« Matador » : je n’ai pas peur de la mort, mais que tu m’évites encore

Angel cache à sa mère, membre de l’Opus Dei très stricte, qu’il prend des leçons de tauromachie avec un célèbre ancien torero. Après avoir tenté de violer la petite amie de son mentor, Angel s’accuse de quatre meurtres. Son avocate est bien décidée à faire reconnaître l’innocence de son client…

Après une mort d’overdose suspecte dans Dans les ténèbres et un homicide conjugal dans Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, Almodóvar est sur une pente morbide, qui va trouver l’espace où s’exprimer pleinement et résolument dans Matador.

Comme son titre l’indique, il est question de corrida, mais aussi de tueur(s). D’emblée, le film nous place dans l’univers d’un torero retraité après une blessure, qui forme de futurs successeurs. Mais nous savons que sa fascination pour la mort ne concerne pas seulement celle de l’animal dans l’arène, grâce à un fabuleux plan d’ouverture présentant son extase face à un film enchaînant les morts plus terribles les unes que les autres. Diego (Nacho Martinez), les meurtres, ça l’excite, et c’est son point commun avec Maria, jeune avocate (Assumpta Serna).

Leur second point commun, c’est Angel, deuxième apparition d’Antonio Banderas chez Almodóvar, cette fois nettement plus conséquente que dans Le Labyrinthe des passions. Avec son prénom angélique et sa mère issue de l’Opus Dei, la vie du jeune homme semble toute tracée vers la pureté (forcée). C’est sans compter un petit secret qu’il dévoilera tardivement et qui fait presque figure de twist, en tout cas d’un deus ex machina fort pratique pour la police.

Fort de ses images chocs quelque part entre un giallo et le futur Basic Instinct, Matador tourne un peu en rond entre ses thématiques secondaires (la jalousie, l’impuissance, la quête de sa sexualité, le poids de la religion…). Il oscille entre des fulgurances visuelles comme la fuite de l’avocate dans une tenue qui rappelle la cape du toréador, et des moments légèrement bavards (entre la police, la psychologie, la mère…). On comprend rapidement qu’Angel n’est qu’un genre de go-between qui a surtout servi d’instrument du destin pour rassembler la paire d’amant(e)s diaboliques. Leurs interprètes s’en donnent à cœur joie pour incarner la passion fatale (Éros et Thanatos, un couple classique), façon tragédie grecque dont la fin est écrite, mais à la sauce passion brûlante non sans une certaine élégance… ou une certaine exagération. Il ne faut guère chercher à s’attacher à quiconque dans ce jeu de massacre où tout le monde n’est que criminel (viol, meurtre, cruauté familiale, faites votre choix il y en aura pour tout le monde). Malgré l’ambition intéressante de mêler une romance sanglante à l’univers des corridas, le résultat est en dents de scie, moins divertissant que les premiers films du réalisateur, moins puissants que les plus récents.

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