« Festen », quand le repas de famille tourne au vinaigre…

affiche-film-festenChristian, Michael et Helene se rendent à l’anniversaire de leur père, dans l’hôtel où ils ont vécu leur enfance. Mais l’un des membres de la fratrie manque à l’appel : Linda, décédée depuis peu. Une ombre qui ne sera pas la seule à perturber le dîner familial…

Depuis que j’ai découvert La Chasse, je me suis prise d’un vif intérêt pour le cinéma danois, et en particulier pour Thomas Vinterberg. J’avais adoré découvrir une autre facette de ses talents de réalisation avec Loin de la foule déchaînée, et j’ai eu envie de voir le film qui l’a révélé au grand public, Festen («la fête » en danois).

Et encore une fois, j’ai été très étonnée par la façon de filmer du réalisateur, très différente de ce que j’avais pu observer dans ces œuvres plus récentes. En effet, l’image n’est pas très « propre » ni très « léchée », au contraire : elle semble ancienne (peut-être aussi parce que le film date de 1998) et cadrée à la va-vite, comme si les images appartenaient aux caméscopes des invités de la fête. Ainsi certains plans sont-ils vacillants, ou filmés à mi-hauteur. Cela m’a intriguée, et en me renseignant, j’ai découvert que Vinterberg avait à l’époque signé avec Lars Von Trier un « vœu de chasteté » instaurant des règles de réalisation à l’opposé de la vogue des effets spéciaux qui commençait à se développer. Le but est de proposer un cinéma ultra-réaliste tourné avec les moyens du bord dans des décors réels et avec les objets présents sur place. J’ai alors mieux compris l’esprit de Festen.

En effet, dès les premières images dans la voiture de Michael, le spectateur se trouve au plus près de l’action, et a le loisir d’observer les membres de la famille dans leurs aspects les plus intimes et les moins reluisants. Thomas Vinterberg nous montre ce que n’importe quel invité peut voir : le luxe de l’hôtel et du repas servi par des domestiques, les belles tenues des invités, les politesses des retrouvailles, mais aussi tout ce que nous ne serions pas censés voir en participant à cette soirée d’anniversaire : les disputes de couple dans les chambres de l’hôtel et les réconciliation sur l’oreiller, les bagarres avinées et les crises de larmes, et plus encore.

Car très vite, les personnages vont tous révéler leurs failles, voire leur folie, et la façade de la famille bourgeoise bien comme il faut se craquelle. Jusqu’au discours du fils aîné (Ulrich Thomsen, excellent entre fragilité et dignité) en hommage à son père, qui fait l’effet d’un pavé dans la mare et empêche tout retour en arrière. On arrive alors à la déliquescence de la famille et à la chute progressive du pater familias. Ainsi Festen me semble-t-il une sorte de précurseur des « films de pétage de plombs », façon Carnage ou Le Prénom : ces œuvres dans lesquelles les apparences volent en éclats et les instincts violents ressurgissent à la faveur d’un huis clos. Je ne sais pas si Vinterberg a inauguré le genre, mais sa version en est certainement une des plus emblématiques et réussies.

J’ai particulièrement apprécié le rôle des domestiques, qui agissent en coulisses pour mener à bien un plan qu’ils semblent être les seuls à maîtriser et à connaître. Leur attitude fait du film une critique sociale, car le pouvoir n’est pas où l’on croit et le renversement du patriarche est aussi celui de la hiérarchie.

Finalement, après mon étonnement initial, j’ai retrouvé dans ce film ce que j’avais pu apprécier dans La Chasse : une façon d’aborder les conflits, et de ne pas avoir peur de montrer les travers de la société à travers une écriture incisive, réaliste et parfois cruelle. De quoi confirmer mon engouement pour ce réalisateur !

20 commentaires sur “« Festen », quand le repas de famille tourne au vinaigre…

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  1. Je déteste Lars Von Trier et son cinéma, mais j’avais vu Festen et le moins qu’on puisse dire est qu’il est marquant. Même si je pense qu’il l’aurait été tout autant sans l’effet caméscope qui a bien hélas contaminé le cinéma depuis…

  2. Les règles de ce collectif de cinéastes étaient vraiment très dur, mais c’est avec des restrictions qu’on développe son imagination. Par exemple il y a une unité de temps, de lieu et d’action a respecté, et là où le cinéaste tourne il ne se doit de respecter le décor et de ne rien toucher ou amener. Au début l’image rebute mais j’ai été tellement prise par l »histoire qu’au bout de 10 min on ne s’en rend plus compte. Ce film m’a choqué et bouleversé, un très très grand film a mes yeux, l’un de mes préférés d’ailleurs. Je suis justement en train d’écrire un article où je parle de ce film, c’est sur cuisine et cinéma =)

    1. OOOh chouette sujet, j’ai hâte de lire ton article ! J’ai lu le manifeste qui était dans les bonus du DVD et oui, je me suis dit que ça ne devait pas être simple de tout respecter ! Quelque part je suis contente que Vinterberg ne s’y tienne plus à la lettre, sinon on n’aurait pas eu La Chasse ou Loin de la foule déchaînée.

      1. Oui je pense aussi que c’est bien qu’il se soit dégagé de ce dogme, qui lui aura permis je pense de développer sa créativité. J’ai adoré la chasse mais je n’ai pas encore vu Loin de la foule déchaînée, ça doit faire au moins un an qu’il est dans ma dvdtheque ^^

          1. C’est celui campé par Matthias Schoenaerts =) ? En fait c’est juste pour lui que j’avais envie de voir le film, ce mec a une espèce de force douce trop étrange, cet acteur me fascine dans tous ses films, j’adore son jeu. Je n’ai pas lu le roman mais j’ai adoré ceux que j’ai lu de Thomas Hardy.

            1. Oui c’est ce perso ! Il le joue très bien en effet mais le personnage est aussi très bien écrit dans le roman, très touchant. Du coup vu que tu as l’air de bien apprécier cet acteur, je pense que tu apprécieras bien le film. 🙂

  3. J’ai vu Festen il y a fort longtemps et j’avoue que je n’avais pas aimé, comme si ce dogme avait vite atteint ses limites. Dans mes souvenirs, sans nier évidemment les atrocités qui se déroulent dans des familles et les secrets autour, je n’avais pas cru au déroulé de l’intrigue, la manière dont tout cela explose à la gueule. Mais ça fait longtemps et j’aimerais le revoir avec un regard plus adulte, plus de recul. Surtout que j’ai aimé La Chasse et Loin de la foule déchaînée.

    1. Cela dit, il est très différent de Loin de la foule déchaînée, un peu moins de La Chasse mais quand même, tu peux tout à fait avoir apprécié ces films et ne pas aimer Festen.

  4. C’est un film quasi culte, une reference, même si le Dogme initié par son copain Lars n’a pas tenu le coup.
    Du même réalisateur jette recommande vivement Submarino. Bouleversant.

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