un peu cette adaptation en costumes d’un extrait de Jacques le Fataliste. Parce que j’ai adoré l’œuvre de Diderot, étudiée pour le bac, parce que je me demandais si le réalisateur ne risquait pas de perdre sa « patte » dans un film trop classique. Mais comme il l’a dit lui-même en le présentant, « ce qui est moderne c’est ce qui ne vieillit pas avec le temps » et à ce titre je parie sur la modernité de Mademoiselle de Joncquières.

Universel dans son thème de la vengeance amoureuse, le film ne lésine pas sur les moyens en décors et costumes pour nous entraîner dans un univers qui fait songer aux Liaisons dangereuses. Mais Diderot n’est pas Laclos, et à la différence de la cruelle Madame de Merteuil, Madame de la Pommeraye n’est pas un personnage antipathique. Il faut dire qu’elle bénéficie de la présence solaire et du jeu éblouissant de Cécile de France. J’ai toujours bien aimé cette actrice (je ne sais pas combien de fois j’ai vu Irène) mais là, j’ai été impressionnée comme rarement par sa prestation. C’est du grand art que la composition de ce personnage de femme libre et indépendante, mais pourtant capable des plus grandes folies amoureuses, touchante dans la force de ses sentiments et effrayante dans son délire de vengeance. On est au delà de l’ambivalence, dans un degré de subtilité de gris qui rendrait fou n’importe quel manichéen. Face à elle, Édouard Baer tient bien le choc dans ce que je considère clairement comme son meilleur rôle. Le tandem offre une palette de dialogues perlés comme du Rohmer, avec quelque chose de moins éthéré, mais pas de moins malicieux. On rit parfois de voir le marquis si bête et si ridicule, et on peut se dire que le film est féministe.

La chute de la bande-annonce (« si aucune âme juste ne tente de corriger les hommes, comment espérer une meilleure société ? ») faisait signe du côté de l’actualité avec l’impression d’une héroïne clairement féministe face à un homme maladroit et libertin par faiblesse plus que par idéal. Pourtant, le film réussit également à mes yeux à dépasser cette grille de lecture, pas déplaisante au demeurant mais un peu limitée. Car il y a celle par qui le scandale arrive, et qui donne son titre au film : Mademoiselle de Joncquières. Jamais Alice Isaaz n’a paru si innocente que sous les traits de la jeune prostituée, et on saluera au passage les éclairages sublimes qui la nimbent d’une aura angélique. Il n’empêche : cette jeune fille, embrigadée dans une machination ourdie par une femme, est vouée à être sacrifiée dans l’affaire. Et c’est là que le film dépasse la guerre des sexes, et m’a étreint le cœur et révoltée. Car pour donner une leçon à un homme, la femme riche et de noble extraction n’hésite pas à sacrifier la pauvre jeune fille en fleur. On croirait voir les rombières persiflant que les jeunes femmes ne devraient pas se plaindre d’être lourdement draguées, comme si le harcèlement n’était pas un traumatisme et un comportement réifiant. Heureusement pour elle, Mademoiselle de Joncquières n’est pas qu’un beau visage… et elle mérite bien de donner son titre à ce film remarquable.

Une question à… Emmanuel Mouret

Emmanuel Mouret est venu présenter son film à l’UGC Gobelins tout neuf, et a répondu à quelques questions (avant la séance, malheureusement, mais c’est toujours mieux que rien !).

  • Pourquoi le film s’appelle-t-il Mademoiselle de Joncquières et pas Madame de la Pommeraye ?

Mademoiselle de Joncquières, le nom n’est pas dans le livre. C’est le personnage qu’interprète Alice Isaaz, c’est un peu l’appât. J’ai voulu donner ce titre pour que le spectateur, quand il va voir le film, se demande pourquoi ce titre. Et c‘est presque pour créer une attente et… vous aurez la réponse à un moment dans le film. Vous allez le comprendre en le voyant. Donc c’est pour titiller justement votre curiosité !

Merci à Emmanuel Mouret pour avoir pris un moment dans le marathon de la journée de sortie pour répondre aux questions avec malice.

