Étiquettes

crans-montanaChris, Charlie et Claudia forment les trois C., un groupe clos qu’admirent de loin tous les adolescents parisiens de la station de ski de Crans-Montana. Mais même les idoles des années 60 ne peuvent échapper au vieillissement et aux désillusions…

Après l’original Tout cela n’a rien à voir avec moi, récompensé du Prix de Flore 2013, Monica Sabolo revient discrètement en cette rentrée littéraire avec un roman à la forme beaucoup plus classique.

Ici, la narratrice troque le récit de ses propres échecs sentimentaux contre celui d’un groupe de jeunes garçons des années 60, fils de bonne famille parisiens, fascinés par trois adolescentes qui fréquentent la même station de ski hiver comme été.

Ce n’est certes pas le premier roman évoquant les tourments amoureux de l’adolescence, mais celui-ci fait preuve dès les premières pages d’une grande finesse et d’une remarquable entrée dans la peau de chaque personnage. Même si le lecteur s’y perd un peu entre tous les garçons du groupe, les portraits esquissés se composent au fur et à mesure du temps qui passe et de l’alternance des points de vue.

Car si la première partie du livre pourrait presque constituer un roman à elle seule, tant le ton énamouré des adolescents fiévreux est bien rendu et pourrait se suffire à lui-même, le récit ne se clôt pourtant pas avec l’éloge élégiaque qu’il adresse aux trois filles inaccessibles.

Monica Sabolo réussit à nous faire percevoir les différentes facettes d’une même réalité, et combien les apparences peuvent parfois être trompeuses, en devenant tour à tour Charlotte, Chris, Franco et les autres. Nul n’est au-dessus des lois de la nature et de la société, c’est en quelque sorte ce qui ressort de cette confrontation des récits. Si les jeunes parisiens se jugent inférieurs aux sublimes jeunes filles, celles-ci n’en sont pas moins pleines des doutes, rêves et hésitations qui atteignent tous les adolescents. À travers ces quelques personnages, de nombreuses problématiques s’entrecroisent : les rapports entre parents et enfants, le désir de plaire, le poids des secrets sur la génération née après la Seconde Guerre mondiale, l’impact de la religion ou de l’origine sociale…

En dépit de leurs espoirs, tous sont rattrapés par le temps qui passe et la vacuité d’une existence consacrée à la fête et au paraître. À force de s’observer, ils ont créé un jeu de miroirs qui volera fatalement en éclats…

Très bien mené, le récit est prenant de bout en bout et cohérent dans l’évolution de ses personnages. Les pages dédiées aux tabous du corps féminin et à ses souffrances sont à mes yeux les plus réussies, de même que certains passages particulièrement poétiques de communion avec la nature.

Cette chronique générationnelle à plusieurs voix est sans nul doute l’un des romans de la rentrée les plus convaincants, en lice pour le prix Décembre.

Publicités