« Une nouvelle amie » : faux sur toute la ligne

affiche-film-une-nouvelle-amieÀ la mort de Laura, sa meilleure amie Claire tente de soutenir David, le mari de la défunte. Celui-ci lui avoue un secret : il aime s’habiller en femme. Ce passe-temps divertit les deux amis, dans le dos de Gilles, le mari de Claire…

Je ne sais pas au juste ce qui m’a pris de vouloir rattraper ce film. Je sais bien qu’avec Ozon, il faut s’attendre à tout, et malheureusement depuis le sublime Frantz, plus souvent au pire qu’au meilleur. Mais quand j’ai vu le boîtier du DVD dans les rayons de la médiathèque, j’ai eu un espoir fou, celui d’un film qui saurait faire preuve de finesse sur un sujet délicat. J’avais probablement aussi envie de revoir Anaïs Demoustier, après la déception de Sauver ou périr.

La scène d’ouverture m’a enthousiasmée par son audace morbide, puis j’ai adhéré au récit en accéléré de la jeunesse de Laura et Claire. Bien sûr il n’y a rien de très original dans cette mise en parallèle des vies des deux amies, mais on pressent en quelques instants tout l’amour qu’éprouvait Claire pour son amie, bien au-delà de l’amitié et d’une simple admiration. Forcément, je me suis douté que cela posait des jalons pour la suite de l’intrigue.

La suite, c’est une longue déréliction à partir du moment où Claire surprend David en femme, s’occupant de son bébé comme une mère. Au départ, l’idée est vraiment intéressante : se vêtir des habits de Laura est présenté comme un moyen de mieux supporter sa perte pour David, mais aussi pour sa petite Lucie qui est apaisée par l’odeur maternelle. Après tout, le film aurait pu être une façon de ne pas juger la façon de faire son deuil de deux âmes en peine. Et cela aurait été beau.

Mais Ozon bascule rapidement dans une forme de voyeurisme qui se repaît d’un conglomérat de clichés. Ce n’est pas compliqué : à chaque fois que j’ai pensé « il ne va tout de même pas faire ça ? » c’est exactement ce qui se passait quelques minutes plus tard. Le film réussit à être à la fois extrêmement prévisible dans ses rebondissements et d’une absence totale de cohérence psychologique dans les réactions de ses personnages. Et si on perçoit de la bonne volonté chez Anaïs Demoustier (le personnage le plus intéressant du film dans sa découverte de sa bisexualité), difficile d’excuser Romain Duris, même en admettant qu’il ait été mal dirigé. Ozon et son acteur confondent dramatiquement questionnement identitaire et fétichisme, clairement pas au fait des différences entre drag queen, travesti et femme trans. Indépendamment du mal que le film peut faire en termes de représentation, sous couvert d’une morale ouverte d’esprit avec soleil couchant de carte postale à l’appui (les clichés s’accumulent vraiment jusqu’au dernier plan), c’est tout simplement extrêmement gênant et agaçant à regarder.

En plus de la relation entre Claire et Virginia et de ses incohérences (je ne détaillerai pas pour ne pas spoiler), le film sombre aussi dans le cliché du côté de Gilles (Raphaël Personnaz) qui se comporte comme un homophobe à l’esprit fermé. Pourquoi ne pas avoir fait de cet homme un type bien ? Qu’est-ce que cela aurait retiré au film de faire preuve d’un peu plus de nuance ?

Je finirai par la dénonciation de la scène dans laquelle David habille sa femme morte : se voulant probablement poétique et érotique, celle-ci m’a mise extrêmement mal à l’aise par son côté nécrophile assumé. Au moins j’ai trouvé la référence moquée dans l’épisode de la saison 3 de Dix pour cent avec Béatrice Dalle, aux prises avec les exigences perverses d’un réalisateur français qui souhaite qu’elle s’exhibe nue en cadavre sous les caresses de son amant… Dans la série, la vacuité morbide de la scène cache le manque d’inspiration d’un réalisateur paniqué par la médiocrité qu’il perçoit dans son film. On n’est probablement pas loin de la réalité.

10 commentaires sur “« Une nouvelle amie » : faux sur toute la ligne

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  1. J’ai adoré Frantz et Dans la maison, peu aimé Jeunes et Jolies, par contre j’ai adoré celui-ci mais je comprends tout à fait ton ressenti car soit ça passe soit ça casse avec ce réalisateur. Je verrais bien Grâce à dieu également, sur la pédophilie au sein de l’église.

    1. En effet on peut aimer certains de ses films et pas d’autres. Pour « Une nouvelle amie » pour moi on est au-delà du ressenti : le film est problématique en termes de représentation.

    1. Je ne l’ai pas détesté bizarrement. Mais par contre les commentaires du réalisateur sur les fantasmes de prostitution des femmes, ça c’est juste pas possible pour moi.

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