« Dans les ténèbres », mes bien chères sœurs

Yolanda, chanteuse de cabaret, vient chercher refuge dans un couvent après la mort de son compagnon. Les sœurs tentent de trouver une solution financière, après le décès de leur bienfaiteur…

 Après deux films dans les milieux festifs et musicaux underground, Almodóvar quitte cet univers, pour un cadre qui peut a priori surprendre : un couvent. Moins surprenant quand on sait que le cinéaste a été élevé par les Franciscains, ce sont il garde un très mauvais souvenir. Forcément, la vision qu’il donne de l’institution religieuse est pour le moins iconoclaste.

On entre et on découvre les lieux par le prisme de Yolanda, chanteuse d’un cabaret dont, une fois n’est pas coutume, on ne verra que les coulisses. La jeune femme craint la police qui va découvrir le corps de son compagnon, mort d’une overdose dont on peut se demander si elle n’est pas quelque part responsable. Retrouvant dans son sac la carte de visite des religieuses, venues lui demander un autographe après un concert, elle décide d’aller se planquer sous l’égide de Dieu pendant quelques jours.

Le film s’inscrit dans une forme d’hommage au cinéma, à la fois avec le personnage de blonde à la Dietrich de Cristina Sánchez Pascual, mais aussi avec la description par le prêtre de My Fair Lady. La vision qu’il donne du couvent et des religieuses s’apparente aussi par certains aspects à ce qu’on peut retrouver dans la fiction de La Religieuse à Benedetta : conflits d’intérêts, mélange de sororité et d’individualisme forcené, jalousies, histoires homosexuelles, hallucinations, auto-châtiments… Mais ici, c’est sur le ton de la comédie que tout cela est présenté. Les sœurs ont des noms hautement signifiants, destinés à leur rappeler l’humilité, mais qui ne peuvent que déclencher le rire : Sœur Vipère, Sœur Rat d’égout, etc.

Chacune a son occupation, comme dans un vrai couvent, de la couture à l’entretien du jardin en passant par celui des animaux. Mais tout est détourné de la vision coutumière pour devenir un objet de parodie : la couturière produit des costumes baroques et brillants pour les statues religieuses, la jardinière délaisse les plantes pour écrire des romances sous pseudo, la soigneuse a dans sa ménagerie un spécimen pour le moins inattendu sous ces latitudes. Quand l’argent vient à manquer, quelle caractéristique singulière viendra permettre se de maintenir à flots ?

Almodóvar offre à son casting largement féminin l’occasion de s’amuser, voire de cabotiner par moments, mais pour peu qu’on partage son esprit critique envers les institutions religieuses, on ne manquera pas de se divertir devant cette satire aux petits oignons.

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