affiche-film-la-communautéLorsqu’Erik hérite de l’immense maison de son enfance, Anna le convainc de ne pas la vendre mais de s’y installer avec leur fille Freja et des amis pour former une communauté…

Ce n’est pas un secret, je m’intéresse beaucoup au cinéma nordique et en particulier à l’œuvre de Thomas Vinterberg dont j’ai vu à ce jour la moitié de la filmographie. Depuis la claque La Chasse, j’ai admiré chez lui sa capacité à traiter des sujets sombres, forts et audacieux : la rumeur, la drogue, les familles dysfonctionnelles, la mort, y compris celle des enfants, etc. J’ai aussi beaucoup aimé sa sublime adaptation de Loin de la foule déchaînée. J’avais donc forcément envie de découvrir son dernier film en date, dont le sujet m’effrayait pourtant un peu. Je craignais un film trop « léger » ou bien qui tourne au règlement de comptes façon Festen (que je ne dénigre pas mais qui n’est pas mon favori du réalisateur).

J’ai finalement réussi à emprunter ce film dans ma médiathèque chérie et je ne le regrette pas. Pour ce long-métrage, le réalisateur aligne un casting rassemblant les habitués de ses productions précédentes (Trine Dyrholm, Ulrich Thomsen, Helene Reingaard Neumann, Lars Ranthe) et a retrouvé Tobias Lindholm, l’excellent scénariste de Submarino et La Chasse (également réalisateur du pertinent A War). C’est un choix gagnant car le film, s’il ne fait pas preuve d’une inventivité folle côté réalisation, est très bien écrit, avec beaucoup de sensibilité et de justesse. J’ai beaucoup apprécié en particulier le personnage de Freja, qui a peu de dialogue mais que la caméra cadre souvent comme pour nous donner à comprendre les événements qui agitent la communauté dans le reflet de son regard. L’essentiel des émotions des personnages et de ce qui les lie n’est en réalité pas tellement dans ce qu’ils disent mais dans ce que l’on perçoit comme quasi palpable, à l’instar de l’amour du petit Vilads pour Freja.

J’ai aimé aussi l’usage de la musique, cette façon de l’imposer en lieu et place des voix des personnages lors des scènes les plus cruciales et dramatiques. J’y ai vu une façon d’épargner le spectateur que je ne connaissais pas à Vinterberg. La bande-son est comme un élan de vie qui nous embarque au delà des drames qui secouent la communauté.

Cela dit, je ne suis pas certaine que la vie en communauté soit le sujet premier du film. Certes, elle est le cadre qui permet la situation particulière entre Erik, Anna et Emma (sous les yeux de Freja). Mais à mon sens, le centre du film c’est bien cette famille nucléaire classique qui se délite à mesure qu’elle se fond dans l’idée de la communauté. Le spectateur n’a aucun mal à analyser les étapes de la destruction de la famille, car chaque tort, chaque choix égoïste apparaît clairement. Le réalisateur évite l’écueil de faire porter le chapeau entièrement à celui qui trahit, car après tout les personnages principaux ne sont guère sympathiques, tous autant qu’ils sont, chacun tentant de faire que l’autre ou les autres n’interfèrent pas avec ses propres désirs. Et si la vie en communauté n’était qu’un révélateur de la nature profondément égoïste et utilitariste des humains ?

Sous un sujet apparemment chaleureux, Thomas Vinterberg réussit une fois encore une peinture acerbe des travers humains et des drames de la vie courante.

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