manchesterbytheseaLee, homme à tout faire à Boston, se rend en catastrophe à Manchester en apprenant que son frère a été victime d’un infarctus. Il doit annoncer à son neveu, Patrick, la mort de son père, et s’occuper de l’adolescent jusqu’à ce que le testament dévoile qui est nommé tuteur…

Je suis allée voir ce film dans les derniers jours de 2016, car il m’avait été vivement recommandé, et présenté comme un film « qui fait pleurer ». Sans doute me suis-je tellement attendue à des scènes riches en émotion, qu’au final, je n’ai pas versé de larme. Par contre, je me suis surprise à rire, ce qui n’est pas très courant devant un drame !

C’est là que je trouve le film de Kenneth Lonergan, réalisateur assez peu connu de notre côté de l’Atlantique, particulièrement intéressant. Certes, le sujet de l’intrigue est assez proche d’un mélo, car la famille Chandler a été frappée par plusieurs drames. Tout d’abord, il s’agit d’une famille d’extraction modeste : l’un des frères est pêcheur et l’autre, homme à tout faire, vit dans une petite chambre sombre. De plus, la femme de Joe, atteinte de problèmes d’alcool et de troubles psychologiques, a été internée et s’est volatilisée. Elle ne serait donc pas capable de s’occuper de Patrick.

Quant à Lee, nous comprenons vers le milieu du film pourquoi il ne peut accepter de rester à Manchester pour s’occuper de son neveu. Il a lui aussi subi un terrible drame dont il ne s’est jamais remis, et qui a causé sa séparation d’avec Randi (Michelle Williams, malheureusement trop peu présente à mon goût). J’ai trouvé que le film démarrait réellement lors de la révélation du passé de Lee, à peu près une heure après le début. Jusque là, le spectateur attend, un peu perdu dans les flashbacks, car on sent bien que quelque chose de tragique est arrivé qui nous sera finalement dévoilé.

La scène qui fait basculer le film est très forte et émouvante, mais j’ai regretté, comme dans toutes les scènes censées susciter l’émotion, l’usage de la musique classique à plein volume. Cela m’a perturbée, et sortie de l’histoire au lieu de me toucher. Je me suis retrouvée à me demander quel était ce morceau connu (essentiellement du Haendel et l’adagio d’Albinoni) et j’ai regretté qu’une musique un peu plus sobre n’ait pas été composée exprès.

Cela dit, la vraie bonne surprise de ce film est venue du côté des dialogues, en particulier ceux impliquant Patrick. Face à un Lee effondré, comme déjà mort et incapable d’aller de l’avant (Casey Affleck, très bien dans ce rôle taiseux, mais sans grande évolution au fil du film), le jeune homme passe par une palette de sentiments plus large, et j’ai trouvé que Lucas Hedges tirait vraiment son épingle du jeu. Tantôt frondeur tantôt tendre, Patrick est un personnage aux multiples facettes, à la fois agaçant et attachant, qui m’a vraiment convaincue. Ses relations sentimentales sont notamment l’occasion de scènes tout à fait cocasses qui apportent un soulagement bienvenu dans un film aux thématiques très sombres. Le film n’hésite pas à faire le grand écart entre des scènes de deuil et d’enterrement, et le running gag de la mère de Sandy interrompant les tentatives de rapprochement de sa fille et de Patrick. Une façon de montrer qu’en dépit de tout, la vie continue. J’ai aimé la manière dont l’adolescent gérait son chagrin, sans en faire des tonnes, et en démontrant aux adultes qu’on peut rester solide et continuer à tenter d’être heureux malgré tout.

Un joli film sur l’apprivoisement de deux solitudes, à l’équilibre entre rire et larmes finement dosé, pas si mélo qu’il n’en a l’air. Du cinéma américain comme on l’aime !

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