AWarEn Afghanistan, le commandant Claus Pedersen et ses hommes tentent de protéger la population des talibans. Mais lorsqu’un de ses soldats est blessé dans une attaque, Claus prend la décision de bombarder un quartier d’habitation pour pouvoir l’évacuer… 

Movie challenge 2016 : un film de guerre

On ne peut pas dire que je sois une grande amatrice de films de guerre, et cette catégorie du Movie challenge ne m’enthousiasmait pas vraiment jusqu’à ce que j’entende parler du film de Tobias Lindholm. Je ne connaissais pas jusqu’ici l’œuvre de ce cinéaste danois, pourtant déjà réputé pour son traitement sans filtre de sujets délicats. En revanche, j’avais pu découvrir dans Borgen, la série qui a révélé Sidse Babett Knudsen en France (vue depuis dans L’Hermine), le talent d’acteur de Pilou Asbæk (Kasper Juul) et de Søren Malling (Torben Friis). De plus, je n’ai jusqu’ici jamais été déçue par le cinéma danois, que j’apprécie pour sa capacité à s’emparer de sujets de société délicats (La Chasse, dont Tobias Lindholm a coécrit le scénario avec Thomas Vinterberg) et mettre en lumière des personnalités complexes (Les Enquêtes du département V, After the wedding).

A War était donc LE film que je ne voulais pas manquer durant cette Fête du cinéma 2016 (le seul, car le reste de la programmation m’a semblé un peu décevant cette année). J’avais hâte de découvrir la façon dont le film allait s’emparer d’une question éthique importante (l’accusation de crime de guerre).

Dès les premières images, le spectateur est totalement immergé dans la réalité des combats en Afghanistan : explosion, membres déchiquetés, jeune soldat qui se vide de son sang pendant que les ordres fusent… On le comprend très vite, Tobias Lindholm a misé sur un traitement ultra-réaliste de son sujet. C’est donc sans effets ni fioritures que l’on se plonge dans le quotidien des soldats, découvrant à la fois leurs missions, l’aide qu’ils apportent aux civils, mais aussi les moments de détente, la fraternité qui les unit et l’amour pour leurs familles restées au pays.

Car nous suivons également le quotidien de la femme de Claus, Maria, incarnée avec justesse par Tuva Novotny, qui doit composer avec l’absence de son époux. Pas facile pour une femme seule d’élever trois enfants… Figne, l’aînée, petite fille patiente et posée, semble d’une grande maturité pour son jeune âge. Elliott, le petit dernier curieux, est un rayon de soleil pour la famille, mais nécessite une surveillance constante. Quant à Julius, le cadet, c’est celui qui accepte le plus difficilement d’être privé de son père. Tout au long du film, j’ai été très touchée par cette famille et surtout par Maria, qui ne cherche pas le soutien ni l’admiration, et tente de rester forte en toutes circonstances pour ses enfants.

Dans la deuxième moitié du film, l’action cède le pas au procès intenté contre Claus, accusé d’avoir fait bombarder une position civile sans être sûr que l’ennemi s’y trouvait. Le rythme du film se fait plus lent et développe l’argumentaire des parties en présence, laissant au spectateur le loisir de réfléchir en profondeur à la question éthique que le film soulève. Quel est le devoir premier du soldat ? Protéger les populations locales ou sauver ses hommes ? Et face à une situation complexe où des pertes collatérales sont à déplorer, comment la justice doit-elle se positionner ? Sans prendre parti, le film nous donne envie de soutenir son protagoniste, qui semble lui-même en proie au doute. C’est avec subtilité que des indices sur l’état d’esprit de Claus nous sont donnés, dans la façon qu’il a de regarder ses enfants, et les silences qui planent face à leurs questions.

Dans l’action comme dans la réflexion, la sobriété du film de Tobias Lindholm en fait toute la puissance, et ne peut pas laisser indifférent. De quoi me réconcilier avec les films de guerre !

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