alabamamonroeQuand Didier, musicien dans un groupe de bluegrass, et Élise, tatoueuse, se rencontrent, c’est le début d’une histoire passionnée. De cet amour fou naît Maybelle, une petite fille pleine de vie et futée. Mais l’année de ses six ans, elle est atteinte d’un cancer…

Depuis sa sortie en 2012, j’avais ce film dans ma liste « à voir absolument », mais je craignais un peu de le trouver trop dur. Je connaissais une partie de l’histoire, car on m’en avait parlé. Cela m’a heureusement évité le premier choc, à la moitié du film, car je m’étais préparée psychologiquement.

En effet, mieux vaut être armé – d’une boîte de Kleenex – pour affronter cette œuvre bouleversante. Et encore, je ne suis pas sûre que le mot soit assez fort pour décrire l’effet produit par le film de Felix van Groeningen (La merditude des choses, Belgica).

En fait, ce film m’a fait l’effet inverse de Manchester by the sea. Je les compare car tous deux traitent de drames familiaux terribles et de la façon dont on peut – ou pas – les surmonter pour continuer à vivre. Alors que le film de Kenneth Lonergan parvenait finalement à me faire rire par ses dialogues, celui du Belge, à l’inverse, m’a plutôt amusée dans sa première moitié, pour me terrasser dans la deuxième.

Je dois dire que je ne suis absolument pas d’accord avec la mention « une ode à la vie » présente sur le DVD. Pour moi ce n’est pas du tout le sens du film. Et le court-métrage présent dans les bonus, qui résume la vie des femmes de la famille d’Élise, me conforte dans ma vision beaucoup plus sombre du film. Pour autant, il y a forcément des moments de joie et de lumière, notamment toutes les scènes impliquant l’adorable Maybelle, mais aussi les débuts du couple Élise-Didier, et bien sûr les sublimes scènes de concert avec cette bande-son épatante, interprétée par les comédiens eux-mêmes, et par le groupe The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band, formé pour l’occasion. La musique tient un rôle prépondérant dans l’histoire, elle est le moyen d’exprimer les sentiments des personnages lorsqu’ils sont dépassés par leurs émotions, la façon de redonner de l’espoir ou de tenter de se consoler, de se sentir moins seul. Les musiciens sont d’ailleurs les personnages les plus sympathiques du film, dans leur soutien sans faille au couple.

Car Alabama Monroe est d’abord une interrogation sur la douleur, et les moyens d’y survivre. Et le constat est sans appel : en dépit de quelques moments de grâce, le chagrin n’est pas cette émotion que l’on peut sublimer, mais plutôt ce qui détruit, dévore et anéantit les liens. La perte ne se partage pas, elle fait ressurgir les différences enfouies. Ainsi, quand Didier mue sa peine en colère contre l’obscurantisme religieux et en engagement pour le développement de la recherche scientifique, sa femme tombe dans la spiritualité et une forme de mysticisme allant presque jusqu’à la théorie de la réincarnation. Cet aspect philosophique du film, mettant en balance deux façons de concevoir la mort, m’a particulièrement intéressée, notamment grâce aux paradoxes qu’il soulève. Car ce n’est finalement pas celui qui pense que tout est fini et qu’il n’y a rien « après » qui semble vivre le plus mal l’idée de la mort.

J’ai un peu regretté le montage extrêmement haché du film, qui fonctionne par un nombre si important de flashbacks et flashforwards que je m’y suis perdue, ne comprenant plus ce qui était déjà passé ou non. Je sais que la déconstruction temporelle est à la mode mais je l’ai trouvée ici trop présente pour pouvoir vraiment suivre l’ordre des événements, ce qui produit un effet de flou un peu désagréable, surtout dans la deuxième moitié de l’histoire. Cependant, l’effet choc de la fin reste très efficace pour anéantir le spectateur pour de bon, donnant raison à Élise lorsqu’elle affirmait « la vie reprend tout ce qu’elle donne ». Bref, le genre d’œuvre à ne pas regarder quand on va mal, car je ne vois pas comment on pourrait en tirer une autre lecture que ce déterminisme pessimiste.

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