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« Un feu éteint » : projets de jeunesse

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couverture-livre-un-fee-eteintSur un coup de tête, Philippe loue un studio pour une semaine à Rouen, où il a été étudiant. Il est décidé à revoir Clément et Louis. Avec David, ils ont formé une bande inséparable à la fac…

J’avais un peu hésité à mettre ce roman dans ma liste de SP pour cette rentrée. En effet, j’étais partagée entre mon goût pour les histoires d’amitié, avec un intérêt accru du fait que les personnages aient été des étudiants littéraires, mais aussi ma crainte du déjà-lu. Il faut dire qu’un homme en pleine crise de la quarantaine qui cherche le sens de sa vie dans ses amitiés passées, ce n’est pas totalement neuf.

Pourtant, et même si certaines pages m’ont forcément évoqué d’autres lectures (je pense notamment au très beau Voltigeur de Marc Pondruel paru il y a quelques années), j’ai trouvé que le roman de Fabrice Chillet avait quelque chose d’assez authentique. Probablement en partie une question de décor : les lieux sont importants dans ce roman, on sent qu’ils ont une âme, un vécu qui influe sur leurs occupants autant que l’inverse. Un peu comme dans Pourquoi les oiseaux meurent paru chez le même éditeur l’an dernier, le voyage Paris-Normandie est pour le narrateur une forme de retour aux sources vers des lieux visiblement marquants. Moi qui ne suis pas toujours friande de descriptions, j’ai aimé la façon précise et parfois étonnamment imagée qu’a le narrateur de regarder autour de lui, de redécouvrir l’appartement d’un ami, une librairie qu’il fréquentait plus jeune, une rue, une bibliothèque. Les objets, les livres surtout, semblent traités avec une forme de respect.

L’histoire amicale m’a presque paru secondaire, par contraste. Comme si le lecteur comprenait bien avant Philippe que, ce qu’il est venu chercher, c’est moins les explications de Louis qu’une forme de réconciliation avec ses aspirations de jeune adulte évanouies au fil des années et des contraintes professionnelles. On s’étonne un peu d’ailleurs de cette admiration sans borne pour cet ami qui semble somme toute un homme normal, professeur et poète à ses heures perdues comme il y en a tant. On perçoit bien que l’admiration intellectuelle aurait pu se jouer sur un autre niveau de relation, mais cela reste à peine évoqué, comme s’il ne fallait pas risquer de s’aventurer du côté sentimental ou sensuel (évidemment j’ai trouvé ça un peu dommage).

Plus qu’une histoire d’amitié telle que je m’y attendais, donc, j’ai perçu ce livre comme celui d’un homme qui se reconnecte avec son envie et son ambition de romancier. Probablement une sorte de miroir de l’auteur lui-même et c’est sans doute en cela que le livre sonne vrai. On souhaite donc à Fabrice Chillet un bel avenir d’écrivain, comme à son personnage.

« Burning » : allumer l’énigme

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affiche-film-burningÀ Séoul, Jongsu croise par hasard Haemi, qui a grandi dans le même village que lui. Elle le séduit et lui demande de nourrir son chat pendant qu’elle part en voyage en Afrique. Elle en revient avec un nouvel ami, le riche Ben…

Movie challenge 2018 : un film ni américain ni européen

C’est clairement l’enthousiasme des critiques à Cannes qui m’a rendu curieuse de ce film pas vraiment dans ma zone de confort. Je n’ai pas lu la nouvelle de Murakami dont le film est tiré (« Les granges brûlées »), ni d’ailleurs aucun autre texte de cet auteur, et le cinéma asiatique, de ce que j’en connais, me laisse souvent un peu à la marge par son aspect assez lent et contemplatif.

Le film de Lee Chang-Dong, avec ses 2 h 28, a évidemment produit sur moi l’effet escompté : avec ses plans très longs et parfois répétitifs, il a eu tendance à me faire piquer du nez vers la moitié. Je commençais à m’impatienter jusqu’à ce qu’arrive à l’écran l’autre raison pour laquelle je suis allée voir ce film : Steven Yeun. Fan absolue du couple Glenn-Maggie dans The Walking Dead, je me demandais ce qu’il pouvait jouer d’autre. Et la réponse est apparue sous la forme de Ben, personnage de jeune homme richissime et sûr de lui, faussement chaleureux et vraiment inquiétant. Face à lui, Jongsu (Yoo Ah-In), le protagoniste, un jeune homme issu d’une famille pauvre de la campagne qui rêve de devenir écrivain mais doit retourner liquider les dettes de son père alors que celui-ci est arrêté pour des faits de violence. Entre ces deux hommes opposés aussi bien en tempérament que par leur milieu social, un personnage féminin à la fois gracieux et impudique, l’insaisissable Haemi (Jeon Jong-Seo), qui a envers Jongsu la cruauté des enfants. Le triangle amoureux offre au spectateur quelques scènes d’une beauté folle, notamment lorsqu’Haemi se met à danser à demi-nue dans le soleil couchant.

