« Jojo Rabbit » : une enfance en pays nazi

affiche-film-jojo-rabbitJohannes dit Jojo a un ami imaginaire : Adolf Hitler, qu’il admire par-dessus tout. Mais son week-end d’intégration aux Jeunesses hitlériennes ne se passe pas tout à fait comme prévu…

Je n’avais jusqu’ici jamais vu les films de Taika Waititi même si j’ai entendu des éloges autour de Hunt for the wilderpeople. C’est la bande-annonce de Jojo Rabbit qui m’a donné envie de le voir, au point que j’étais vraiment impatiente de le découvrir.

Le film tient-il les promesses de cette fameuse bande-annonce ? Oui et non, mais en tout cas je l’ai beaucoup aimé. Le début avec tout le passage dans le camp d’entraînement des Jeunesses hitlériennes est dingue : dynamique, enlevé, amusant (le numéro de présentation de Sam Rockwell, l’un des meilleurs personnages du film), il fait preuve d’une certaine audace annoncée dès le générique. Le réalisateur se propose de filmer l’embrigadement de la jeunesse sous l’allure d’une colonie de vacances ou d’un camp des Castors juniors. Il y a un côté cartoonesque qui s’incarne en Yorki, qui semble tout droit sorti d’un album comique. Peut-on vraiment rire de la propagande qui s’infiltre dans les jeunes esprits ? Oui, quand cela est bien fait. Car c’est une façon de dénoncer par la satire, et j’ai été impressionnée, au fil du film, par la façon dont il nous montre ce qu’on voit assez peu dans les œuvres sur la Seconde Guerre mondiale : le mal que le nazisme a causé à la population allemande, qui devait prêter allégeance au Führer et vivre dans la crainte d’une dénonciation, calomnieuse ou non, puisque tous les prétextes étaient bons pour une chasse aux sorcières.

Le film commence bien en réussissant à nous faire rire, même si, sur la longueur, c’est cet aspect qui fonctionne un peu moins, surtout avec l’idée d’un Hitler ami imaginaire. Je me demande ce que le film aurait pu être si Taika Waititi avait confié le rôle à un autre acteur. Car l’idée, incarnée par lui-même, tourne à l’ego-trip un peu lourd, et ses mimiques perpétuelles ne sont drôles que pendant environ vingt minutes, ensuite on se lasse des apparitions du personnage, qui ont presque l’air d’être en trop dans l’économie de l’intrigue.

En revanche, d’autres arcs narratifs intéressants prennent le relais et le film se révèle étonnamment bon dans l’émotion, qu’il sait faire jaillir assez finement, avec des personnages qui, parce que perçus à hauteur d’enfant, sont en réalité plus complexes qu’à première vue. À mesure que Jojo (épatant Roman Griffin Davis) mûrit et saisit plus finement la réalité, Elsa (Tomasin McKenzie, très touchante) et sa mère (Scarlett Johansson, dans son meilleur rôle depuis Her) gagnent en densité. Sous ses dehors déjantés et satiriques, le long-métrage arrive alors à nous offrir des moments de tension et de tendresse. C’est vraiment ce mélange des couleurs (tant visuelles qu’émotionnelles) qui m’a séduite jusqu’au bout, alors que la promesse du rire que j’étais venue chercher s’estompait peu à peu (même si on peut compter sur quelques punchlines presque jusqu’à la fin, voir la réplique sur les « couilles d’Hitler »).

On est quelque part entre La Vague dans la nécessité de montrer les ravages de l’embrigadement, entre une fresque historique et un récit d’apprentissage. Porté par une bande-originale pétillante et qui fait sens, des Beatles en allemand à Heroes en passant par Everybody’s Gotta Live, le film de Taika Waititi est un vrai beau morceau de cinéma, mais son réalisateur est bien meilleur derrière la caméra que devant, où son cabotinage est le point faible de son œuvre.

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