a-ghost-storyM et C vivent dans une maison étrange où des bruits bizarres les réveillent la nuit. Alors qu’ils s’apprêtent à déménager, C décède dans un accident de voiture. Il revient dans la maison sous forme de fantôme et assiste au deuil de M. 

Je voulais absolument voir ce film en 2017 car il était hors de question que j’établisse mon top 10 annuel sans lui laisser une chance d’y figurer. C’est dire à quel point j’attendais le long-métrage de David Lowery, qui retrouve ici les acteurs des Amants du Texas. J’avais suivi depuis des mois le suspense autour de la diffusion française de ce film (qui serait probablement sorti directement en VOD s’il n’avait été généreusement récompensé au festival de Deauville) et, l’impatience étant à son comble, je suis allée le voir en avant-première dans le cadre du PIFFF.

Honnêtement ce n’était sans doute pas le meilleur cadre pour découvrir ce film si particulier. Certes, l’immense écran du Max Linder apportait quelque chose d’intéressant au format et au grain du film de Lowery ; mais j’aurais aimé pouvoir le voir sans ressentir (voire carrément entendre) les réactions d’une salle pleine à craquer. Je pense finalement que les critiques ultra élogieuses qu’a reçues le film jusqu’ici l’ont plutôt desservi, en créant une attente telle qu’une partie du public sera forcément déroutée voire déçue. Et ressentir la frustration des spectateurs autour de soi n’est pas le meilleur moyen de profiter pleinement d’une expérience cinématographique.

Quoi qu’il en soit, allez voir ce film. Allez-y à une heure creuse, dans une salle calme, et surtout pas avec l’idée que vous allez voir un drame qui vous arrachera des sanglots dès les premières minutes. Certes, il est question de décès et de deuil mais on n’est pas du tout dans un film tire-larmes, d’ailleurs, moi qui suis sensible au cinéma, je n’ai pas pleuré. Le propos d’A ghost story va au delà du drame personnel subi par ses personnages. Certes, voire Rooney Mara éplorée pourra vous briser le cœur mais ce n’est qu’une part du film et il serait dommage de ne pas voir plus loin.

David Lowery a soigné tous ses plans, et esthétiquement le film est sublime et audacieux. Il s’est entouré d’acteurs qu’il connaissait et en qui il avait toute confiance pour porter cette œuvre expérimentale. Pour moi A ghost story est sans doute le film de l’année qui déploie le plus de fond, de réflexion philosophique et métaphysique. Et tant mieux si je suis sortie de la salle avec l’impression de n’avoir pas tout compris, car j’y ai repensé encore et encore.

Et en dépit d’un aspect très intellectuel, le film n’en est pas moins sensible, car ce n’est pas parce qu’on ne pleure pas qu’on ne ressent rien. Sans être une grande fan de Casey Affleck, j’ai trouvé sa prestation remarquable car, bien qu’on ne voie rien de lui sous son drap de fantôme, on ressent les émotions et questionnements qui le traversent avec acuité. Pour moi ce film est en quelque sorte le pendant du très beau Personal shopper dans son traitement de la vie après la mort, du deuil, et dans le mélange des genres qu’il propose. Mais Lowery voit plus grand qu’Assayas avec cette mise en scène dingue qui nous laisse pantelants face à des scènes ultra longues en plan fixe qui creusent le malaise du spectateur… jusqu’à lui faire comprendre sur le fil où on le mène. C’est aussi un film très intéressant sur le plan sonore, car extrêmement silencieux, avec très peu de dialogues (seule une scène très volubile est présente, et ce n’est pas par hasard !) et de rares morceaux de musique captivants et bouleversants.

Je suis certaine que tout le monde ne sera pas sensible à ce très grand film pourtant très intime et humble en même temps. Je pressens des débats et des avis tranchés à son sujet. Et c’est tant mieux. Car les œuvres qui suscitent la discussion sont les plus intéressantes.

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