Sur le fond, le film bascule dans le drame ou le thriller lorsqu’Haemi disparaît mystérieusement, ne donnant apparemment plus de nouvelles ni à Jongsu ni à Ben. Il n’en reste pas moins à mes yeux essentiellement une chronique sociale sur les inégalités criantes de la Corée du Sud, entre les fermes délabrées, les serres abandonnées, les jeunes danseuses criblées de dettes, les taux de chômage affolants… et la vie luxueuse des Gatsby locaux. La comparaison entre Ben et Gatsby est facile, et tient bon jusqu’à la fin, même si le personnage de Fitzgerald est éminemment plus sympathique grâce à son romantisme.

Côté intrigue, le spectateur avide de linéarité et de clarté en sera pour ses frais : Haemi est connue pour mentir comme elle respire, Ben manie la métaphore dans un demi-sourire, et Jongsu est un écrivain en quête d’un bon sujet pour son premier roman. Des trois, qui croire ? On peut un temps imaginer une interprétation à la Swimming Pool glorifiant la créativité de l’écrivain, mais la fin se rabat davantage du côté du thriller plus classique, esquissant un personnage de serial killer tout puissant relativement déjà vu.

Si je ne nie pas l’intérêt du film, lui offrir la Palme m’aurait semblé un peu exagéré… mais je n’ai pas encore vu Une affaire de famille.

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« Bazaar » : vacances au purgatoire ?

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couverture-livre-basaarDominique n’en peut plus de sa vie, de son job de publicitaire, alors il décide de prendre sa voiture et de rouler jusqu’à ce qu’il n’ait plus d’essence, afin de trouver des réponses… 

Aurais-je trouvé mon OLNI (objet littéraire non identifié) de cette rentrée littéraire ? Tous les ans je tombe sur un livre particulièrement étrange, dont le contenu déjoue le résumé et qui me laisse perplexe, me demandant où l’auteur voulait en venir et si j’ai bien compris ce que j’ai lu. Il semblerait que Bazaar soit celui-ci pour cette rentrée 2018.

Découvert grâce à la soirée de présentation de la rentrée de l’Iconoclaste, le premier roman de Julien Cabocel a de quoi dérouter son lecteur. Ça tombe bien, car finalement, se dérouter, c’est ce que cherche à faire Dominique, son narrateur : sortir des rails tout tracés de sa vie pour partir au gré des panneaux indicateurs et du compteur d’essence, emprunter les chemins de traverse et atterrir…

Au Bazaar, donc. D’emblée, j’ai pensé au roman de Stephen King du même nom, et c’est vrai qu’il y a quelque chose dans l’ambiance de ce lieu, sorte d’hôtel abandonné au milieu des causses, qui rappelle le magasin aux merveilles du maître de l’horreur. L’atmosphère est inquiétante, les occupants fantasmatiques : parmi les inconnus avec lesquels Dominique fait peu à peu connaissance se trouve de façon énigmatique Stella, sa maîtresse ou ancienne maîtresse, qu’il avait négligé de prévenir de son départ. C’est elle qui semble l’hôtesse des lieux, et le surveille depuis son canapé, tout en s’occupant de sa fille.

Au Bazaar, chacun trouve ce qu’il est venu chercher : un lieu de rencontre ou de solitude, pour réfléchir ou s’arrêter, pour rebondir, créer, se reposer. Des personnages qui se croisent, on ne connaîtra que des bribes de vie (un peu plus pour le vieux photographe). Ce qui compte, au fond, ce n’est pas tant qui ils sont que l’impact que chacun exerce sur les réflexions du narrateur.

Le style, volontiers élégant, souvent métaphorique, m’a relativement plu même si parfois j’aurais préféré plus de simplicité. Il ne masque pas cette redoutable évidence : je n’ai pas compris ce que j’ai lu. Tout au long du récit, j’ai eu l’impression que le Bazaar n’existait pas vraiment, qu’il n’était qu’une projection de l’esprit de Dominique. Au fil des pages, j’ai même pensé que tous les personnages étaient morts et que ce lieu était une sorte de purgatoire où chacun tente de régler ses comptes de vivant avant de passer pour de bon de l’autre côté. L’idée était poétique et séduisante, et j’étais à deux doigts d’y souscrire, mais la fin du récit m’a à nouveau déroutée.

