« Le chant du loup » : l’oreille est d’or

affiche-film-le-chant-du-loupChanteraide dit « Chaussette » est analyste en guerre acoustique. À bord du sous-marin Titane, il utilise son ouïe exceptionnelle pour repérer les menaces. Jusqu’au jour où une erreur d’analyse manque d’avoir des conséquences funestes…

Ce film ne m’avait pas tentée à sa sortie, et pour cause, je ne suis pas fan des films de guerre en général, même si j’en ai vus quelques-uns (notamment le chouette A War). Il m’est même arrivé de tomber sur des films de sous-marins américains, que je serais bien en peine de nommer.

Mais à force d’en entendre parler et de constater les avis divisés (dédicace à mes collègues), j’ai décidé de me faire ma propre opinion. Et tout a plutôt mal commencé. Déjà, parce que l’immersion directe dans le sous-marin m’a totalement perdue. Au bout de dix minutes, j’ai choisi d’aller lire un résumé détaillé tellement je n’y comprenais rien. J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le film, et ce pour plusieurs raisons. D’une part, j’ai trouvé le scénario assez improbable, nourri de détails irréalistes. On sent qu’Antonin Baudry (aka Abel Lanzac, le scénariste et auteur de la BD Quai d’Orsay) a eu l’ambition de réaliser un film façon blockbuster américain, ce qui se traduit à la fois par les moyens techniques impressionnants (et là-dessus je n’ai rien à redire, l’esthétique et les effets font le job proprement) et par le manque de vraisemblance qui affecte l’écriture. Chanteraide désobéit aux ordres à tout va, réussi à s’introduire partout en dépit des caméras de surveillance, craque les codes d’un haut gradé de l’armée qui n’a pas trouvé plus subtil que de mettre le prénom de sa femme comme mot de passe… Tout cela est très, très léger. Léger aussi le contenu des dialogues, qui m’a occasionné quelques fous rires (mais je ne pense pas que c’était l’objectif). La plupart des acteurs ne m’ont pas semblé crédibles en militaires d’élite, à commencer par Omar Sy dont toutes les lignes de texte tombent à plat niveau intention. Mathieu Kassovitz s’en tire un peu mieux, avec un personnage qui n’est pas sans rappeler le ministre de Quai d’Orsay, les citrons remplaçant les Stabilos dans une tirade du même calibre. Même Reda Kateb, qui m’avait beaucoup impressionnée dans Hippocrate, est ici assez en-dessous de ses capacités.

Au milieu de ce groupe moyen, François Civil s’en tire plutôt bien, même si son personnage est hélas très limité en termes de psychologie. Mais le pire est celui de Diane, le seul personnage féminin du film qui ne sert absolument à rien. Quel était l’intérêt d’aller chercher la brillante Paula Beer, dont on a pu remarquer le talent dans Frantz, pour trois scènes de comédies romantiques (qui sont cela dit parmi celles que j’ai préférées dans le film, parce que François Civil qui fait du François Civil en bafouillant face à une jolie fille, c’est toujours sympathique) ? La superficialité de la romance sacrifie un aspect qui aurait pu être LA bonne idée du film : vivre avec une ouïe exceptionnelle, qu’est-ce que ça fait au quotidien ? Le travail du son ne permet pas vraiment de se rendre compte de l’audition exceptionnelle de Chanteraide, sauf quand on constate qu’il repère Diane dans son dos. Mais pour développer cet aspect, il aurait fallu renoncer à faire un pur film d’action comme les Américains et accepter de développer des personnages nuancés comme on sait si bien le faire en France dans les « films du milieu ».

Cependant, j’ai eu la bonne surprise de voir le film décoller vraiment dans sa dernière demi-heure. Alors que la situation se tend et que l’issue devient incertaine (ou plutôt se calquant avec certitude sur les quelques films de sous-marin que j’avais déjà vus), une question cruciale apparaît, qui aurait mérité d’être creusée bien davantage : celle des procédures militaires qui ne laissent aucune place à l’intuition ou aux capacités d’adaptation. Quand l’obéissance aux règles oscille entre bravoure et stupidité, le seul recours est de faire une place à l’intelligence spontanée, aux liens vrais qui unissent les hommes et à la confiance. Le film tenait là une autre piste intéressante voire engagée, dommage qu’elle reste en surface.

13 commentaires sur “« Le chant du loup » : l’oreille est d’or

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    1. Pour moi c’est vraiment que des effets spéciaux à l’américaine, sur le fond j’ai vraiment pas été convaincue par l’écriture ni par le jeu. Mais je n’aime pas du tout les films d’action en général.

  1. Ohlala déjà que le film m’avait l’air survendu, ton avis (et pas le 1er du genre que je lis) ne me rassure pas des masses.

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