labellesaison1971. Après un chagrin d’amour, Delphine quitte la ferme familiale pour travailler à Paris. Elle rencontre par hasard Carole, qui lutte pour les droits des femmes. Bien que Carole soit en couple avec un journaliste, les deux femmes entament une liaison…

Movie challenge 2016 : un film LGBT

Au départ, je n’avais pas choisi ce film pour le Movie challenge, pourtant j’avais envisagé de le voir depuis sa sortie. Moins à cause de son sujet que pour la présence au casting d’Izia Higelin, que j’ai toujours trouvé intéressante au cinéma jusqu’ici (Mauvaise fille, Samba).

Étant tombée par hasard sur le long-métrage de Catherine Corsini à la télévision, j’ai finalement décidé de le regarder en entier et j’ai alors eu l’idée de le choisir pour cette catégorie du Movie challenge.

En effet, j’ai trouvé que le film proposait une romance lesbienne intéressante à plusieurs points de vue. D’une part, parce qu’elle est incarnée de façon très belle et, me semble-t-il, très crédible, par un duo de grandes actrices. Izia, en jeune fille de la ferme décidée à vivre sa vie sans renoncer à rien de ce qu’elle aime mais sans blesser son entourage, endosse un rôle intense qui, d’après ses confidences à la presse, n’a pas été facile à jouer pour elle. Pourtant, j’ai trouvé que son attirance croissante pour Carole était très bien rendue, de même que son amour très fort pour ses parents ou sa gêne vis-à-vis d’Antoine, le jeune homme qui rêve de l’épouser (Kévis Azaïs, toujours très convaincant dans le rôle de l’amoureux malmené). Face à elle, Cécile de France est un bon choix. Elle incarne à merveille la spontanéité, le naturel de Carole, qui a envie d’être libre, de croquer la vie et de participer à l’évolution des mentalités dans la joie.

Mais surtout, le film qui se place dans les années 1970 révèle bien les complexités de cette époque post-libération sexuelle de 1968, dans laquelle la revendication d’émancipation et l’écroulement des tabous coïncide avec des réactions de repli, de fermeture (le discours de la conférence anti-avortement est à vomir) et de peur du jugement. Ce n’est pas la première œuvre que je vois sur cette époque mais j’ai trouvé celle-ci particulièrement pertinente dans sa façon de montrer différentes facettes de l’oppression des dominants : internement d’un homosexuel, auto-censure des journalistes, absence de reconnaissance professionnelle des femmes, assujettissement au mari, interdiction de l’avortement, etc.

Si le film m’a surtout plu pour l’engagement de ses héroïnes, qui réussissent tout de même à gagner peu à peu des bribes de liberté et de revanche sur les conventions, il n’en reste pas moins également une histoire d’amour compliquée, comme Catherine Corsini semble les aimer (déjà dans Partir on assistait aux amours contrariées d’une kiné et d’un maçon). Il pose la question de la hiérarchisation des priorités, entre amour, loyauté, combat politique, devoir familial, épanouissement personnel…

Un beau film d’amour à la fin assez inattendue qui rend hommage à tout un héritage de lutte féministe.

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