Alors, Dominique et ses acolytes, morts ou vifs ? Ne seraient-ce que des vacances que ce séjour dans un genre de club med miteux ?

Si vous l’avez lu, et avez saisi les tenants et aboutissants de cette expérience de pensée, n’hésitez pas à m’éclairer dans les commentaires, car quoi qu’il en soit, ce récit m’a intriguée !

« Première année » : la beauté du geste

affiche-film-premiere-anneeBenjamin, fils de chirurgien, arrive en première année de PACES. Il rencontre Antoine, qui triple son année après avoir raté médecine d’une place. Ils deviennent rapidement complices et décident de s’entraider…

Movie challenge 2018 : un film réalisé par un non-réalisateur à l’origine

C’était probablement l’une de mes plus grosses attentes de 2018. L’été dernier, en le découvrant dans le line up du Pacte, j’avais vérifié qu’il était bien pour septembre 2018 et non 2017 tant j’avais hâte de découvrir le nouveau Thomas Lilti, après avoir adoré Hippocrate. Depuis, j’ai vu Médecin de campagne qui a confirmé mon profond respect pour le travail du médecin réalisateur.

Je tiens donc à remercier Le Pacte qui a abrégé mon impatience en me conviant à une projection presse 3 mois avant la sortie du film. Les premières images nous présentent Benjamin chez la psy EN (le nouveau nom des conseillers d’orientation), et nous permettent de percevoir sa finesse et son humour. Puis, nous découvrons Antoine au moment où il se désiste du concours PACES faute de places restantes en médecine, et c’est sa détermination qui saute aux yeux. Avant même que le titre du film s’affiche, j’avais cerné le caractère de ces deux personnages, en quoi ils étaient différents et complémentaires. Et je savais déjà que ce film allait être un coup de cœur, selon mon intuition cinématographique qui frappe deux ou trois fois par an tout au plus.

J’ai beau ne pas avoir fait médecine, j’ai fait prépa, et j’ai retrouvé des souvenirs dans la course dans laquelle s’engage les étudiants, certains sans même en avoir conscience comme Benjamin, arrivé là un peu par hasard, beaucoup pour rendre son père fier. Ce n’est pas un marathon que cette année d’étude retracée d’un œil réaliste, à grand coup d’ellipses pour signifier le temps qui défile. C’est plutôt un sprint, mais un sprint d’une année scolaire. Un an de travail acharné, de doutes, d’épuisement, de rivalité et d’une lucidité qui s’effrite à mesure que les nerfs lâchent, risquant de ruiner les plus grands efforts et les plus belles complicités. Pour le spectateur, c’est une heure et demie de palpitations, au rythme de la bande-son qui résonne comme un pouls précipité par le stress, d’affection pour ces jeunes qui se débattent dans un système de sélection absurde, et d’envie croissante de les voir réussir. Rarement un film m’aura fait éprouver une telle urgence, et on a beau se dire que ce n’est pas un slasher et que personne ne va mourir, on ne peut s’empêcher de penser que tout de même, sur une année, que dis-je, sur deux sessions de concours, ces jeunes gens jouent leur vie (professionnelle du moins). Alors, qui devrait obtenir le sésame ? Celui dont la passion pour le métier est évidente, mais qui ne peut compter que sur lui-même et manque parfois de méthode ? Ou celui qui a tout compris, nage dans ce milieu comme un poisson dans l’eau, apprenant par cœur et établissant des stratégies (« si je ne sais pas je coche B, statistiquement ça fera des points ») ?

Évidemment Thomas Lilti fait de ce film une question politique, comme avec ses deux longs précédents. Ce qu’il interroge, c’est le mode de sélection bête et méchant (« reptilien », dit Benjamin), voire le numerus clausus, et la reproduction des élites cultivées. Y a-t-il encore une place pour l’empathie, pour l’humanité, dans le système des études supérieures ? Avec ses deux héros, le réalisateur tente de conjurer l’individualisme, et on sent que son sujet lui a donné le courage d’oser des plans un peu plus audacieux, des éclairages et des cadrages qui font mouche (notamment le plan, vu dans la bande-annonce, où les deux étudiants dorment au milieu d’une mer de livres), et un montage cadencé qui joue avec nos nerfs pour que, même en ayant une idée de la fin durant le dernier quart d’heure, le spectateur se fasse cueillir par les toutes dernières images.

