toutcelanarienàvoirMonica Sabolo (MS) tente de comprendre pourquoi son histoire avec XX, un collègue de bureau, n’a pas fonctionné. Pour ce faire, elle retrace leur relation en amassant les indices : mails, sms, cadeaux, sorties, photos…

OLNI : objet littéraire non identifié. C’est ainsi que je définirais pour ma part ce livre dont la couverture proclame « roman ». Car du roman, Tout cela n’a rien à voir avec moi n’a pas grand chose : ni récit ni dialogues, ni même fiction, il s’agit plutôt d’un témoignage fragmentaire et ironique. 

De prime abord, ce petit livre à la couverture vermillon a de quoi surprendre le lecteur. Divisé en parties portant des titres d’essais à la Montaigne (« De l’aveuglement », « Des antécédents », « De l’effondrement »), il rassemble des éléments que l’on a peu coutume de trouver au cours d’une lecture : extraits d’emails, conversations par SMS, compte-rendus de rendez-vous, réflexions sociologiques, photos d’objets du quotidien, schémas, biographies rapides et partiales de membres de la famille… C’est un savant jeu de piste que propose Monica Sabolo à son lecteur, qui tentera en même temps qu’elle de retrouver les causes profondes de l’échec amoureux qui prend forme au fur et à mesure que s’assemblent les pièces du puzzle.

Le procédé rappelle à la fois les romans pour adolescents (et ce n’est sans doute pas un hasard, car c’est bien dans la jeunesse de la narratrice – qui peine à se comporter en adulte dans ses relations amoureuses – que le malaise prend naissance) mais aussi le De l’amour de Stendhal, qui tente par tous les biais (réflexion logique, exemples imagés, récits de faits réels, fiction, typologies) de cerner la nature du sentiment amoureux. Sauf qu’ici, il s’agit moins de l’amour que de l’impossibilité de l’amour.

Au fil de la lecture, on perçoit en effet que la situation n’est pas telle qu’on la comprend d’abord : une femme délaissée par un amant distant, avec lequel elle aurait dû se rendre compte qu’une histoire sérieuse était impossible. Le titre aurait pu être applicable à la narratrice, qui aurait seulement eu la malchance bien ordinaire de tomber sur un homme peu enclin à s’engager. Pourtant, c’est dans la bouche (ou plutôt dans un SMS) de celui-ci que l’on découvre la phrase qui donne son titre au livre : « Je crains que tout cela n’ait pas grand-chose à voir avec moi. » C’est alors qu’une autre réalité se fait jour, et que la grande finesse (en même temps que la force) du roman apparaît.

On pourra tout de même reprocher à cet OLNI les défauts liés au parti-pris d’une narration déconstruite et elliptique : des zones d’ombre qui forcent le lecteur à tenter de reconstruire ce qui ne lui est pas livré, des flottements chronologiques et la difficulté à entrer dans la psyché de personnages présentés de manière parcellaire. L’homme, surtout, reste à l’état de silhouette dont on n’est, comme la narratrice, jamais sûr d’avoir cerné le caractère et les motivations. Mais la façon d’aborder le sujet de la rupture comme une enquête sociologique justifie sans doute cette approche externe du personnage, qui n’est jamais saisi que par les traces de son passage laissées dans la vie de la narratrice. 

Une curiosité récompensée du Prix de Flore 2013, à découvrir.

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