affiche-film-120-battements-par-minuteDébut des années 90. Nathan adhère à Act Up Paris et rencontre les militants dans leur diversité et leurs divisions. Comment sensibiliser l’opinion et les pouvoirs publics à l’épidémie de Sida ? Sophie prône la mesure, Sean n’a pas peur des excès… 

J’ai tardé à voir ce film que j’avais pourtant repéré dès l’annonce des œuvres en compétition à Cannes. Dans une sélection qui me tentait nettement moins que celle de l’an dernier (difficile de faire mieux que Moi, Daniel Blake, Personal Shopper, Divines), le film de Robin Campillo me semblait l’un des plus prometteurs. Pourtant, je ne connaissais pas du tout ce réalisateur, dont c’est en fait le 3e long-métrage, et du casting, je n’avais reconnu qu’Adèle Haenel. J’avais pourtant aperçu Nahuel Perez Biscayart dans Grand Central et Aloïse Sauvage dans Trepalium.

J’ai fini par me décider non sans une petite appréhension envers les 2h20 du film (le film idéal dure pour moi entre 1h30 et 2h). Et de fait, c’est l’une des rares critiques que j’aurai à faire à ce très beau film : il est un peu trop long. Pour une œuvre qui mise sur la tonicité, la vivacité, très présente lors des manifestations dans la rue ou d’actions dans les bureaux des groupes pharmaceutiques, il aurait sans doute été préférable de couper quelques scènes répétitives (notamment en boîte de nuit) ou qui ne font pas avancer l’intrigue (Nathan et Sean à la plage) pour ne jamais perdre le dynamisme qui est une des vraies forces de l’ensemble.

Une fois énoncé ce point (et si l’on cherche la petite bête, on remarquera aussi quelques anachronismes dans le décor et les accessoires), reste qu’on est en face d’une œuvre majeure de cette année cinéma. D’abord, d’un point de vue de forme, le film est très intéressant, alternant les angles de vue, mêlant des plans très léchés et esthétisés et d’autres plus bruts (en particulier les réunions d’Act Up, plus vraies que nature), s’autorisant entre deux chorégraphies pétillantes à la Gay pride des conversations intimistes, et réussissant à surprendre. Certaines scènes m’ont en effet parues vraiment brillantes : la façon dont Sean raconte sa contamination, la prévention au lycée, le rêve d’une Seine ensanglantée…

On peut dire que le réalisateur est à la hauteur de son sujet. Un film sur un thème aussi capital que la lutte contre le sida, et aussi important aujourd’hui, à l’heure où l’on n’évoque plus la fin de la contamination mais plutôt le risque d’une seconde vague d’épidémie, ne pouvait pas se permettre de ne pas faire honneur à son sujet. Inspiré par sa propre expérience de militant, il livre un témoignage vivant mêlant action de santé publique et vie privée des personnages principaux. Et quel bon choix que celui de ces deux acteurs quasi inconnus du grand public pour incarner Sean (Nahuel Perez Biscayart) et Nathan (Arnaud Valois). Le premier, en jeune homme combattif et énergique peu à peu rongé par la maladie, livre une prestation de haute volée, calibrée pour les récompenses. Mais j’ai trouvé le personnage de Nathan au moins aussi fort, car le fait de ne pas être atteint par le virus en fait le héraut d’une cause qu’il a choisie librement, contrairement aux autres personnages qui luttent pour leur survie. Son indéfectible engagement a quelque chose de très touchant.

Film choc dans les images, et l’interprétation très investie de ses acteurs, y compris secondaires, le long-métrage de Robin Campillo est aussi un film nécessaire, pour rendre hommage à celles et ceux qui ont lutté pour les droits des malades et la prévention de tous, et un bon moyen de rappeler l’importance des précautions face au risque. Sur le sujet, voir aussi le très touchant Jeanne et le garçon formidable.

 

Publicités