« Tully » : être mère cet enfer

affiche-film-tullyMarlo, déjà mère de Sarah et d’un petit Jonah souffrant de troubles comportementaux, s’apprête à accoucher. Sachant qu’elle a souffert d’une dépression post-partum après son deuxième bébé, son frère lui offre les services d’une nounou de nuit…

Encore un des films de 2018 que j’attendais avec une grande impatience, ce Tully marque le grand retour de Jason Reitman, un de mes cinéastes préférés outre-Atlantique. Bien que n’ayant pas encore vu toute sa filmographie, j’ai beaucoup d’affection et un profond respect pour Juno, In the air et Men, women and children, des films aux personnages bien écrits et attachants qui se confrontent à des questions de société contemporaines avec un point de vue toujours intelligent et nuancé.

En revanche je n’avais pas vu Young adult et je me demandais ce que je devais attendre de Tully, deuxième collaboration du réalisateur avec Charlize Theron. Je suis donc allée voir le film en avant-première avec une grande curiosité, d’autant que j’avais réussi à ne quasiment rien en savoir à l’avance. C’est vraiment une posture qui me réussit au cinéma, qui me permet de prendre de plein fouet la découverte d’une œuvre et de ne pas trop projeter mes attentes. Une fois encore j’ai été ravie de ne disposer que d’un minimum d’infos car cela m’a permis de m’interroger au long du film sur son sujet.

En effet, le long-métrage tourne autour du personnage de Marlo, pourtant ce n’est pas elle qui donne son nom au film mais Tully, la nounou qu’elle finit par appeler pour l’aider la nuit avec son bébé lorsqu’elle se sent craquer. Il faut dire qu’il y a de quoi : en congé maternité, Marlo ne sort que pour emmener ses enfants à l’école, et passe son temps à essayer de gérer la timidité et le manque de confiance de son aînée, les troubles (proches du spectre autistique à première vue) de son cadet qui pique des crises, doit être brossé tous les soirs avant de dormir et pose problème dans son école. Et la voilà à ajouter un nourrisson à ses devoirs de mère, alors que le père des enfants, si on le voit s’occuper des devoirs, ne semble faire que cela comme tâche familiale, et passe le reste de ses soirées vissé devant des jeux vidéos.

Vous voyez le tableau ? Alors vous aurez sûrement la même idée qui a jailli dans mon esprit au bout d’une demi-heure de film : je suis en train de voir mon premier film sur la charge mentale. Bien sûr, celui-ci parle aussi de la difficulté à accepter de vieillir et à s’éloigner de ses idéaux de jeunesse, de la dépression post-partum, de la complexité d’avoir une famille nombreuse, en particulier avec un enfant à besoins particuliers, de la dissolution de la relation du couple dans le rôle de parents… mais tout de même. Marlo se sent seule face à tout ce qu’elle a à porter au quotidien, et c’est ce cadre qui va permettre la création d’une relation si intime et bénéfique avec Tully. Celle-ci apparaît comme un personnage toujours bienveillant, cool, joyeux et insouciant, mais en même temps faisant preuve d’un recul et d’une sagesse capables d’aider Marlo. La confrontation entre Charlize Theron, encore une fois quasi méconnaissable en mère épuisée et Mackenzie Davis, souriante et à l’aise, est vraiment captivante à suivre dans son évolution. Je n’en dirai pas plus, car le film vaut vraiment la peine d’être vu sans trop savoir à quoi s’attendre, pour en profiter pleinement. Si ce n’est qu’une fois encore, Jason Reitman et la scénariste Diablo Cody font preuve d’une grande finesse dans l’analyse d’un sujet délicat et parviennent à allier rire, tendresse, mélancolie et même ici quelques scènes poétiques sur un thème aquatique. Un film touchant et pertinent qui fait honneur à son équipe.

Une question à… Jason Reitman

J’ai eu la chance de découvrir Tully en avant-première en présence de son réalisateur, qui a eu la patience et la gentillesse de venir après la projection répondre à toutes les questions de l’assistance. Un échange extrêmement intéressant et riche qui m’a donné l’occasion d’une question qui me tenait particulièrement à cœur.

  • Il a été dit que le film est assez réaliste, mais je trouve qu’il a également une portée sociale voire politique. En France, on a un concept dont on parle pas mal ces derniers temps, c’est la charge mentale. Je voulais savoir si c’est un concept dont vous êtes familier et si vous seriez d’accord pour dire que votre film parle aussi de ça et a une portée féministe ?

C’est une question très pertinente ! J’ai toujours été intéressé par les femmes. Quand j’avais 16 ans, j’ai commencé à sortir avec une femme de 26 ans, et je me suis installé avec elle alors que j’étais encore au lycée ; c’est une relation qui a duré assez longtemps, et je crois que c’est là qu’a commencé une curiosité qui me suivra toute ma vie. J’aime faire des films sur les femmes et en particulier pour dévoiler des facettes de leur vie qui ne sont pas souvent abordées au cinéma. Mais je ne peux pas m’attribuer le mérite de tout ce que vous avez problématisé au sujet du film, car je pense que c’est largement dû au fait que je suis entouré de femmes brillantes. Ma productrice, qui a intégré Harvard à 16 ans, c’est vraiment une tête, et Diablo, la scénariste du film, et ces actrices extraordinaires avec lesquelles je travaille, Charlize, Ellen Page… Toutes ne se sont jamais gênées pour me dire quand je commençais à partir dans une mauvaise direction et à me planter sur le sujet.

(traduction : Lilylit)

Un immense merci à Jason Reitman pour avoir échangé longuement avec la salle avec humilité et inspiration.

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8 commentaires sur “« Tully » : être mère cet enfer

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