« Corporate » : she’s a killer

affiche-film-corporateÉmilie travaille aux ressources humaines chez Esen, un grand groupe. Elle refuse de recevoir Didier Dalmat, un cadre qui a vu sa mutation rejetée. Le jour même, celui-ci se jette dans la cour du siège de l’entreprise… 

J’avais repéré le premier long de Nicolas Silhol depuis longtemps, et comme je me suis fait récemment la réflexion que j’aimais bien les films sur le monde du travail, sa diffusion sur arte est tombée à pic.

Très rapidement, j’ai trouvé que l’ambiance du film et son propos étaient fort similaires à plusieurs autres œuvres autour du même sujet, de Carole Matthieu en passant par Les Heures souterraines. Il y a un côté déjà-vu dans le scénario qui utilise le suicide d’un salarié pour révéler des pratiques de management sordides et perverses axées sur la mise au placard et le harcèlement moral.

L’univers esthétique très blanc et froid, vitré, strict, est aussi similaire à celui de l’adaptation du roman de Delphine de Vigan, mais moins sombre que le film de Louis-Julien Petit (ou que Crime d’amour, dans une entreprise du même genre).

La particularité de Corporate, c’est son choix de point de vue. Nous suivons Émilie Tesson-Hansen, que l’on pourrait très bien considérer comme « la méchante » de l’histoire. C’est elle, aux ressources humaines, qui pousse à la démission les employés repérés avec son patron (Lambert Wilson, impeccable de froideur et d’inhumanité) comme étant les plus faibles. On voit bien dans ce personnage féminin fort tout le lavage de cerveau managérial, son jargon, ses valeurs, son obsession de la puissance et de la modernité qui met sur la touche celles et ceux qui n’arrivent pas à suivre le mouvement. Émilie est « une tueuse » au sens figuré et bientôt au sens propre, et il est audacieux d’en avoir fait le personnage principal. Surtout, Céline Sallette est un excellent choix pour réussir à conférer de l’humanité au personnage : dans sa déchéance qui apparaît par des traits de plus en plus marqués, dans les scènes aussi qui la montrent en épouse et mère de famille. Elle nous rappelle qu’Émilie n’est pas un robot ni un monstre mais bien une femme intelligente, brillante, qui a juste choisi de mettre ses qualités au service d’un emploi très bien rémunéré mais nécessitant de ravaler tout sens moral.

J’ai apprécié également le personnage de Violaine Fumeau, l’inspectrice du travail, surtout quand on la suit dans un univers professionnel différent, rappelant que les manquements à la sécurité et au bien-être des salariés ont lieu dans tous les domaines. J’aurais bien aimé en savoir plus sur ce personnage, avec une alternance des points de vue par exemple.

Un film intéressant qui rappelle certains scandales comme l’affaire des suicides chez France Télécom, peut ouvrir les yeux sur des pratiques terribles qui ont malheureusement cours dans certaines entreprises, mais ne se démarque pas suffisamment à mes yeux des autres fictions sur le même thème.

5 commentaires sur “« Corporate » : she’s a killer

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  1. Pourquoi pas. Mais souvent je trouve que les films sur l’entreprise montrent de grosses boîtes parisiennes, et du coup cela sonne faux. Pour moi, cela ne ressemble pas à la vraie vie d’entreprise…

    1. Ah oui on est dans la grosse multinationale là. C’est sans doute parce que c’est là qu’on trouve les méthodes de management dénoncées dans ces films.

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