Construit comme un film de sport (le réalisateur cite Rocky, on pense aussi bien à la nervosité d’un Billy Elliot ou aux scènes de foules d’un Battle of the sexes), Première année n’est pas qu’un film sur la fac de médecine ni même sur l’amitié, c’est une incarnation de la beauté du geste.

Rappel : un CONCOURS est en cours sur le blog jusqu’au 14 septembre pour gagner vos places pour ce film ! 

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CONCOURS « Première année » : 5×2 places à gagner ! [Terminé]

affiche-film-premiere-anneeBenjamin, fils de chirurgien, arrive en première année de PACES. Il rencontre Antoine, qui triple son année après avoir raté médecine d’une place. Ils deviennent rapidement complices et décident de s’entraider…

 En cette rentrée, j’ai décidé de vous offrir une occasion de réjouissances avec un petit concours ! Grâce à mon partenaire Le Pacte, je vous offre 5×2 places pour le film Première année de Thomas Lilti.

Je suis très enthousiaste à l’idée de vous permettre de découvrir ce film qui était l’une de mes plus grosses attentes ciné de 2018. Plus d’un an que j’étais au courant de sa sortie et que j’espérais l’aimer autant qu’Hippocrate. J’ai eu la chance de le découvrir en juin et, même s’il est bien trop tôt pour se risquer à un classement des films de 2018, je peux affirmer qu’il s’agit pour l’instant d’un de mes gros coups de cœur !

Promis, je vous en dis plus très bientôt dans une chronique. En attendant, pour achever de vous convaincre, voici la bande-annonce :

Pour participer au concours et tenter de remporter 2 places pour Première année, c’est simple : abonnez-vous à la page du blog sur Facebook ou sur Twitter (si ce n’est déjà fait !) et expliquez-moi en commentaire de cet article pourquoi vous souhaitez découvrir le film ! N’oubliez pas de me signaler votre éventuel pseudo sur les réseaux sociaux, pour être contacté par message privé si vous gagnez. Le jeu est ouvert jusqu’au 14 septembre 2018 à minuit. Les 5 gagnants seront tirés au sort parmi les participants et contactés par mes soins, et les résultats seront annoncés sur le blog.

Je décline toute responsabilité en cas de perte par la Poste des places envoyées.

Bonne chance à toutes et à tous !

Première année, en salles le 12 septembre 2018

Un film de  Thomas Lilti

Avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Michel Lerousseau, Darina Al Joundi, Benoît Di Marco, Graziella Delerm.

  • Durée 93 min
  • Langue Français
  • Réalisation Thomas Lilti
  • Scénario Thomas Lilti
  • Montage Lilian Corbeille
  • Musique Alexandre Lier, Sylvain Ohrel, Nicolas Weil.

Résultats

Le concours est terminé, bravo aux gagnant(e)s ! Merci de me communiquer vos coordonnées au plus vite via les réseaux sociaux pour recevoir vos places rapidement. Merci à tous et toutes de votre participation !

concours

« Rendel » ni super ni héros

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affiche-film-rendelUn super-héros masqué, Rendel, combat une entreprise pharmaceutique, Vala, qui a mis au point un vaccin contenant des composés douteux : en contact avec la peau, la molécule se fond avec elle et la rend inattaquable…

Movie challenge 2018 : un film qui a eu de mauvaises critiques

Celles et ceux qui me connaissent s’interrogeront, pastichant Molière : « Que diable allait-elle faire dans cette galère ? » En effet, il est de notoriété publique que je ne suis pas fan des super-héros ni des films d’action en général. Pourquoi alors avoir voulu visionner le long-métrage de Jesse Haaja, noté 1,9 étoiles sur 5 et arrosé de critiques acerbes sur Allociné ?

J’aurais eu un argument assez bon sous la main : il s’agit d’une des très rares productions finlandaises à parvenir jusqu’à nous. Moi qui aime beaucoup le cinéma nordique en général, j’aurais forcément été intriguée. Sauf que la vérité est nettement plus prosaïque : je suis tombée sur le début de ce film en zappant, chose que je ne fais qu’en vacances.

