loindelafouleBathsheba Everdene aide sa tante à la ferme lorsqu’elle rencontre le berger Gabriel Oak qui lui demande sa main. Amoureuse de son indépendance, la jeune femme hésite lorsqu’on lui annonce qu’elle hérite d’une grande propriété. Oak, qui a tout perdu, devient son employé, alors que les prétendants se pressent autour de la jeune femme…

Je connaissais un peu l’œuvre de Thomas Hardy, dont j’avais étudié quelques extraits (et qui est dans ma liste des classiques anglais à découvrir depuis longtemps). J’hésitais à voir l’adaptation avant de lire le roman mais j’ai fini par me décider.

Bien m’en a pris, car le film m’a donné envie de lire le livre rapidement. Contrairement aux adaptations de Jane Austen, qui se suffisent à elles-mêmes selon moi, ce long-métrage a su m’attacher suffisamment aux personnages pour me donner envie d’en savoir plus sur eux en retournant à la source.

Bathsheba Everdene est une héroïne en avance sur son temps, dans la veine d’une Elizabeth Bennet. Comme elle, elle est éduquée mais pas riche, et rêve de s’accomplir en tant qu’individu plus que de se marier. Comme souvent dans les œuvres victoriennes, c’est l’indépendance d’esprit, conjuguée à la beauté physique, qui attire tous les prétendants des environs. La Bathsheba que compose avec fraîcheur Carey Mulligan doit plus à son naturel piquant qu’à une beauté assez peu classique. Sa force de caractère lui permet de déjouer la misogynie générale et de se faire une place en tant qu’agricultrice (j’aurais d’ailleurs aimé que le film s’appesantisse un peu plus sur la lutte du personnage pour conquérir le respect de son entourage). Mais si Bathsheba sait ce qu’elle veut pour sa propriété, il n’en va pas de même pour sa vie privée. Elle va devoir découvrir qui elle est réellement et ce qui la rendra heureuse (c’est d’ailleurs son fort caractère et cette quête d’elle-même qui lui ont permis de léguer son patronyme à l’héroïne d’Hunger Games).

Conseillée par la jeune Liddy (Jessica Barden, déjà excellente dans Tamara Drewe), la jeune femme se retrouve en effet piégée dans une situation délicate où trois prétendants lui font les yeux doux. Gabriel Oak, le premier à s’être déclaré, remporte sans peine l’adhésion du spectateur. Sa persévérance, son dévouement et l’interprétation tout en douceur de Matthias Schoenaerts (qui m’a fait ici plus forte impression que dans De rouille et d’os) font de lui le candidat idéal. Malheureusement, désargenté, il ne peut espérer épouser la belle qui plaît aussi au riche et ténébreux voisin Mr Boldwood (Michael Sheen, vu dans Masters of Sex). Alors que Bathsheba envisage de céder à ce dernier, elle fait la rencontre du sergent Troy (Tom Sturridge) dont la morgue et le culot attisent l’intérêt de la fière jeune femme.

Thomas Vinterberg (le réalisateur de La Chasse) montre encore une fois son amour pour les beaux paysages et les mises en lumière soignées, mais aussi pour les personnages complexes confrontés à une société qui voudrait les enfermer dans des cases. Il est toutefois ici dans un registre beaucoup moins sombre que son film précédent. C’est beau, c’est frais, c’est touchant, bref, un bon film qui nous plonge dans la campagne anglaise victorienne, une époque qui livre toujours des œuvres intéressantes à mes yeux.

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