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lesveritesprovisoiresCéline Carenti, étudiante sans histoires, a disparu du jour au lendemain, après avoir acheté le pain. Les recherches n’ont rien donné et, deux ans plus tard, son frère cadet, Jules, menteur invétéré, emménage dans l’ancien appartement de Céline…

C’est à Ben Mazué que j’emprunte le titre de cette chronique, car je trouve que son univers poétique et réfléchi, qui l’air de rien dresse des portraits si bien croqués mais jamais critiques, est assez proche de l’ambiance de ce roman d’Arnaud Dudek.

Du même auteur, j’avais lu Une plage au pôle Nord, qui m’avait bien plu sans me bouleverser tout à fait. Je gardais comme une légère frustration de ne pas avoir encore plus aimé ce récit qui avait pourtant beaucoup d’atouts, tant dans le style que dans le sujet, pour me séduire.

Il faut croire que Les Vérités provisoires était le roman que j’attendais pour réparer ce sentiment d’inachevé. Difficile de passer à autre chose après ce récit, l’un de mes coups de cœur de la rentrée d’hiver.

C’est assez délicat à expliquer, l’alchimie qui se dégage d’un texte, la subtilité des phrases, l’intelligence du traitement de sujets difficiles, la bienveillance envers les personnages, et la présence de ce narrateur toujours sympathique, à la fois farceur et mélancolique, qui promène son lecteur dans les méandres du roman.

Il sera beaucoup plus simple de parler du suspens introduit par le traitement façon roman policier, avec disparition, enquête, suspects. De dire que le choix d’un sujet proche du fait divers me tient en haleine presque à tous les coups. D’ajouter que la romance saupoudre le livre d’une légèreté bienvenue, sans tomber dans la mièvrerie pour autant.

Surtout, je dois reconnaître à Arnaud Dudek un don certain pour le portrait. Ici, c’est celui de Jules qui m’a captivée. Impossible de ne pas s’attacher à ce personnage plein d’un charme qu’il ignore, qu’on a envie, au fil des pages, de secouer, de gronder, ou de consoler. Il se dégage du jeune homme un côté irréaliste : tant de romanesque ne saurait se rencontrer dans la vraie vie, et c’est tant mieux, pour qui aime les vrais beaux personnages de fiction, ceux qui ne s’embarrassent pas des petits accommodements que la réalité nous impose à tous.

Et puis il y a ce titre magnifique, tiré d’une citation de Maurice Chapelan, romancier du début du XXe siècle. Ce titre, que j’associe à l’idée d’imprévu, plus qu’à une réflexion sur l’erreur ou le mensonge, car il nous rappelle que nous ne pouvons vivre dans la certitude, et que tout peut être bouleversé du jour au lendemain par un événement que nul n’avait vu venir. Le fait pour les Carenti de devoir vivre sans savoir ce qu’est devenue Céline devient une métaphore de la vie : il nous manque toujours des réponses, il faut bien pourtant tâcher de vivre heureux.

L’imprévu, c’est aussi ce qui frappe la jeune fille de la salle d’attente (je n’en dirai pas plus pour vous laisser la rencontrer avec Jules), et j’ai aimé, enfin, cette façon qu’a l’auteur de ne pas la juger, d’avoir conscience que l’imprévu peut toquer à toutes les portes, et forcer chaque jeune à devenir adulte plus vite, car devenir adulte, c’est sans doute accepter les décisions que les imprévus nous amènent à prendre.

Trois questions à… Arnaud Dudek

J’ai contacté le très accessible Arnaud Dudek sur son compte Twitter, il s’est prêté au jeu avec rapidité et cordialité. 

  • D’où est venue l’idée d’écrire sur les disparitions de majeurs ? Saviez-vous dès le début comment finirait l’histoire ?

Ce roman a eu pour point de départ un personnage – comme souvent chez moi : Jules, sa fragilité, ses mensonges, Jules l’adolescent que je voulais doucement conduire vers la maturité. J’avais à peine écrit dix pages, me demandant ce que j’avais lui faire vivre, à ce jeune homme, quels tourments il allait traverser, quel mensonge trop gros il allait inventer, quand, un soir, assez tard, je suis tombé sur la rediffusion d’un portrait consacré à Éric Mouzin, le père de la petite Estelle, disparue en 2003 (je pense que ce prénom et cette affaire sont restés dans toutes les mémoires). Depuis la disparition de ma fille, disait-il, j’essaie tout simplement de continuer à vivre. Il m’a profondément ému. Est alors arrivée l’idée de donner une sœur à Jules, une sœur qui aurait disparu sans laisser d’adresse, et qui hanterait tout le livre. Un deuil impossible, mais aussi une sorte de métaphore sur le passage à l’âge adulte. Et puis, doucement, tout s’est agencé.

  • Une fois encore, vous jouez avec le lecteur en lui rappelant régulièrement qu’il est plongé dans un récit. Pourquoi ces incursions du narrateur façon Jacques le Fataliste ?

Chacun de mes romans contient en effet des adresses au lecteur – et Les vérités provisoires ne dérogent pas à la règle. J’aime impliquer mon lecteur, le faire participer à l’action, lui adresser des clins d’œil… C’était d’autant plus important ici, puisqu’on est au cœur d’une intrigue « policière », puisque Jules enquête véritablement sur sa sœur.

  • Peut-on espérer retrouver Jules dans un prochain roman ?

La première version du roman terminée, j’ai eu envie d’écrire une suite. J’avais même des idées assez précises. Et puis j’ai laissé la suite de côté, pour passer à autre chose, à d’autres personnages, d’autres histoires. Mais je reparlerai de Jules et Céline, d’une façon ou d’une autre. Et puis je peux d’ores et déjà annoncer que la détective privé qui traverse Les vérités provisoires aura une place centrale dans le roman suivant…

Un grand merci à Arnaud Dudek pour sa sympathie et ses réponses qui donnent envie de lire ses prochains romans !

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