J’ai beau n’être pas du genre à démonter gratuitement une oeuvre, j’aurais bien du mal à qualifier ce film d’autre chose que de navet. Scénario, effets, dialogues, acteurs, c’est simple, rien ne va. Sans être une grande spécialiste du genre, j’ai quand même un minimum d’attentes vis-à-vis d’un film de super-héros : ne pas m’ennuyer, et avoir envie de suivre le personnage principal.

Manque de chance, ici, le spectateur ignore pendant plus de la moitié du film l’identité de Rendel. Il peut s’en douter, mais comme plusieurs personnages se ressemblent, il peut aussi s’embrouiller. Et quand bien même, la première apparition de l’homme caché derrière Rendel ne le rend pas particulièrement sympathique. Côté charisme du héros, donc, on repassera. Les « méchants » ne sont pas mieux : un patriarche en costard qui passe son temps à humilier son fils, et ce dernier au look improbable qu’on verrait mieux en train de coder ou jouer du métal qu’à la tête d’un réseau de mafieux. Bon, il ne faut pas juger sur la mine, et le manque d’aura du personnage fait clairement partie de l’histoire mais les confrontations père-fils en deviennent ridicules, et le dénouement de leur relation attendu.

Le combat entre Rendel et l’entreprise de la famille Erola se déroule sans grande surprise, Rendel utilisant des véhicules emplis de preuves pour remonter à la source (en même temps il a travaillé pour cette entreprise, qu’avait-il donc besoin de ces camions pour savoir où trouver ses proies ?). Les combats en temps que tels sont mal filmés, avec des effets ultra cliché (des ralentis par exemple), des éléments mal exploités (un crochet auquel personne ne sera accroché quand bien même les protagonistes se battent autour pendant 5 bonnes minutes). Et les punchlines sont pitoyables, dignes d’une mauvaise parodie (« le cuir noir c’est ringard », dixit).

La naissance du super-héros, qui aurait dû constituer une des scènes les plus marquantes, s’enfonce dans la violence gratuite (montrer un enfant se prendre une balle en pleine tête n’est pas forcément d’une grande utilité), et pose la question de la vraisemblance du personnage (il s’enduit la tête mais pas le corps, pourquoi ? et surtout, comment et où cet employé de bureau apprend-il à se battre ?).

Bref, rien à sauver dans ce film grotesque jusqu’à sa dernière réplique (qui laisse malheureusement augurer d’une suite). Ce n’est pas le cinéma finlandais qui me réconciliera avec le film de super-héros, je le crains ! Le film aura au moins eu un mérite : me faire compléter cette catégorie du Movie challenge qui ne m’inspirait guère !

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« La vraie vie » de Marie McFly

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couverture-livre-la-vraie-vieC’est une famille en apparence normale qui vit dans un lotissement moche. Sauf que la mère est une amibe, le père un passionné de chasse et de whisky qui a réservé une chambre à ses trophées, et que la fille aime la chantilly sur les glaces… 

Ce livre est sans doute le premier roman de cette rentrée littéraire qui m’intriguait le plus, et vous savez sûrement à quel point j’aime les premiers romans.

J’ai eu la chance d’être invitée à la présentation de la rentrée littéraire de L’Iconoclaste et je remercie cette maison pour ce chouette partenariat qui m’a donc permis de me plonger dans ce livre avant sa sortie.

Le lecteur est embarqué dès les premières lignes, entraîné dans les pensées d’une petite fille futée qui va devenir une jeune fille de caractère. D’emblée, on a de quoi plaindre la narratrice et son petit frère Gilles, nés dans une famille bizarre et dysfonctionnelle, au cœur d’un lotissement gris et terne où il ne se passe pas grand-chose.

J’ai aimé rapidement l’ambiance malsaine qui se dégage du récit, l’impression qu’une menace plane au-dessus des enfants, que les choses ne peuvent que mal tourner quelque part. Et pourtant il y a au milieu de la tristesse et des problèmes des éclats de lumière comme la relation des enfants avec Monica, une voisine, ou le rire pétillant de Gilles. Cette histoire sordide finalement assez réaliste, qui montre que la violence et le drame peuvent se nicher partout, y compris dans les quartiers les plus ordinaires, gagne beaucoup à être racontée du point de vue d’une enfant. En effet, la façon de voir le monde de la jeune fille, qui rêve de remonter le temps pour tout arranger après un accident tragique, a quelque chose d’un peu magique. On se retrouve dans un univers de conte macabre où la forêt et la nuit sont des éléments inquiétants classiques et où les adjuvants sont associés à des figures légendaires (Monica serait une fée et le Champion une sorte de chevalier blanc, le père pouvant sans conteste passer pour l’ogre).

