« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » : moins on en a, plus on en parle

Gloria se démène entre son domicile où elle effectue toutes les tâches ménagères pour son mari, ses deux fils et sa belle-mère, et ses petits boulots comme femme de ménage pour arrondir les fins de mois…

Si Dans les ténèbres pouvait avoir été inspiré à Pedro Almodóvar par ses années auprès des Franciscains, Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? peut apparaître comme une réminiscence de son enfance dans un milieu modeste. Ce n’est sans doute pas par hasard qu’il s’agit du premier de ses films où la mère du réalisateur apparaît comme figurante (dans le cabinet du dentiste). Après plusieurs films autour de figures de femmes libres, et fonctionnant souvent en groupes, cette œuvre marque une forme de tournant vers une figure féminine empêchée par sa situation familiale, et seule avec ses problèmes. Certes, Gloria (Carmen Maura) s’entend bien avec sa voisine Cristal (Veronica Forqué), et dans une moindre mesure avec Juani (Kiti Manver). Mais cela ne l’empêche pas de n’avoir aucune échappatoire à ses problèmes, aucun plan pour sortir d’un quotidien défini par ce qui manque : l’argent.

La thématique avait déjà fait son apparition précédemment chez le cinéaste, et la présence au casting de Chus Lampreave, cette fois-ci en grand-mère radine, rappelle les soucis financiers du couvent de Dans les ténèbres. Antonio, le mari (Angel de Andres Lopez) a beau travailler comme chauffeur de taxi, ses scrupules l’empêchent de se lancer dans une association de malfaiteurs littéraire autour d’un plan fumeux de faux journal d’Hitler. Et le peu d’argent qu’il rapporte ne suffit guère à faire bouillir la marmite pour cinq. Dans l’intérieur chargé de l’appartement, chacun(e) se planque dans des recoins pour trafiquer, qui préparant de la drogue à revendre, qui cachant des madeleines sous clé. Pendant que le fils aîné vend de l’héro pour se faire du fric, la mère s’enfile des cachets qui la rendent accro.

Le quotidien paraît de plus en plus infernal pour Gloria, et la tonalité comique, bien présente au début du métrage, notamment avec le personnage de la grand-mère mais aussi avec des inserts délirants comme les programmes télévisés (on retrouve le goût des fausses pubs qui apparaissaient déjà dans Pepi, Luci, Bom), s’assombrit à mesure que la protagoniste semble perdre toute lucidité. On ne peut pas dire que le cinéaste ait jamais occulté les crimes et les vices de la société qu’il dépeint, mais cette fois-ci il n’hésite pas à nous présenter une mère qui vend son cadet à un prédateur sexuel, campé avec une outrance malaisante.

Le mélange des genres, passant de la comédie au mélo avec un détour par le drame et le polar, nous balade sans qu’on sache trop à quel saint se vouer (la grand-mère, elle, recommande vivement Saint Antoine), jusqu’à employer la caméra subjective pour les derniers instants d’un animal de compagnie original. On s’égare, plus que dans Le Labyrinthe des passions qui ne manquait pourtant ni de personnages ni de rebondissements, mais ici les éléments ont du mal à tenir ensemble, et tout ce qu’il en reste à la fin, c’est le visage en gros plan de Carmen Maura, pleurant son foyer épuisant si détesté et désormais perdu.

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