uneautrevieÀ la mort de son père, Aurore, pianiste renommée, arrête de jouer. Elle s’installe dans la maison paternelle et rencontre Jean, électricien spécialisé dans les alarmes. Entre eux, le courant passe, mais Jean est déjà en couple avec Dolorès… 

Depuis ma découverte de Laissons Lucie faire il y a plus de dix ans, je suis une inconditionnelle des films d’Emmanuel Mouret. Leur mélange d’humour et de sérieux, explorant en finesse le dédale des sentiments amoureux, m’a toujours séduite, malgré un univers qui ne se renouvelle pas tellement. Ces films représentent pour moi une zone de confort dans laquelle je suis toujours sûre de me plaire.

Pourtant, lors de la sortie d’Une autre vie, j’ai volontairement fait l’impasse. On annonçait le film comme un mélo, loin du registre burlesque auquel le réalisateur nous avait habitué. Il faut dire aussi que le casting me laissait fort perplexe, exception faite de Virginie Ledoyen, que j’avais déjà vue dans Un baiser s’il vous plaît.

J’ai finalement donné sa chance à ce film lors de son passage à la télévision et je dois dire que mes craintes se sont en partie confirmées. J’ai trouvé que l’histoire traînait un peu en longueur, et surtout, j’ai eu du mal à adhérer aux personnages. Alors que je trouve qu’habituellement le réalisateur parvient à faire ressortir des facettes intéressantes des acteurs, comme Virginie Efira qu’il rend attachante dans Caprice ou Laurent Stocker auquel il offre toujours des personnages nuancés, j’ai ici été gênée par le trio principal. Jasmine Trinca est élégante mais, outre le problème de l’accent (elle s’exprime avec un fort accent italien alors que son frère, joué par Stéphane Freiss, s’exprime sans accent, ce qui n’est pas crédible), je l’ai trouvée vraiment lisse pour le rôle. J’aurais aimé un peu plus de sentiment, d’engagement, or elle ne m’a pas semblé assez expressive. Quant à Joey Starr, je n’ai pas réussi à dépasser l’impression de le voir lui pour adhérer à Jean, l’électricien. Dès que je l’entendais parler, je sortais de l’histoire pour me demander pourquoi Emmanuel Mouret n’avait pas choisi un acteur plus neutre, moins connu pour ses prises de position et provocations. Enfin, j’ai été un peu surprise du choix de Virginie Ledoyen pour incarner une jeune femme d’un milieu modeste, presque vulgaire, que la vie n’a pas épargnée. Dans sa bouche, le discours qu’elle sert à la pianiste est déroutant : « Vous êtes belle, vous pouvez avoir n’importe quel homme… ». J’aurais donc imaginé une Dolorès plus banale, moins charmante et moins fine que la jolie Virginie Ledoyen, qui n’a rien à envier à sa rivale dans le film. Cela dit, l’évolution de son personnage est ce qui m’a le plus intéressée dans l’histoire : je me suis demandé jusqu’à quel point elle pouvait se révéler manipulatrice et si le film n’allait pas même basculer dans le polar !

Un résultat mitigé donc, et c’est dommage, car le sujet, s’il n’est pas nouveau, aurait pu donner un résultat intéressant autour de cette idée : « et si la meilleure façon de séparer des amants c’était de les mettre ensemble ? ». Il aurait sans doute fallu pour cela des personnages moins guindés, plus vibrants, pour incarner entre autres l’idée d’Aurore, « si être adulte c’est vivre dans la peur et être résigné, ça ne m’intéresse pas du tout ». Dommage que le jeu n’ait pas vraiment suivi cette ligne directrice dynamique et audacieuse, faisant de ce long-métrage une esquisse inaboutie sur l’insatisfaction perpétuelle en amour.

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