RoyalaffairCaroline Mathilde, princesse anglaise, est promise au roi Christian du Danemark. Elle découvre que son fiancé est un débauché soumis à des sautes d’humeur violentes et incapable de gouverner. Esseulée, la princesse se rapproche du nouveau médecin du roi, un Allemand intéressé par les idées des Lumières… 

Cela faisait longtemps que je souhaitais découvrir le film de Nikolaj Arcel, sorti en 2012, juste au moment où j’apprenais le danois. Mais le temps m’avait manqué jusqu’à ce qu’Arte ait la bonne idée de diffuser ce long-métrage (je tiens d’ailleurs à exprimer mon enthousiasme envers la possibilité de voir les films en VOST sur de plus en plus de chaînes françaises).

Royal Affair est un film historique assez classique dans la forme, avec force costumes d’époque et décors réels. L’histoire de la princesse Caroline peut rappeler le parcours d’autres jeunes filles mariées sans jamais avoir rencontré leur fiancé, telles que Marie-Antoinette ou Georgiana Spencer (incarnée par Keira Knightley dans le film The Duchess). S’il ne s’agit pas de mon genre filmographique préféré, ce sont des longs-métrages que je regarde toujours avec plaisir et qui permettent à la fois de se cultiver de façon ludique et de mesurer la chance que nous avons à notre époque.

En effet, le quotidien de la pauvre Caroline n’est pas rose : son époux la brutalise et l’humilie en public, et elle se retrouve seule le reste du temps après le départ de sa dame de compagnie, congédiée par le roi. La jeune actrice suédoise Alicia Vikander (qui a appris le danois pour le rôle) apporte sa sensibilité à cette reine à la fois naïve et forte. On s’attache à ce personnage tiraillé entre l’amour porté à son fils et sa haine envers le roi, ses origines nobles et ses idées modernes, son caractère ouvert et le secret qu’elle doit protéger. Surtout, on la plaint d’avoir à subir toute sa vie le pouvoir des hommes.

Face à elle, deux acteurs de grande qualité apportent du suspens et du piquant au film. On ne présente plus Mads Mikkelsen, remarquable dans tous ses rôles (citons entre autres La Chasse, Michael Kohlaas et Hannibal). Il incarne avec force et prestance le médecin du roi, intellectuel éclairé submergé par sa passion pour la jeune reine. Il se retrouve confronté à une situation délicate, puisque le roi qu’il trahit le considère comme son meilleur ami. Le souverain est sans doute le plus complexe des personnages du film. Le spectateur hésite tout du long à le plaindre ou à le détester, et ne saura jamais vraiment s’il était fou ou original, malin ou faible. Pour jouer Christian, Nikolaj Arcel a eu recours au brillant Mikkel Boe Følsgaard, abonné aux rôles étranges : on a depuis pu le retrouver dans le premier volet des Enquêtes du département V où il incarne un jeune homme rendu muet par un traumatisme d’enfance. Tour à tour inquiétant, agaçant et touchant, Christian VII a valu à son interprète l’Ours d’argent du meilleur acteur en 2012. Une récompense hautement méritée pour cette performance impressionnante.

Ce film qui mêle intrigue intime et Histoire du Danemark rend hommage à des personnages clés de l’évolution de leur pays, et réjouira tous les amateurs du genre grâce à ses superbes images et à son casting parfait.

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