« Petit paysan », le drame est dans le pré

affiche-film-petit-paysanPierre, 35 ans, a repris seul l’exploitation familiale de vaches laitières. Passionné par son métier, il aime ses bêtes de tout cœur. Lorsqu’il découvre qu’une nouvelle épidémie sévit, il s’inquiète et demande à sa sœur, vétérinaire, d’ausculter une de ses vaches…

J’avais repéré l’affiche de ce film il y a déjà quelques semaines, et comme je venais de voir Baden Baden, je m’étais dit que j’étais bien contente que Swann Arlaud se voie enfin offrir un vrai premier rôle. Les prix récoltés au festival du film français d’Angoulême ont achevé de me convaincre que je devais aller voir ce film.

Dès les premières minutes, qui nous plongent dans un rêve de Pierre, où les vaches ont envahi sa maison, on sent une vraie patte de réalisateur chez Hubert Charuel, en même temps qu’une connaissance approfondie de son sujet. Et pour cause : issu du milieu agricole, le réalisateur a choisi de tourner sur les lieux de son enfance, et a fait appel à toute sa famille au casting : le père de Pierre est joué par son propre père, sa mère interprète une contrôleuse sanitaire et le vieux Raymond n’est autre que son grand-père. On sent un vrai investissement, l’envie de raconter une histoire qui tient à cœur et c’est vraiment appréciable. D’autant plus que les acteurs non-professionnels sont très justes et que les autres se fondent parfaitement dans le paysage. La famille de Pierre fonctionne bien, et l’on croit sans peine à cette relation fraternelle qui unit Pierre et Pascale (Sara Giraudeau). Celle-ci est impeccable et arrive en seulement quelques scènes à exprimer le tiraillement entre conscience professionnelle et affection profonde pour son frère.

Mais tout le film ou presque repose sur les épaules de ce « petit paysan », un rôle pour lequel Swann Arlaud est particulièrement bien choisi. On ne peut que sympathiser avec ce personnage d’éleveur passionné, qui donnerait sa vie pour ses vaches et ne semble pas affecté par le fait que personne dans son entourage ne le comprenne vraiment. Les scènes où on le voit câliner ses bêtes pendant la traite sont particulièrement belles et touchantes. Mais bien sûr, le film n’est pas un tableau idyllique : il montre aussi la robotisation qui tue le contact entre homme et animal, l’épuisement des agriculteurs, et le risque d’épidémie. J’ai aimé le traitement du sujet, façon thriller, avec ambiance glauque et tension permanente. On sent le drame se nouer, on ne peut pas prendre à la légère le risque d’abattage du troupeau de Pierre. Et en même temps, le réalisateur parvient à rester équilibré et juste : certes, le paysan ne comprend pas les mesures sanitaires et les trouve injustes, mais les faits prouvent leur utilité.

Réaliste, Petit paysan est pourtant filmé à la manière d’un long cauchemar. Investi, il n’est pas pour autant engagé dans le sens d’une pratique à dénoncer ou d’un message à défendre. Avec toutes ses qualités, le long-métrage d’Hubert Charuel a pourtant pour moi un défaut : sa chute, qui faute de choisir nettement entre la tragédie (à laquelle je m’attendais depuis le début) et l’espoir (qui aurait constitué une alternative intéressante), fait retomber l’émotion.

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8 commentaires sur “« Petit paysan », le drame est dans le pré

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    1. Vu comme ça ! Franchement j’étais en stress sur mon siège mais en même temps il y a des moments presque drôles, c’est vraiment une tonalité intéressante.

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