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MacadamUn prêtre s’adonne à un penchant coupable, une jeune femme rêve d’un prince charmant qui roule en break, le sable des arènes porte en son cœur le sang des victimes alors que le temps ne passe pas au même rythme pour tous les habitants d’un village…

Il y a près d’un an, je vous parlais ici de ma rencontre avec Le Liseur du 6h27 et son auteur, Jean-Paul Didierlaurent. Je trouvais à l’époque que ce primo-romancier maniait avec habileté une plume à la fois tendre et amère. J’ignorais que, s’il s’agissait d’un premier roman, l’auteur n’en était pas pour autant un novice.

Et pour cause, avant de s’attaquer à l’histoire touchante de Guylain Vignolles, son créateur s’est fait la main grâce à un genre que j’apprécie particulièrement, celui de la nouvelle. Celles qui composent Macadam ont été plusieurs fois primées, d’après la quatrième de couverture, et cela n’a rien d’étonnant.

En effet, nous avons affaire à un maître du genre qui en manie tous les codes avec une grande aisance. Centrées sur un nombre restreint de personnages, ses histoires réussissent à chaque fois à retracer tout un parcours en peu de pages et réservent au spectateur des surprises variées.

Contrairement à ce que le titre du recueil pourrait laisser penser, les nouvelles de Jean-Paul Didierlaurent ne sont ni lisses, ni grises ni même urbaines pour la plupart. Elles ont pour cadre des arènes ensoleillées, des forêts embrumées, des rêveries d’enfant qui nous entraînent dans des atmosphères bien distinctes mais toujours prenantes. D’une nouvelle à l’autre le lecteur doit s’attendre à faire le grand écart tant l’auteur se glisse dans toutes les peaux : enfant, vieillard, homme, femme, plein de haine ou d’espoir, c’est une galerie de portraits hauts en couleur qui se dégage de ce petit recueil.

La plume est habile et poétique malgré quelques petites maladresses, et la psychologie des personnages ne cède jamais à la facilité. Surtout, l’auteur excelle à semer le trouble et à nous faire passer par toutes les émotions, de l’empathie au dégoût. Certes, la noirceur prédomine dans un bon nombre de nouvelles qui oscillent entre une mélancolie douce et une horreur sans fard. Par instant, on se croirait presque au pays de Stephen King. Mais les pires atrocités sont finalement celles auxquelles il est possible de s’attendre avant la chute. Là où le suspens est le mieux préservé, c’est lorsqu’une pirouette finale vient nous faire sourire ou nous mettre du baume au cœur.

Alors, finalement, Macadam, ce drôle de titre est plutôt bien choisi car la nouvelle qui lègue ce nom au recueil est à mes yeux la plus réussie. De plus, l’auteur parvient à nous embarquer sur la route de son imagination, parfois débridée, et nous prouve qu’en grattant sous le bitume des situations et personnages en apparence les plus ordinaires se cachent tantôt des cadavres tantôt des trésors.

 

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