couverture-livre-jungleLouise et Julia se sont rencontrées à 8 ans, et après avoir apprivoisé leurs différences, sont devenues inséparables. Jusqu’à cet été funeste où les filles rencontrent David, prétendument vendeur de vêtements, et où Julia se taille les veines dans son bain…

De Monica Sabolo, j’avais bien aimé Tout cela n’a rien à voir avec moi et encore plus Crans-Montana, et avant de découvrir Summer (dont je vous parlerai bientôt), j’ai eu la chance de recevoir Jungle avec la dernière Masse critique de Babelio.

Je ne pensais pas autant adhérer à ce petit roman, que j’avais sélectionné pour compléter ma connaissance de cette auteur, mais sans trop savoir de quoi il était question. Dès les premières pages, on sait que l’issue de l’histoire sera tragique puisque le récit s’ouvre sur le suicide de la solaire Julia, qui à vingt-et-un ans s’ouvre les veines en bikini dans sa baignoire. Il y a un petit côté Virgin Suicides dans le parcours de cette jolie fille qui semblait avoir tout pour elle et dont son entourage ne saurait expliquer au juste pourquoi elle décida d’en finir.

J’ai aimé la narration rétrospective, qui aurait pu nous laisser dans l’ambiance traumatisante du suicide, et qui pourtant réussit à nous extraire de la connaissance de cette fin pour nous plonger dans l’enfance de Louise et Julia, gamines aux tempéraments aussi opposés que leurs physiques. La blonde Louise, en tenue de camouflage dans son jardin, ne rêve que d’expéditions tropicales et de serpents dangereux, alors que Julia, charmante brune en robe volantée, bat des cils pour plaire à tous et à son père en particulier. Deux éléments fondamentaux scelleront pour toujours leur amitié : leur goût pour la transgression, marqué par des ateliers de dissection d’animaux morts, et la fuite de la mère de l’une avec le père de l’autre.

À partir de cet épisode fondateur, cette amitié extrême, qu’on pourrait qualifier de toxique, s’épanouit à travers les pages et les époques, dans une savante déconstruction temporelle. Derrière sa narratrice, Louise, l’auteur distille intelligemment les informations pour nous donner à comprendre de plus en plus profondément la relation des deux jeunes filles, plongeant peu à peu dans ce qu’elle a pu avoir de malsain, jusqu’à l’été qui causa de façon relativement inexplicable la mort de Julia. Plus que l’histoire en elle-même, assez banale en dépit de détails croustillants (notamment l’intérêt de Louise pour les reptiles), ce qui fait la force de ce récit, c’est son style à la fois solaire, nerveux et emporté, parfaitement adapté aux tourments de l’adolescence. Impossible de ne pas se reconnaître dans l’un ou l’autre des épisodes de la jeunesse de Julia ou de Louise, dans leur langueur, leur ennui, leurs rêves, leurs désirs, leur métamorphose. Le lecteur, ou plus sûrement la lectrice, retrouvera ses années lycéennes, dans la description des peaux frôlées et des amours imaginaires, des querelles dramatiques qui s’évanouissent en réconciliations alcoolisées, et des relations amicales plus fortes que les amours d’adultes.

Par ailleurs, en dépit des événements tragiques dont il ne manque pas (en particulier dans le parcours de Pierre, le frère casse-cou de Louise), le roman sait diluer l’amertume de son propos, la désillusion envers le monde adulte et l’impression d’un avenir morne, dans des scènes alertes et parfois comiques. Extrêmement vivant et sensible, ce roman de Monica Sabolo est une vraie pépite. Encore un grand merci à Babelio pour cette découverte !

babelio

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