dunetonneàuntoutpetitpoids« D’une tonne à un tout petit poids », ou comment s’alléger du fardeau du secret en acceptant de le partager : un thème qui serpente parmi les titres à la fois amusants et graves du nouvel album de Renan Luce.

J’ai découvert Renan Luce très tôt après la sortie de son premier album, et je l’ai toujours apprécié. Il dégage une simplicité qui ne peut que lui attirer l’affection du public. Cet artiste sans artifices est en quelque sorte à la chanson française ce que Vérino est à l’humour : un observateur avisé du quotidien, gentiment moqueur, qu’on adorerait avoir comme ami pour animer les soirées entre copains.

À la première écoute de ce nouvel album, on entend d’abord la voix toujours légèrement voilée, qui n’a pas changé depuis le premier album, mais prend ici parfois des accents de conteur exotique à la Laurent Voulzy (« Courage ») ou un phrasé inspiré de Renaud (« Amoureux d’une flic »). On retrouve des orchestrations faisant la part belle à la guitare, signe distinctif du chanteur depuis ses débuts, et des mélodies tour à tour entraînantes et douces, qui restent en tête. Musicalement, on remarque quand même des innovations : un côté bossa nova chaloupée sur « Voyager », une touche de country dans « Damoclès », des chœurs punchy pour les refrains de « La Boîte », un synthé plein de fraîcheur dans le single « Appelle quand tu te réveilles ».

Côté texte, l’écriture conserve sa vivacité et sa capacité à raconter des histoires originales. Les éléments les plus quotidiens (un voyage en amoureux, une dispute, une conversation téléphonique avec sa mère) côtoient l’étrange voire l’absurde (les hypothèses abracadabrantes concernant la mystérieuse « boîte »). Les mots délivrent aussi un message, comme une morale aux petits contes que nous récite Renan. Ici, le titre de l’album, extrait du morceau « Les Secrets chuchotés », constitue le fil directeur qui rassemble les chansons. L’idée, c’est le partage, la divulgation des secrets trop lourds à porter seul, afin de se sentir mieux, plus heureux et plus léger. La construction de l’album est intelligente et donne à suivre une progression dans les révélations, en plus d’alterner les titres doux et joyeux. Du silence imposé pour lequel on serait prêt à tout dans « La boîte » au « Courage » nécessaire aux aveux, on assiste à des scènes de confessions diverses et variées. Tantôt positives comme dans « Appelle quand tu te réveilles », tantôt négatives comme dans « Amoureux d’une flic », elles tiennent le thème du début à la fin sans faiblir.

Au sein de chaque chanson, le style reste fidèle à l’univers du chanteur : une langue fine, ciselée, qui n’hésite pas à employer des mots d’un argot désuet (« fricoter », « roussin ») et à distordre légèrement la grammaire pour retomber sur ses rimes (« en essayant d’oublier rien »). On retrouve également le goût pour le détournement d’expressions consacrées avec l’épée de « Damoclès ». Nouveauté, des termes très contemporains, qui révèlent le côté geek du chanteur (la mention du jeu vidéo « PES ») et permettent d’évoquer le fossé entre générations (« bien sûr je sais ouvrir une pièce jointe », dans « Au téléphone avec Maman »).

J’admire surtout la capacité de Renan Luce à dresser des portraits vivants en quelques couplets et à laisser apparaître des thèmes douloureux (« J’habitais là », « Amoureux d’une flic ») ou une certaine mélancolie malgré la joie de vivre qui se dégage de l’ensemble de l’album. Une façon de nous toucher mine de rien pour ce chanteur sympathique, que les oreilles attentives entendront de temps à autre sourire dans son micro. On peut lui confirmer qu’il a bien fait de ne pas garder cet album secret et de le partager avec le public, c’est une réussite !

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