« Conte d’hiver » : le pari

affiche-film-conte-d-hiverFélicie a connu Charles en vacances à la mer, ils se sont aimés et elle lui a laissé son adresse en région parisienne. Mais elle a fait un lapsus qui les empêche de rester en contact. Félicie élève avec sa mère la petite fille née de cette relation…

Après avoir gardé une impression mitigée du Conte de printemps, j’ai tout de même souhaité continuer à découvrir les Contes des quatre saisons d’Éric Rohmer, disponibles sur arte. Il me semblait que j’avais déjà vu l’un d’eux il y a longtemps, et en découvrant Conte d’hiver, j’ai rapidement compris que c’était celui-ci.

Le Conte d’hiver débute en fait en été, par la romance entre Félicie et Charles au bord de la mer. On entend Félicie donner son adresse (« rue Victor Hugo à Courbevoie ») à son amoureux, avant de constater lorsqu’on la voit rentrer chez elle l’étendue de l’ironie tragique en train de se jouer (un panneau Levallois apparaît à l’écran comme un oiseau de mauvais augure). J’ai trouvé cette entrée en matière un peu théâtrale assez réussie.

Le théâtre reste d’ailleurs une inspiration pour le film qui tire son titre du Winter’s Tale de Shakespeare. Les deux œuvres n’ont pas grand chose en commun si ce n’est l’idée d’une fillette privée d’un de ses parents et de la possibilité de retrouvailles qui n’adviendraient que grâce à la magie.

Le surnaturel est un sous-texte permanent du film qui s’interroge beaucoup sur la religion, la possibilité de la réincarnation, l’existence de l’âme avant la naissance, les prières, les visions ou encore les prémonitions. Félicie (Charlotte Véry), d’abord instable et changeante entre ses amours avec Loïc et avec Maxence, devient, suite à la visite d’une église, portée par la foi. Il ne s’agit pas tant de croire en un dieu qu’en la possibilité de recroiser le chemin de Charles, le père de sa fille, même si les chances semblent infimes. Son attitude est l’illustration du pari de Pascal, comme l’explique Loïc, la caution philo du film (après Jeanne l’enseignante de philosophie du Conte de printemps).

Même si le film accumule les personnages et certaines scènes pas toujours très utiles, on prend plaisir à suivre Félicie et sa petite Élise, et il y a un vrai suspens quand à leur devenir : vont-elles ou non retrouver Charles ? On y croit, puis on n’y croit plus, puis on y croit à nouveau. On se laisse emporter par l’amour fou, à la fois fougueux et extraordinairement patient de Félicie, qui se résout à passer sa vie à attendre, chercher et espérer Charles pour toujours s’il le fallait, plutôt que de s’engager sérieusement avec un autre homme qu’elle aimerait moins que le père de sa fille. Il y a quelque chose de touchant dans cette abnégation, d’autant plus qu’on ne peut s’empêcher de penser que, si Charles n’avait pas disparu de sa vie, peut-être se seraient-ils quittés un jour. Comme dit le proverbe (ou plutôt Bussy-Rabutin) : « L’absence est à l’amour ce qu’est au feu le vent ; il éteint le petit et rallume le grand. »

6 commentaires sur “« Conte d’hiver » : le pari

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  1. Super article ! Tu l’as préféré à Conte de Printemps du coup ? Tu penses continuer ta découverte avec les derniers ?
    Je ne savais pas qu’Arte les avait mis à disposition et je ne les ai jamais vus, je vais essayer de trouver le temps d’en voir au moins certains ! 🙂

    1. Oui je l’ai largement préféré à Conte de printemps ! Je vais continuer, absolument. J’ai hâte de voir l’été, c’est celui qui me tentait le plus au départ. Ils sont sur arte.fr jusqu’en juillet je crois !

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