« Pepi, Luci, Bom, et les autres filles du quartier » : l’amour qui fait boum

Violée par un voisin policier, Pepi décide de se venger de lui en le faisant tabasser par ses ami(e)s, qui se trompent et tombent sur son jumeau. Pepi fait la connaissance de Luci, la femme du policier…

Sorti en 1980 en Espagne, mais seulement dix ans plus tard en France, le premier long de Pedro Almodóvar est d’abord un film de copains, financé par ses amis auxquels il avait présenté des courts-métrages en Super8 pour les convaincre. Avec ce petit budget, et sa caméra 16 mm, le cinéaste en devenir réussit une œuvre protéiforme qui mêle déjà des thèmes qui deviendront récurrents dans son cinéma et connaît un succès inattendu – il reste à l’affiche pendant trois ans en Espagne.

Film de vengeance dans sa structure, marquée par l’apparition de cartons détaillant les différentes étapes des vengeances réciproques entre les deux camps, celui des filles et celui du policier, le scénario semble d’abord tenir sur un timbre-poste : une jeune femme est visitée chez elle par un policier voisin, qui a aperçu des plants de cannabis sur son balcon. Alors qu’elle tente de le charmer pour l’amadouer, il la viole brutalement, dans une scène qui fait basculer le métrage qui semblait jusqu’alors empreint d’une tonalité légère voire comique. Elle décide alors de se venger, dans une version soft du rape and revenge puisqu’elle envoie simplement un groupe d’ami(e)s le frapper dans la rue.

Coup de théâtre : le policier a un jumeau, et c’est lui qui a reçu les coups. Une gémellité qui permet au cinéaste de faire ressortir toute la malignité du personnage masculin (Felix Rotaeta, inquiétant), qui profite de cette situation pour commettre une deuxième agression sexuelle et s’en tirer toujours à bon compte. Mais le sujet dévie lorsque Pepi rencontre Luci, l’épouse du policier, jeune femme sage et docile en apparence, qui cache des tendances masochistes. Avec Bom, chanteuse d’un groupe de jeunes rebelles, les filles composent un drôle de trio qui évolue dans des milieux très libérés. En témoigne la scène surréaliste de rencontre entre Bom et Luci où la première urine sur la seconde pour l’exciter. Musical, coloré, inventif (on assiste même à la présentation des publicités télévisées imaginées par Pepi pour une marque de slips révolutionnaires), le métrage nous emmène dans un Madrid underground où se côtoient des femmes à barbe, des dominatrices et des dominées, tous les genres et toutes les orientations sexuelles. Aux côtés du personnage de Luci (Eva Siva), on découvre ce monde insoupçonné où l’on peut porter les tenues les plus bariolées et farfelues, se faire promener en laisse si on aime ça, assister à des concerts aux paroles explicites et profiter des plaisirs de la vie sans entrave et sans souci de la morale sociale.

Celle-ci est incarnée par le policier, qui de par sa fonction est censé faire respecter l’ordre établi, ce qu’il tente également de faire en récupérant sa femme. Mais Almodóvar démontre tout le mal qu’il pense de cet ordre façonné par le patriarcat et la violence, qui prend ce qu’il pense lui être dû et n’a de souci que de lui-même. En face, il y a la liberté, l’amitié, la solidarité, et déjà la sororité, incarnée par Pepi et Bom qui ne se lâchent pas dans l’adversité. Carmen Maura fait ici ses débuts de muse du réalisateur avec un personnage qui ne se laisse jamais aller au désespoir et trouve toujours de la ressource, et on aperçoit Cecilia Roth, autre future figure récurrente du cinéma de l’Espagnol, dans la fausse publicité délirante. Une entrée en matière dynamique et libérée pour les actrices comme pour les spectateurs/trices.

2 commentaires sur “« Pepi, Luci, Bom, et les autres filles du quartier » : l’amour qui fait boum

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