« The party », court, noir, sans sucre

affiche-film-the-partyJanet vient d’être nommée ministre de la santé. Pour célébrer ce succès, elle et son mari Bill ont invité quelques ami(e)s, pour la plupart également politisé(e)s. Mais Bill ne semble pas dans son assiette…

Movie Challenge 2020 : un film en noir et blanc

J’avais eu envie d’aller voir ce film à sa sortie, mais il était resté peu de temps à l’affiche et je l’avais manqué. Il était depuis lors scrupuleusement noté dans ma liste à voir, et c’est une fois encore Arte qui m’a permis de le cocher.

Le film de Sally Potter est une vraie leçon de cinéma qui m’a absolument régalée. En 66 minutes (aux âmes douées, la valeur n’attend pas le nombre de minutes), la réalisatrice britannique nous attrape, nous tient, nous surprend et nous fait rire avec son huis clos délicieusement cruel. Le film s’inscrit dans une veine que j’appelle « les films de dîners qui tournent mal » (je ne sais pas s’il existe un nom plus académique), qui a connu des hauts (Festen, Huit femmes) et des bas (Le Prénom), mais aussi tout un tas d’intermédiaires (Un été à Osage County…). Alors que la plupart du temps les convives font partie d’une même famille, ici, ils sont d’une famille sociale et politique.

Car à travers son jeu de massacre jubilatoire, ce que dézingue Sally Potter, c’est la gauche british, dont les différentes tendances sont incarnées par des personnages presque plus symboliques que réels tant ils correspondent à des stéréotypes : la réaliste désabusée, le jeune winner accro à la coke, le mystique ésotérique, la lesbienne misandre et celle plus soixante-huitarde sur le retour… Mais ce qui sauve l’ensemble de la platitude qu’aurait risqué de connaître un tel théâtre de marionnettes, c’est d’abord une mise en scène au cordeau, dans un noir et blanc délectable qui fait ressortir les yeux pénétrants de Bill (Timothy Spall), les gouttes de sueur de Tom (Cillian Murphy) ou les cernes de Janet (Kristin Scott Thomas). Ce noir et blanc contrasté est aussi cruel que les personnages entre eux, il n’est pas là pour faire joli mais pour révéler les défauts, comme le scénario permet à chacun(e) de faire connaître les siens aux autres convives en temps et en heure.

Mais que serait ce film s’il n’était pas interprété par ce casting sans failles ? Sally Potter s’est offert un septuor international de rêve, et chacun semble prendre un malin plaisir à s’acquitter de sa partition. Les failles des uns répondent aux vacheries des autres, les doutes aux certitudes obtuses, les convictions aux intuitions. Intellectuellement, leurs joutes sont un délice, égratignant au passage le modèle du couple, le désir d’enfant, la foi en la médecine moderne mais aussi l’essor des médecines alternatives, l’engagement politique évidemment.

L’humour, bien amer, naît à la fois des situations et des gags visuels (le comique de répétition avec la poubelle), et si le fond est plutôt tragique, l’absurdité croissante nous amuse en dépit du malaise, à la façon de Snow Therapy. Jusqu’à la chute, brillante parce qu’annoncée et surprenante à la fois. Je ne l’avais pas vue venir, et j’ai trouvé qu’elle clôturait parfaitement ce morceau de bravoure parfaitement conçu et exécuté.

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