HERDepuis qu’il est séparé de sa femme, Theodore est seul. Il passe ses nuits à tchatter avec des inconnues mais refuse de rencontrer quelqu’un, incapable de tourner la page de son histoire avec Catherine. L’installation sur son ordinateur d’un nouveau système d’exploitation appelé Samantha va lui redonner goût à la vie.

J’étais impatiente de découvrir ce film d’anticipation dont tout le monde parle, et souvent en bien. Pour son nouvel opus, Spike Jonze installe ses personnages en 2025, sur une Terre pas si différente de la nôtre. Car le film reste sobre quant aux effets futuristes : on remarquera surtout le jeu holographique visuellement très réussi auquel s’adonne Theodore dans son salon (et qui apporte une touche d’humour bienvenue). Dans l’ensemble, les images brillent par leur qualité et leur subtilité : la caméra en mouvement accompagne les élans du personnage central (il faut saluer la scène où Theodore se déplace les yeux fermés, guidé par la voix de Sam) et des plans rapprochés permettent de saisir ses émotions. Un décentrement léger du cadre donne la sensation d’une présence aux côtés de Joaquin Phoenix, et le jeu de l’acteur contribue à la matérialisation de Samantha dans l’esprit du spectateur (par exemple, lorsqu’il est allongé sur la plage, le regard que croise la caméra semble réellement celui qu’un homme amoureux adresserait à sa compagne, comme si elle était située entre lui et l’objectif).

L’excellent jeu d’acteur n’est pas pour rien dans l’émotion ressentie par le spectateur au fil de cette histoire d’amour inattendue entre l’homme et la machine pensante. Outre Joaquin Phoenix et la voix de Scarlett Johansson (dont je trouve le choix discutable car son timbre rauque ne m’a pas semblé le plus approprié), on observe une galerie de seconds rôles tout en mesure : Amy Adams, parfaite en amie attentionnée et idéaliste, Olivia Wilde, séduisante et touchante, ou encore Rooney Mara, très juste lors de son déjeuner avec Theodore, et sublime dans les souvenirs de celui-ci.

Mais l’intérêt premier de ce film est de soulever mine de rien des questions essentielles, et d’interroger en particulier le rapport entre réel et virtuel. On n’est pas si loin de A.I. Intelligence artificielle avec ce système d’exploitation capable de sentiments. Mais que devient l’invention lorsque ses capacités dépassent l’entendement de ses créateurs ? Qui peut encore comprendre ces « êtres » hors normes ? Comment agir envers eux ?

Le film s’intéresse également à la question du regard d’autrui. En effet, les proches de Theodore le jugent dès qu’il sort de la norme : parce qu’il refuse de signer son divorce et d’entamer une nouvelle relation, ses amis s’inquiètent et s’en mêlent en lui présentant des compagnes potentielles. Mais lorsqu’il se rapproche de Sam, il est cette fois-ci condamné par son ex-femme qui le prend pour un enfant immature encore au stade de « l’ami imaginaire ». Ce point de vue est loin d’être idiot et peut concerner le spectateur : pourquoi nous laissons-nous émouvoir par cette histoire ? Après tout, il ne s’agit que d’une machine, et Theodore est amoureux d’un leurre, et non d’une personne réelle.

Ici est bien le mérite principal du film : nous faire réfléchir sur la nature du sentiment amoureux. Ne peut-on aimer que ce qui nous ressemble ? En aimant Sam, Theodore projette-t-il simplement son sentiment sur une machine, ou se révèle-t-il plus ouvert d’esprit que son entourage ? La relation qu’il entretient avec son OS est finalement assez proche de celle qu’il a vécue avec Catherine, semble-t-il, et possède les mêmes qualités (joie simple des amoureux qui redécouvrent le monde ensemble, complicité, attachement), mais aussi les mêmes pièges (dépendance, jalousie, difficulté à s’engager, à accepter l’autre sans vouloir le changer et peur de souffrir).

Une très jolie parabole dont on sort songeur, ébloui et troublé, avec l’envie de retourner aussitôt se plonger dans l’univers planant créé par Spike Jonze.

 

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