« La chaleur » : vivre et laisser mourir

couverture-livre-la-chaleurUne nuit, au camping, Léonard assiste à la mort d’Oscar. Le jeune homme ivre s’est étranglé avec les cordes d’une balançoire, et Léonard n’a rien fait pour le sauver. Il enterre le corps sous la plage toute proche… 

J’avais été intriguée par le résumé de ce roman dans le catalogue Flammarion de rentrée, et mon goût des premiers romans s’est réveillé à la lecture des quelques lignes mystérieuses évoquant un été caniculaire. Moi qui n’aime rien tant que la chaleur, les films aux plages surexposées, les récits d’adolescence estivaux (Jungle, Treize…), je sentais que cette atmosphère pouvait me séduire.

Et de fait, dès les premières lignes percutantes, le roman de Victor Jestin m’a happée. Il y a quelque chose de moite, de sale et de nauséeux dans ce texte qui prend aux tripes les lecteurs/trices pour ne plus les lâcher. Difficile pour moi de poser le livre tant que je n’en étais pas parvenue à la chute. D’une part, parce que l’ouverture choc produit une situation de tension où tout semble ne pouvoir que mal finir (reste à savoir mal jusqu’à quel point). D’autre part parce que le style nerveux et sensuel de l’auteur nous cheville à son Léonard, dont on ressent tous les états physiques et psychologiques au fil des lignes. Bientôt, nous sommes nous-mêmes accablés par la sueur, la lumière aveuglante qui rend flous les contours du réel, l’urgence du désir adolescent que contrarie la difficulté à habiter harmonieusement son corps.

Sur un postulat de départ assez extraordinaire, l’auteur réussit à rattacher une chronique adolescente de fin d’été ultra réaliste, entre relations avortées, tentatives de drague vaseuses, rapports aux parents et aux pairs soumis aux revirements des états intérieurs fluctuants des jeunes. Comme dans Jungle ou Treize, le personnage central est mal à l’aise face à la joie et à la décontraction des estivants, qui semblent forcées et vulgaires. Son tempérament s’accommode mieux du drame et l’irruption du tragique semble faire basculer sa vie de l’insignifiance à la destinée. Tout à coup, ce dont il a été témoin propulse Léonard en situation d’agir et d’influer profondément sur le cours des choses. Comme si devenir adulte consistait à prendre conscience de son pouvoir, de séduction mais aussi de vie ou de mort, de vérité ou de mensonge.

Le résultat est envoûtant et provoque autant le malaise que l’admiration pour cette jeune plume déjà affûtée. Clairement une des révélations de cette rentrée qu’il ne fallait pas manquer.

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