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sils-maria-67023Maria Enders doit recevoir un prix au nom du réalisateur qui a autrefois lancé sa carrière, mais elle apprend que celui-ci vient de mourir. On lui propose alors de rejouer dans la pièce qui l’avait fait découvrir au grand public, mais en interprétant l’autre rôle principal…

J’étais curieuse depuis longtemps de découvrir l’univers d’Olivier Assayas, et particulièrement tentée par son nouveau film Personal Shopper. Mais comme arte a eu la bonne idée de diffuser Sils Maria, j’ai pensé que ce pourrait être une bonne entrée en matière. Et j’ai fait séance commune avec Tinalakiller !

Cinéaste réputé « bizarre », Assayas a surtout pour moi le mérite dans ce film de poser des questions pertinentes sur la célébrité, le besoin de reconnaissance, le rapport au vieillissement. Et il le fait de manière très fine et intelligente à travers un enchevêtrement de mises en abyme superposées. Le personnage principal de Maria, comédienne qui refuse d’être considérée comme vieillissante, est incarnée avec beaucoup de justesse par Juliette Binoche, qui concentre autour d’elle l’ensemble des questionnements philosophiques qui nouent entre elles les intrigues du film. À travers elle, le spectateur perçoit à la fois le rapport d’admiration qui peut unir une jeune comédienne au réalisateur qui lui donne sa chance, ses relations avec le public et avec les gens qui travaillent pour elle, mais aussi sa vision du travail d’actrice ou ses jalousies pour d’autres stars montantes. Personnage ambigu, parfois touchante et parfois détestable, Maria sent le contrôle lui échapper et parvient de moins en moins à cacher ses faiblesses, dès lors qu’elle accepte la proposition d’un réalisateur en vogue : rejouer dans la pièce Maloja Snake qui l’a fait connaître, mais non plus dans le rôle de la jeune et cruelle Sigrid. Cette fois-ci, elle sera Helena, la femme de pouvoir dont la vie vole en éclats lorsqu’elle s’éprend de sa jeune stagiaire. Pour Maria, incarner ce personnage qu’elle méprisait lorsqu’elle jouait Sigrid lui est insupportable. Elle qui dit avoir besoin de devenir le personnage pour l’interpréter, vit très mal de se sentir devenir cette femme sur le déclin qui l’agace, sans doute parce qu’elle la renvoie à ses propres faiblesses.

Face à elle, Valentine (Kristen Stewart), son assistante personnelle, tente tant bien que mal de gérer les caprices et les interrogations de la star, de l’aider à apprendre son texte et de mener en parallèle sa vie personnelle. Mais à mesure que Valentine et Maria répètent les rôles de Sigrid et Helena, leur relation se fait à la fois plus intime et moins saine, la star refusant à tout prix d’entendre les opinions de la jeune femme. J’ai beaucoup aimé le rôle de Valentina, son dévouement et sa patience, mais aussi son enthousiasme et la conviction qu’elle met dans ses avis, notamment lorsqu’elle tente de défendre aux yeux de Maria la jeune comédienne Jo-Ann choisie pour incarner la nouvelle Sigrid. Celle-ci est campée avec beaucoup de naturel par une Chloë Grace Moretz qui n’a pas craint de se glisser dans le cliché de la starlette américaine abonnée aux blockbusters et aux scandales. Une jolie performance pour cette jeune actrice dont le parcours personnel est très éloigné de celui de Jo-Ann.

Ce qui m’a surtout beaucoup plus dans ce film, c’est la quasi absence de personnages masculins. Je trouve qu’un film sans homme dans les rôles principaux, et donc sans prédominance de la romance hétérosexuelle classique (et de la romance tout court, en fait), est quelque chose d’assez rare pour être souligné. Les hommes gravitent autour de ces trois femmes de caractère, mais restent dans leur ombre, et ne leur volent jamais la vedette. De la part d’un cinéaste masculin, ce parti-pris m’a vraiment fait plaisir. Ici, c’est la femme qui est mise en avant, et ses questionnements existentiels, notamment sur son pouvoir de séduction, ne sont posés que par rapport à d’autres regards féminins. Ainsi la relation entre Sigrid et Helena dans Maloja Snake influe-t-elle sur les rapports admiratifs et conflictuels, et peut-être érotiques mais de façon sous-jacente, entre les femmes du film.

 

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