affiche-film-personal-shopperMaureen travaille à Paris comme assistante de shopping. Un métier qu’elle n’aime pas mais qui lui permet de rester près de la maison où vivait son frère jumeau, décédé d’une malformation cardiaque. Maureen est certaine que Lewis va lui faire signe depuis l’au-delà…

J’avais trouvé Sils Maria vraiment intéressant, à la fois pour les thèmes abordés et le jeu des actrices, c’est pourquoi j’avais hâte de retrouver Kristen Stewart dirigée par Olivier Assayas dans Personal Shopper. Quasiment décidée à aller le découvrir en salles lorsqu’il avait reçu le Prix de la mise en scène à Cannes, j’avais finalement renoncé après avoir vu une bande-annonce particulièrement stressante.

Mais la curiosité finit souvent chez moi par l’emporter sur la crainte d’avoir peur. Le début du film m’a convaincue que j’avais bien fait de dépasser mes appréhensions : certes, on voit Maureen errer de nuit dans la grande maison vide où son frère est mort, on comprend assez vite qu’elle y côtoie des esprits, car c’est un parti-pris du film que d’accepter sans broncher l’existence du paranormal. Si vraiment les histoires de fantômes vous agacent, vous risquez de ne pas adhérer aux postulats du film. Et ce serait dommage, car le long-métrage est bien plus qu’un film de genre.

Peu à peu, l’ambiance gentiment ésotérique du début devient plus angoissante, à mesure que Personal shopper emprunte à des genres divers tels que le thriller ou le slasher. L’exercice de style, s’il laisse parfois le spectateur dans l’incompréhension (que signifie ce que je viens de voir ?), est complètement assumé et maîtrisé. Un film d’Assayas ne cherche pas à imposer au spectateur une vérité évidente et unique, il nous soumet des faits, des éléments, il nous donne à voir des personnages, dans un art du portrait délicat, et nous laisse conjecturer à partir de ces éléments. Ainsi, lorsque Maureen reçoit de mystérieux sms d’un numéro inconnu, se demande-t-elle, et nous aussi, si ceux-ci émanent d’un mort ou d’un vivant. Cela dit, pour ma part, j’ai assez vite deviné qui se cachait derrière ces envois mystérieux. Mais le film est suffisamment bien construit pour que, même en sachant l’identité de l’expéditeur, il ne perde pas en tension.

Présente quasiment dans tous les plans, Kristen Stewart irradie d’un charme étrange. Son jeu habité, physique mais sans fioritures, rend attachante cette jeune femme perdue entre une simplicité qu’elle partageait visiblement avec son frère, et qu’on retrouve chez la fiancée du défunt (Sigrid Bouaziz), et le monde d’apparat dans lequel elle évolue professionnellement.

Au-delà de la beauté formelle du film et de son étrangeté, deux qualités majeures à mes yeux, Personal Shopper, dont la chute a suscité plusieurs théories, est à mes yeux avant tout un film sur le deuil et le rapport à la mort des jeunes gens. Lewis, qui ne semblait pas effrayé par le risque qui planait sur lui, Lara, qui refuse de s’enfermer dans le chagrin et préfère avancer à tout prix, quitte à avoir l’air d’oublier, et Maureen, qui cherche les réponses dans les signes paranormaux et nie farouchement craindre sa propre fin, incarnent trois postures différentes face à l’idée de la mort. Comme avec Sils Maria, il est vraiment agréable de se plonger dans ce film intelligent, réfléchi, soigné et prenant de bout en bout.

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