« Jumbo » ou les lois de l’attraction

affiche-film-jumboJeanne, jeune fille sauvage terrorisée par les hommes, travaille l’été dans un parc d’attraction. Alors que sa mère cherche à plaire aux mâles de passage, la jeune femme est fascinée par un nouveau manège, le Move It, qu’elle prénomme Jumbo…

J’avoue avoir un peu douté en découvrant le pitch de ce film : une jeune femme qui développe une attirance amoureuse pour… un manège ? Mais la présence en tête d’affiche de Noémie Merlant, incontournable depuis Portrait de la jeune fille en feu, était un argument suffisant pour éveiller ma curiosité.

C’est l’esthétique qui m’a séduite d’emblée : des éclairages magnifiques, en particulier les effets lumineux autour de Jumbo qui vont croissants et ne cessent de nous surprendre, mais aussi les lumières très travaillées dans la chambre de Jeanne, ses maquettes, les scènes plus oniriques, des plans vraiment remarquables comme celui qui ouvre le film, mais aussi ceux où elle prend sa pause sandwich posée sur la plateforme du manège, une chouette bande-son et quelques trouvailles de cadrages et d’effets de flous (la scène dans le bureau de Marc).

Sur le fond, le film nous entraîne à la suite d’un duo mère-fille détonnant, incarné avec une complexité remarquable par Emmanuelle Bercot et Noémie Merlant, dont la différence radicale de personnalité n’a d’égal que l’amour fusionnel qui les unit d’une manière si étroite qu’aucun homme ne peut trouver place de manière pérenne dans le foyer. Le rapport aux hommes des deux femmes est inversé : là où Margarette est une séductrice obsessionnelle qui a besoin de plaire pour se sentir exister, Jeanne est terrorisée par la gent masculine, sans qu’elle semble avoir subi un traumatisme concret pouvant expliquer cette peur, qui s’incarne dans ses rapports avec Marc, son supérieur (décidément Bastien Bouillon est un bon choix pour les personnages ambigus).

Cette relation est mise à mal par l’arrivée de Jumbo dans la vie de Jeanne. Métaphore de la passion amoureuse, incomprise par autrui et évidente pour celui ou celle qui la vit, la fascination de la jeune femme se développe au gré de scènes d’apprivoisement qui vérifient le vers « le beau est toujours bizarre » : clignotement, sons, mouvements, lumières colorées, Jumbo invente sa propre façon de communiquer. Si l’attachement entre humain et intelligence artificielle (matérialisée par un objet) a déjà été traité (dans Her ou Yves notamment), ici Jumbo ne parle pas au sens propre, et c’est ce qui rend d’autant plus étrange et difficile à saisir la relation qui l’unit à Jeanne. Les réactions de l’entourage penchent du côté de l’incompréhension, entraînant le film vers une réflexion sur la normalité (ou l’anormalité) et la liberté. Le personnage de Sam Louwyck est particulièrement intéressant à cet égard, car sous ses quelques répliques se cache une position plus ouverte et porteuse de solutions que l’enfermement dans les certitudes d’autres personnages.

Mystérieux et séduisant, le film de Zoé Wittock nous offre aussi une scène érotique particulièrement originale. L’ensemble compose une vraie proposition de cinéma, qui à mes yeux fait mouche sur toute la ligne, et qui pour un premier long constitue une audace remarquable.

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