Ce mélange de réalisme cru et glauque et d’une fantaisie parfois morbide mais aussi sensuelle s’est développé dans mon esprit sous les traits d’un décor à la Burton sauce Jean Teulé. Bref, vous l’aurez compris, il ne s’agit pas vraiment d’une lecture légère. Clairement le livre s’enfonce dans la noirceur des âmes humaines, et si l’horreur prend des surnoms animaliers (la hyène, la vermine), elle est pourtant bien dans le récit le propre de l’homme, les animaux n’étant que des consolations ou des victimes.

À un moment, je me suis demandé ce qu’il allait vraiment advenir de Gilles, sorte d’Enfant et les sortilèges perturbé. Je ne suis pas complètement persuadée d’avoir adhéré au final proposé par Adeline Dieudonné le concernant, mais j’admire la clôture propre de l’histoire qui trouve une résolution à l’image de son intrigue, mêlant réalisme et imaginaire.

Ce qui m’a surtout transporté, c’est cette jeune narratrice à la voix si particulière et à la force de vie hors du commun. J’ai retrouvé en elle quelque chose de Shell dans Ma Reine l’an dernier (déjà chez L’Iconoclaste), comme un étendard de l’enfance maltraitée. La différence, c’est cette intelligence dont elle semble à peine avoir conscience, qui tient du miracle vu sa famille et qu’elle semble n’attribuer qu’à la motivation. Entre les lignes, on lit le parcours d’une jeune femme dont l’ambition scientifique ferait un beau modèle féministe. Entre les travaux de Marie Curie et les rêves de Retour vers le futur, il y avait très certainement la place pour ce beau personnage féminin chez qui l’amour et la fureur de vivre transcendent l’esprit et permettent tous les espoirs d’inventions.

Ce récit singulier si abouti pour un premier roman sera très certainement un des incontournables de cette rentrée.

« Sauvage » : « la liberté est mon animal »

affiche-film-sauvageLéo a 22 ans, vit dans la rue et se prostitue. À la différence de ses collègues, il ne refuse pas d’embrasser et d’offrir des gestes de tendresse, car Léo se donne tout entier. Mais certains profitent parfois de sa candeur…

Aller voir ce film était pour moi une sorte de challenge personnel. Son interdiction aux moins de 16 ans m’annonçait de la violence et des scènes difficiles à soutenir pour la nature sensible que je suis. Mais comme avec Grave l’an dernier, je n’ai pas voulu que mon appréhension réfrène ma curiosité envers une œuvre acclamée par les critiques.

Je remercie donc Ciné-Sud Promotion de m’avoir permis de le découvrir avant sa sortie, dans des conditions favorables (un environnement calme). Je ne cacherai pas que la séance a par moments été éprouvante pour moi. Mais que cela ne m’empêche pas d’avoir apprécié le film. J’ai retrouvé dans le premier long de Camille Vidal-Naquet plusieurs tendances intéressantes du cinéma français récent, et leur croisement produit ce film choc qui ne laissera personne indemne.

Personnage à la fois lumineux et torturé, Léo est de ceux que l’on n’oublie pas. Il semble totalement amoral comme il est asocial : hors de la société et des règles du monde, il jouit d’une liberté sans entraves qui s’accompagne d’une grande solitude. Au point que quand on lui propose un téléphone, il s’en étonne : qui pourrait-il bien appeler ? On ne saura pas ce qui a conduit le jeune homme à cette situation de précarité, mais ce qui frappe, c’est la façon dont il s’en accommode sans jamais s’en plaindre, sans, surtout, chercher à en changer. À l’inverse d’Ahd, le collègue sur lequel il a flashé, qui veut à tout prix « s’en sortir », Léo n’a aucune perspective d’évolution. Il ne voit même pas l’intérêt de chercher à arrêter la drogue. On peut voir son comportement comme une tendance autodestructrice, mais aussi comme une forme d’animalité : il se contente de satisfaire ses besoins primaires et de se laisser porter par la vie. Et pourtant il dégage, entre des scènes plus violentes, une forme de douceur, de tendresse, et même un côté filou comme un gamin prêt à faire une bêtise. Ce personnage à la lisière de l’animalité mais qui sait pourtant faire preuve d’une grande humanité envers les démunis (notamment les clients âgés ou handicapés) m’a fait penser à celui de Justine dans Grave. Comme Garance Marillier, Félix Maritaud est une révélation à chaque plan, avec une intensité de jeu et un abandon au personnage peu communs.

