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affiche-film-frantzEn se rendant sur la tombe de Frantz, son fiancé mort à la guerre, Anna découvre qu’un Français est venu fleurir la sépulture. Il se présente bientôt au domicile des parents de Frantz et explique être un ami du jeune homme… 

Movie challenge 2017 : un film en noir et blanc

J’avais failli aller découvrir Frantz au cinéma et je l’avais raté, dans une période riche en belles découvertes. J’avais eu d’autant moins de scrupules que son réalisateur, François Ozon, m’agace par ses déclarations sur les femmes et a produit une filmographie très inégale comportant autant de films que j’ai appréciés (Huit Femmes, Le Refuge…) que de longs-métrages que j’ai détestés (Swimming Pool en tête).

Et pourtant je dois admettre que si j’avais vu Frantz en 2016, je lui aurais forcément fait une place dans mon top 10. Tous les ans je loupe un ou deux grands films que je regrette de n’avoir pu classer parmi mes favoris de l’année, et clairement celui-ci en fait partie.

Ce que j’ai aimé en premier lieu, et qui a valu au film son unique César, c’est la photographie, mais aussi le choix des éclairages, et la gestion des quelques scènes en couleur que comporte le film. Alors que le noir et blanc est parfois utilisé pour des scènes de souvenirs, Ozon fait le choix inverse et n’introduit la couleur que pour rendre plus présent un moment du passé et redonner vie à Frantz. Le noir et blanc est vraiment un excellent choix pour ce film, il s’accorde avec l’époque retracée et la rigidité initiale de l’entourage de Frantz vis-à-vis du nouveau venu. J’ai rarement vu un film aussi esthétique de bout en bout, avec des éclairages splendides, le visage de Paula Beer et le regard de Pierre Niney magnifiés par ce noir et blanc lumineux et profond. Ce très beau travail technique m’a rappelé Le Ruban Blanc, dont j’ai découvert après le visionnage qu’il s’agissait d’une des références d’Ozon pour ce film, qui n’est effectivement pas si loin de l’univers d’un Haneke.

Très esthétique, le film n’en est pas moins bon d’un point de vue narratif, avec une intrigue puissante, jouant sur des révélations que l’on peut certes partiellement anticiper (j’avais vu venir le premier twist du film, mais pas le second), mais qui font tout de même leur petit effet. J’ai beaucoup apprécié la sobriété du film tant dans la façon de filmer que dans le jeu des acteurs, à la fois sensibles et pudiques, tous absolument parfaits dans leur rôle. Les parents de Frantz sont émouvants dans leur mélange de chagrin, de raideur, de culpabilité et d’amour envers celle qui aurait dû devenir leur belle-fille. Le rôle d’Anna a révélé Paula Beer et je ne doute pas qu’on la reverra dans de grands rôles car l’actrice est fantastique. Avec des scènes parfois sans paroles, elle réussit à faire passer des émotions mêlées, entre affection, rancœur, sens du devoir, dépression et instinct de survie. Anna est un très beau personnage romantique, un cœur pur qui lutte contre l’impression de trahir son fiancé en s’attachant à son ami. La scène du bal est déterminante car on voit la jeune femme sourire à nouveau et l’on comprend que désormais elle a fait son deuil… mais va être confrontée à de nouvelles souffrances.

Face à elle, Pierre Niney, que je n’aime pourtant pas beaucoup habituellement, aurait mérité une récompense pour ce rôle trouble et subtil. Lâche, comme il se définit lui-même, Adrien est tourmenté par la guerre et ne parvient pas à tourner la page. En recherchant auprès de la famille de Frantz une forme d’absolution, il semble ne pas se rendre compte des dommages qu’il pourrait causer. Jusqu’au bout ce personnage a su me surprendre par ce qu’il nous révèle peu à peu de sa vie et de sa personnalité.

Soutenu par une belle bande-son et des références artistiques inspirées, ce film est à mes yeux le chef-d’œuvre de son réalisateur, et une œuvre historiquement réaliste sans être académique. Un grand film bouleversant.

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