UN-ÉTÉ-À-OSAGE-COUNTY-Affiche-France-368x500Beverly Weston a disparu. Sa femme, atteinte d’un cancer de la bouche et dépendante aux médicaments, ses filles Ivy, Barbara et Karen, sa belle-sœur Mattie Fae se réunissent dans l’attente de nouvelles, sous le regard de la cuisinière indienne. Bientôt le corps de Beverly est repêché dans le lac où il s’est volontairement noyé…

La bande-annonce de ce film m’avait donné très envie de le voir, et pour une raison évidente : son casting quatre étoiles. Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Benedict Cumberbatch, Abigail Breslin réunis, ça ne se refuse pas !

Effectivement, tout le film semble construit pour mettre en valeur ces grands talents. Impossible de ne pas évoquer en premier lieu la fantastique Meryl Streep qui interprète une femme aigrie, droguée, incapable d’accepter que ses filles aient construit leurs vies ailleurs, sans elle. On a l’impression que la tumeur qui la touche à la bouche n’est qu’un châtiment symbolique pour toutes les méchancetés qu’elle profère. L’origine de cette cruauté maternelle est sans doute à chercher du côté de sa propre enfance, comme en témoigne l’anecdote des bottes qu’elle rêvait de recevoir pour Noël.

De ses filles, on retiendra surtout Barbara et Ivy. La première, incarnée par Julia Roberts, a toujours été la préférée, mais a choisi de fuir un amour maternel nocif et étouffant. La tirade que son époux lui assène, que l’on peut résumer par « I love you but you’re a pain in the arse ! », est assez symbolique de ce personnage qui découvre peu à peu à quel point elle ressemble à sa mère. L’occasion rêvée pour Julia Roberts de montrer qu’elle sait jouer bien autre chose que les potiches de comédie romantique. À l’opposé, la secrète Ivy – excellente Julianne Nicholson – dévouée à sa mère, a sacrifié sa propre vie pour rester près de ses parents. Elle est bien mal récompensée car toute la famille ne cesse de lui renvoyer au visage son statut de vieille fille. À bout, Ivy finit par révéler qu’elle n’est pas célibataire. Mais impossible d’avouer que son amoureux n’est autre que le cousin Little Charles. Interprété par un Benedict Cumberbatch à mille lieues de son rôle de Sherlock, le jeune homme souffre d’être sans cesse rabaissé par ses proches qui le considèrent comme l’idiot de la famille. Incapable de conserver un emploi, fragile et maladroit, il fait le désespoir de sa mère. Autant dire que ces deux solitudes se sont bien trouvées.

Au casting, on saluera aussi Abigail Breslin, qui a bien grandi depuis Little Miss Sunshine, et se dévoile ici en ado paumée, prête à se laisser aborder par le premier venu (le fiancé de sa tante, en l’occurrence) pour vivre quelque chose de plus excitant que les éternelles querelles familiales.

Et le scénario, dans tout ça ? C’est un peu là que le bât blesse. Car du début à la fin de l’histoire, malgré les scènes de disputes et de réconciliation qui offrent aux acteurs de beaux moments de bravoure, on n’avance pas tellement. La chute, qui aurait pu survenir au moment où Violet, restée seule, appelle son défunt mari dans les escaliers, nous montre finalement Barbara dans les grands espaces de sa région d’origine. Cette fin manquant singulièrement d’énergie révèle la grande faiblesse du film : finalement, on crie beaucoup mais il ne se passe pas grand chose. La scène centrale du dîner, si elle comporte des répliques savoureuses, n’atteint pas l’acmé visée : après tout, des réunions qui dérapent, on en a vues d’autres, comme dans Carnage ou Le Prénom. Et, comme dans ces films, on reste sur notre faim puisque tout retourne au statu quo une fois la tempête passée. Sans compter que le destin de la plupart des personnages reste incertain (on n’a par exemple pas vu partir Little Charles). On aurait aussi aimé en apprendre davantage sur Johnna, l’indienne embauchée par Beverly pour prendre en charge sa femme.

Malgré des interprétations fabuleuses, il ne restera pas grand chose de ce film dans la mémoire du spectateur, si ce n’est peut-être la scène délicate et drôle où Benedict Cumberbatch se met au piano pour déclamer une chanson d’amour de son cru.

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