nobodyknowsAkira, son frère, ses deux sœurs et leur mère emménagent dans un nouvel appartement. Parce qu’ils n’ont pas de père et que leur mère mène une vie de bohème, les enfants vivent reclus dans l’appartement, se faisant discrets et n’allant pas à l’école…

Movie challenge 2016 : un film d’un réalisateur asiatique

S’il y a bien une catégorie du Movie challenge qui m’a donné du fil à retordre, c’est celle-ci. Je confesse une prédilection particulière pour le cinéma français, et une curiosité assez limitée pour le cinéma étranger : américain, britannique, allemand, danois, espagnol, passe encore, mais plus on s’éloigne de l’Occident, moins je m’y connais. À l’exception des films d’animation, je n’avais aucun titre de film asiatique en tête. J’ai donc fait un tour dans les rayons de ma bien-aimée médiathèque – dont je vous parle régulièrement – en quête d’une perle rare.

J’ai choisi Nobody knows pour sa jaquette mettant en scène quatre enfants baignés d’une lumière blanche. Et pourtant, on ne peut pas dire que j’apprécie tellement les films avec des enfants. Disons que c’est le hasard qui a guidé ma main.

Un hasard plutôt bien inspiré donc, puisque, contrairement à L’odeur de la papaye verte qui ne m’avait pas déplu mais n’avait pas réussi à me captiver, le film de Hirokazu Koreeda (plus connu pour les récents Tel père, tel fils et Notre petite sœur) m’a tenue en haleine jusqu’à la fin.

Le film ne contient pas une action très mouvementée, puisqu’on observe surtout le quotidien des quatre enfants, dont seul l’aîné, Akira, est autorisé à sortir, au sein du nouvel appartement. Souvent absente, la mère complètement immature, à la voix de crécelle surprenante et agaçante, ne sait que demander qu’on la serve et offrir des cadeaux pour se faire pardonner son manque d’implication flagrant. Les enfants sont donc de plus en plus livrés à eux-mêmes, jusqu’à ce que leur mère les abandonne totalement. Conscients que signaler leur situation signifierait être placés dans des familles séparément, les enfants se serrent les coudes et tentent d’organiser leur survie.

Sur un sujet aussi difficile, le film n’est pourtant pas si glauque qu’on n’aurait pu le craindre. C’est un drame, certes, avec son lot de tragédies petites ou grandes, mais la façon de filmer du réalisateur parvient à alléger la tension, à offrir des instants de répit et à laisser prédominer l’affection qui unit cette fratrie. Très lumineux, les plans mettent en valeur les visages des enfants, leurs petites mains affairées sur leurs jouets, les regards graves des aînés et les sourires inconscients des plus jeunes. Surtout, Hirokazu Koreeda aime filmer les pieds : nombreux sont les plans rapprochés sur les petites socquettes de Kyoko, les baskets de ses frères ou les petits chaussons qui couinent de Yuki. Il y a dans ce choix d’une caméra au ras du sol un souci du détail, mais surtout une forme de pudeur et de délicatesse très touchante.

L’histoire reste très triste, d’autant plus qu’elle est inspirée de faits réels. En résulte un film poignant, malgré une fin ouverte un peu frustrante, porté par de jeunes acteurs remarquables, dont Yûya Yagira, plus jeune prix d’interprétation à Cannes pour le rôle d’Akira.

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