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pastropsaignantJoe partage sa vie entre l’horreur de l’abattoir et les piqûres de l’infirmière Joséphine. Un jour, il fauche une bétaillère contenant six vaches et embarque Sam, un orphelin placé chez des voisins, direction la montagne… 

J’avais beaucoup aimé les deux premiers romans de Guillaume Siaudeau, parus chez Alma, et j’avais hâte de découvrir son prochain livre. Parfois certains livres nous surprennent et nous séduisent quand on ne s’attendait à rien, alors que d’autres, que l’on pensait aimer, nous déroutent et nous déçoivent. Mais le nouveau roman de Guillaume Siaudeau n’appartient à aucune de ces deux catégories. Certes, j’attendais beaucoup de ce livre, car j’avais envie de retrouver la plume particulière de l’auteur et son univers unique. Et bien je dois dire que j’ai rarement lu un récit aussi conforme à mes attentes !

Je pensais que ce livre serait un de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire, et il l’est. J’y ai retrouvé tout ce que j’avais apprécié dans les précédents livres de l’auteur, qui poursuit son exploration du mal-être des hommes d’aujourd’hui à travers le portrait de Joe, un employé d’abattoir psychologiquement fragile qui réussit à survivre grâce aux piqûres arc-en-ciel que lui prodigue la jolie Joséphine, son infirmière préférée.

Comme dans Tartes aux pommes et fin du monde ou La dictature des ronces, le personnage principal n’a en apparence rien d’un héros. Homme banal de l’extérieur, mais à l’intériorité riche, sensible et imaginative, Joe essaye tant bien que mal de faire contre mauvaise fortune bon cœur, s’accrochant sans relâche aux petits plaisirs du quotidien qui pourraient soulager son angoisse et sa déprime : l’envol d’un hélicoptère, le sourire d’un enfant ou celui d’une jolie femme, le salut matinal d’un rouge-gorge…

Poète, le narrateur nous conte cette folle cavale bovine à grands renforts des métaphores dont Guillaume Siaudeau a le secret, celui d’une plume à la fois élégante et familière, qui mêle mots d’argot et figures de style avec aisance. Le genre d’écriture que j’aime beaucoup et qui me donne envie de m’interrompre à chaque chapitre ou presque pour noter des citations aussi belles que réfléchies comme celles-ci : « Les nuits ne sont pas les mêmes lorsqu’on est en fuite. La liberté les rend plus belles mais plus dangereuses. Comme ces champignons colorés qui ressemblent à des bonbons mais qui sont gorgés de poison. Chaque nuit devient une grand-mère adorable dans le ventre d’un loup. » ou « La vie est un train derrière lequel on court et ce matin c’est un TGV qui a quitté le quai. »

Si le titre peut faire penser à un polar, on serait plutôt ici dans la parodie du genre, avec des flics tellement maladroits et peu concernés que c’en deviendrait presque gênant pour la profession. Pour autant, si on sourit régulièrement des expressions imagées du narrateur, le lecteur averti saura à quoi s’en tenir : chez Guillaume Siaudeau, la gaieté est souvent de façade et le drame n’est jamais bien loin. Mais qu’importe la fin du voyage, au fond, ce qui compte, pour le lecteur comme pour Joe, c’est le chemin de la fuite, celui qui nous entraîne hors du quotidien le temps de cette escapade littéraire qui nous remue juste comme il faut pour nous remettre d’aplomb et nous faire envisager la vie avec appétit et philosophie.

Trois questions à… Guillaume Siaudeau

Guillaume Siaudeau est toujours très accessible et a eu la gentillesse d’accepter une nouvelle interview (il avait déjà répondu à mes questions sur son premier roman).

  • On retrouve dans ce livre un protagoniste masculin lunaire, assez mal dans sa peau et dans le monde. D’où vient la parenté entre vos personnages ? Peut-on envisager un jour un personnage radicalement différent dans vos livres ?

À vrai dire je ne calcule pas grand chose, et tout est envisageable bien sûr, mais j’ai toujours du mal à écrire sur la joie. Peut-être qu’il est tout simplement plus facile pour moi et plus inspirant de me glisser dans de mauvaises peaux…

  • Le travail de Joe à l’abattoir contribue grandement à son mal-être. Aviez-vous envie de défendre la cause animale à une époque où l’abattage est sujet à polémiques ?

Ce livre n’est en aucun cas militant. J’ai d’ailleurs commencé à l’écrire bien avant les polémiques entourant les problèmes dont vous parlez, et je ne l’ai donc pas écrit dans le but de dénoncer ou de mettre en lumière quoi que ce soit à ce sujet. Bien sûr, à titre personnel, je me range incontestablement du côté des animaux plutôt que de celui des bourreaux… Mais encore une fois ce livre est un roman, une fiction, très loin de tous ces débats…

  • Les animaux sont très présents dans le livre, et on retrouve en particulier un chien, comme dans vos précédents romans. Cet animal représente-t-il pour vous quelque chose de particulier ? Pensez-vous qu’avoir un chien révèle quelque chose de la personnalité de son propriétaire ?

Les animaux m’ont toujours fasciné, peu importe leur taille et le nombre de leurs pattes. Pas plus les chiens que d’autres animaux d’ailleurs, mais ces chiens dont vous parlez ont intégré naturellement chacun de mes romans, sans que je les impose. Ç’aurait tout aussi bien pu être des chats, des perruches ou bien des cochons d’Inde, mais j’ai pensé que ces histoires avaient besoin de chiens. Par ailleurs, je ne pense pas qu’avoir ou non un chien révèle quelque chose de la personnalité. La façon dont on l’aime ou pas est je pense bien plus révélatrice…

Un grand merci à Alma éditeur pour cette lecture et à Guillaume Siaudeau pour sa sympathie. N’hésitez pas à consulter son blog !

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