Ce portrait de jeune homme perdu est aussi l’occasion de filmer les corps sans pudeur ni concession. Des corps sexués mais pas vraiment sensuels, pour lesquels l’acte est une prestation, une performance, ou un instinct, mais jamais le reflet d’un élan de l’âme. La façon de filmer, parfois volontairement brouillonne en caméra portée, se fait presque médicale dans la lumière crue qu’elle jette sur les corps (d’ailleurs plusieurs scènes se déroulent dans des cabinets médicaux). Ce traitement des corps m’a fait penser à 120 BPM, de même que les scènes épileptiques de boîte de nuit.

Drôle de mélange d’énergie vitale et de contexte morbide, Sauvage est un ovni qui réussit à nous attacher à son personnage, quand bien même lui-même refuserait tout attachement. À voir pour celles et ceux que la violence ne rebute pas.

 

« The Tourist » ne vaut pas le détour

affiche-film-the-touristElise Clifton-Ward est suivie par les polices françaises et anglaises qui espèrent grâce à elle retrouver Alexander Pearce, un escroc qui a changé de visage et qui doit de l’argent aux impôts britanniques mais aussi à la mafia russe…

C’est par hasard que j’ai regardé le film de Florian Henckel von Donnersmarck, sans même savoir son titre ni que le réalisateur était aussi celui de La Vie des autres. J’ignorais aussi qu’il s’agissait du remake américain d’Anthony Zimmer.

C’est donc avec un œil vierge de tout préjugé que j’ai découvert ce film d’espionnage qui commence plutôt bien, malgré l’apparition de quelques visages d’acteurs français abonnés aux séries policières qui donne au spectateur une impression étrange de déjà-vu (Bruno Wolkowitch – PJ, Mhamed Arezki – Les Bleus, premiers pas dans la police, François Vincentelli – Agathe contre Agathe). Si on fait abstraction des clichés sur la France et des quelques incohérences de ce démarrage (topographie bizarre, pain au chocolat dans le plateau alors que la commande incluait un croissant), le film se laisse voir et promet des rebondissements et un certain humour déclenché par l’incompétence des policiers français.

Côté technologique, on est assez loin de James Bond avec pour seul gadget un logiciel capable de recomposer une lettre à partir de cendres. C’est donc dans une filature classique que s’engage Interpol pour suivre la belle Elise (Angelina Jolie, mystérieuse et classe, comme à son habitude). Dans le train qui l’emmène à Venise, elle choisit de s’installer en deuxième classe (où elle fait clairement tache avec son luxueux manteau), face à un prof de maths américain dont on ignore ce qui l’amène, seul, dans la ville des amoureux. Frank Tupelo (Johnny Depp) est passionné par les romans d’espionnage et maladroit avec les femmes, ce qui donnera lieu aux scènes les plus sympathiques du film lorsqu’il tente d’inviter la belle à déjeuner puis qu’il se retrouve à l’hôtel avec elle… mais pour dormir sur le canapé dans un pyjama des plus ringards ! On s’attache quand même à ce gentil looser qui se retrouve pris dans un piège qui le dépasse, entraîné dans une course sur les toits, mis en prison, enlevé par sa belle en bateau-taxi…

Mais le tout se gâte lorsqu’on approche du dénouement. Car après un premier rebondissement révélant l’identité véritable d’Elise, ce qui pose déjà un certain nombre de problèmes de cohérence sur lesquels on ne s’étendra pas, la scène finale la met aux prises avec les mafieux russes, alors que Scotland Yard attend que Pearce montre le bout de son nez pour donner l’ordre d’intervenir, quitte à sacrifier Elise. Mais voici notre brave touriste qui se met en tête de sauver la femme de sa vie et qui profite de la distraction de ces imbéciles de la police secrète pour révéler qu’il n’est pas celui que l’on croit. Une chute tirée par les cheveux aucunement crédible. Bref, pour s’offrir un twist final pas très original, les scénaristes sacrifient toute cohérence, mais aussi le seul personnage un peu sympathique du film, le candide Frank Tupelo. C’est ce que j’appelle un bel échec.