« Le Labyrinthe des passions » : un jour, mon Prince viendra

Phobique du jour, Sexilia, fille d’un célèbre professeur d’obstétrique spécialisé dans les bébés-éprouvettes, chante dans un groupe punk et collectionne les amants la nuit. Au cours d’un concert, elle croise Riza Niro, le fils en exil de l’Empereur du Tiran, en quête d’aventures homosexuelles…

Après Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier, Almodóvar poursuit son exploration des mêmes milieux : de jour, des personnages aux professions reconnues dont il prend un malin plaisir à soulever la part d’ombre avec ironie (un médecin spécialisé dans la fertilité qui n’aime pas le sexe, une psychologue aux tendances érotomanes, des blanchisseurs qui « lavent leur linge sale » en famille…), de nuit, des artistes punk, avec une fois encore une scène de concert dont les titres ont des paroles volontaires osées et provocatrices. L’aspect artistique rend ici hommage au mouvement de la Movida, dont le réalisateur fait lui-même partie (il apparaît d’ailleurs sous les traits d’un directeur de roman-photo en pleine séance de travail avec ses modèles).

Mais l’intrigue a un côté aventure exotique avec la présence d’un Prince d’un pays oriental imaginaire, qui tente de passer inaperçu mais est coursé par des terroristes (dont Antonio Banderas dans son premier rôle au cinéma) qui souhaitent le kidnapper. Cet arc narratif donne lieu à des scènes de comédie de type vaudeville avec portes qui claquent, entrées successives de tous les personnages, quiproquos soignés.

Le scénario n’hésite pas à provoquer le destin des personnages avec des coïncidences incroyables et des flashbacks sortis du chapeau, mais qu’importe. Il y a un côté follement divertissant dans la quête frénétique qui anime tous les personnages : certain(e)s cherchent l’amour, d’autres la gloire, d’autres l’accomplissement d’un but politique, parfois un peu tout cela à la fois, et le labyrinthe prend vie sous nos yeux à mesure que tout s’imbrique étroitement. Almodóvar ne se refuse rien, pas même la transformation physique radicale d’un personnage devenu la copie d’un autre par une miraculeuse chirurgie esthétique (une thématique qui réapparaîtra dans La Piel Que Habito).

On ne peut pas dire que le métrage joue de subtilité, mais qu’importe : il donne l’occasion à ses interprètes de s’amuser et de se déguiser à tout bout de champ (en particulier Imanol Arias en Prince incognito), et Cecilia Roth y trouve un (double) rôle moderne avec cette jeune femme nymphomane dont le prénom est tout un programme.

Sous l’amusement, les turpitudes humaines sont toujours bien présentes : dans Luci, Pepi, Bom, la protagoniste subissait un viol dès l’introduction du métrage, cette fois on a affaire à des tentatives d’abus sur mineur et un inceste paternel. Mais tout cela est traité avec un esprit de combat et de revanche, les personnages ne manquant jamais de ressource pour surmonter leurs traumatismes en de fabuleux pieds de nez à leurs agresseurs/euses, installant une constante du cinéaste espagnol chez qui la vie foisonne d’échappées.

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