statesofgraceNate découvre son nouveau job d’éducateur dans un foyer pour adolescents en difficulté. Son collègue Mason lui présente Grace, la directrice de l’équipe – dont il partage la vie – et les jeunes hébergés par le centre. Bientôt, Grace et ses coéquipiers sont confrontés à une nouvelle pensionnaire particulièrement secrète, Jayden.

C’est une amie future éducatrice qui m’a conseillé ce film traitant de cette profession complexe. Je ne saurais que trop l’en remercier, car States of Grace est une petite pépite que critiques et festivals n’en finissent plus de complimenter et de récompenser, à juste titre.

Pour son premier film, le scénariste et réalisateur Destin Cretton nous offre du très bon cinéma indépendant américain, dans la veine de Sunshine cleaning et pas si loin de Juno, mais surtout assez proche du très noir Detachment de Tony Kaye dans lequel Adrien Brody incarne un professeur remplaçant dans un lycée difficile.

Ici aussi, il s’agit de mettre en scène des adolescents « défavorisés » comme le dit maladroitement Nate en se présentant à eux. Il n’est pas si courant de voir jouer juste des acteurs à peine sortis de l’enfance. Mais alors qu’il aurait été facile de tomber dans des caricatures, tous font preuve d’une retenue admirable (Marcus – Keith Stanfield, Jayden – Kaitlyn Dever, et une mention spéciale au touchant Sammy – Alex Calloway).

Le film est surtout porté par l’équipe d’éducateurs incarnés par des acteurs peu connus du grand public mais exceptionnels. On découvre le centre à travers le regard ingénu de Nate – Rami Malek – dont les maladresses permettent d’alléger l’atmosphère parfois très pesante. Mais c’est surtout le couple Grace/Mason qui crève l’écran. Malgré son jeune âge, Brie Larson semble avoir vécu mille vies et porte en elle un mélange troublant de beauté solaire et de secret torturant. Elle est remarquable dans ce rôle d’adulte responsable finalement aussi fragile que les gamins qu’elle tente de secourir et fait passer le spectateur par toutes les émotions. Face à elle, John Gallagher Jr. livre une prestation sans faille de balourd d’une tendresse infinie.

Il n’est pas étonnant que le film bouleverse les spectateurs, car le sujet s’y prête, indépendamment même du talent des acteurs et du réalisateur, qui choisit à raison une approche réaliste proche du documentaire. Je n’aurais qu’une seule réserve à formuler : la scène de fin, qui fait la boucle avec l’ouverture dans une clôture très – trop ? – propre et pour le coup bien plus cinématographique que documentaire. Le soulagement éprouvé par le spectateur est un peu forcé et faussé, car beaucoup de questions restent en fait en suspens concernant l’avenir des personnages.

On pardonnera à Destin Cretton d’avoir cédé à la tentation du happy end car il fait de son premier opus un candidat idéal pour tous les prix du septième art.

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