affiche-film-the-immigrantEwa et sa sœur quittent la Pologne après avoir perdu leurs parents pendant la guerre. Mais en arrivant aux Etats-Unis, elles sont refoulées : Magda est mise en quarantaine sur Ellis Island et Ewa accusée de mœurs légères. Mais un homme accepte de l’aider en faisant jouer ses relations…

C’est un peu par hasard que j’ai regardé ce film, parce que l’occasion s’en présentait. Je sais que Marion Cotillard n’a pas toujours bonne presse mais pour ma part j’apprécie plutôt cette actrice, sans doute parce que j’ai admiré sa performance dans De rouille et d’os il y a quelques années, et parce que j’avais beaucoup aimé Une grande année, en dépit de ses mauvaises critiques.

Avec The Immigrant, l’actrice française est mise en valeur et trouve encore un grand rôle, celui d’une femme prête à tout pour s’en sortir et surtout pour sauver sa sœur qu’elle aime plus que sa propre vie. On voit très peu Magda dans le film, on ignore donc comment elle se comporte envers sa sœur, ce qui rend l’attachement d’Ewa d’autant plus touchant qu’aucune interaction ne vient le renforcer.

Le réalisateur James Gray, habitué à tourner avec Joaquin Phoenix (Two lovers), lui offre également ici un rôle intéressant car ambigu. En effet, les hommes qui croisent la route d’Ewa ont beau lui affirmé leur attachement et leur désir de l’aider, ils apparaissent surtout comme toxiques et manipulateurs. Il en va de même pour Orlando, le magicien incarné avec brio par Jeremy Renner.

Ce qui m’a surtout frappée dans cette plongée dans le quotidien sordide des pauvres immigrées à New York, c’est surtout l’horreur de la situation… qui n’est pas sans rappeler l’actualité. Pour les jeunes femmes ayant déjà perdu leur vie, leurs biens et leur famille, point de compassion ni de salut. Ewa doit renoncer à sa virginité et à ses valeurs religieuses, et même à sa dignité d’être humain. Vivant chichement, forcée de jouer dans des spectacles de cabaret obscènes, elle en vient à se prostituer, pousser par son employeur qui lui laisse entendre qu’elle n’a pas d’autre choix. Manipulée, isolée, acculée, Ewa garde pourtant une grande force : le désir fou de vivre heureuse avec sa sœur.

On se prend à espérer avec ce personnage combattif, en dépit des obstacles renouvelés qui se dressent sur son chemin. J’ai moins apprécié le retour de la religion à un stade de l’histoire où se raccrocher à des croyances semble assez incongru. De même, le retournement final qui permet à Ewa de trouver de l’argent ne m’a pas vraiment convaincu : si une telle solution existait, pourquoi ne pas y avoir eu recours plus tôt ?

Cependant, dans l’ensemble, le film est intéressant et pertinent, à la fois sur la difficulté de reconstruire sa vie dans un pays dont on ignore tout (surtout pour une femme seule et désargentée), et sur les ambivalences de l’âme humaine.

Publicités