moidanielblakeAprès une crise cardiaque, Dan Blake doit cesser son activité de charpentier. Alors que son médecin refuse qu’il reprenne un travail, on lui supprime ses indemnités. Au Pôle emploi local, Dan rencontre Katie, qui vient d’emménager non loin avec ses deux enfants… 

Je ne suis pas une grande spécialiste des films primés : sur les dix dernières années, je n’avais vu jusqu’ici que deux Palmes d’Or. Ce n’est donc pas vraiment la récompense cannoise qui m’a donné envie de découvrir ce film. Pas tellement non plus le nom de Ken Loach, dont je n’avais vu que Jimmy’s Hall, qu’il avait présenté comme son dernier film, et qui ne m’avait pas spécialement emballée.

Pourtant, il était évident que j’irais découvrir ce Daniel Blake. Grande amatrice du cinéma engagé, plus encore lorsqu’il évoque la question du travail, j’ai déjà pu apprécier des films aussi divers sur la question que La Loi du marché ou Discount. Avec Moi, Daniel Blake, j’ai trouvé, je crois, la synthèse la plus aboutie entre schéma narratif de fiction et traitement quasi documentaire. Ken Loach l’a dit et répété, c’est la réalité de la politique d’indemnisation des plus démunis de son pays qui l’a mis en colère et poussé à repasser derrière la caméra. On sent qu’il n’a pas eu peur d’aller voir de près ce qui se passe dans les bureaux des Jobcenters, à la banque alimentaire, dans les quartiers pauvres de Newcastle. Le film sent le vrai, par son traitement sans fioritures, sans effets, filmé au plus près des corps fatigués, des locaux défraîchis, des visages anxieux.

Cet effet de réalisme est accentué par un casting sans vedette, composé de réels employés du Pôle emploi britannique, dirigés avec brio pour incarner à la fois la rigidité administrative et les élans d’humanité spontanés, et de deux têtes d’affiche exceptionnelles. Hayley Squires, qui débute une très prometteuse carrière dans le rôle de Katie, se donne avec intensité en mère épuisée, prête à tout pour nourrir ses enfants, et qui cherche à tout prix à sauver la face. Les jeunes Briana Shann et Dylan McKiernan (Daisy et Dylan) sont très touchants, dans un mélange de fraîcheur et de gravité déjà adulte.

Surtout, Ken Loach a choisi pour son charpentier Dave Johns, originaire du milieu ouvrier et… humoriste de profession. Un choix qui peut surprendre mais confère à l’homme usé une simplicité désarmante et une empathie immédiate. Si la situation est dramatique, et là-dessus le cinéaste ne cherche pas à épargner le spectateur, on n’en sourit pas moins lorsque Dan tente de se servir d’un ordinateur ou découvre les combines de ses jeunes voisins.

On pourra reprocher au film un certain manichéisme, qui oppose la cruauté du système au grand cœur de Daniel Blake et à sa beauté intérieure. Comme si le sort (et l’État !) s’acharnait exprès sur quelqu’un qui ne le mérite pas. Mais j’ai aimé cette prise de position ferme et définitive qui se place du côté de l’humain jusqu’au bout, et qui nous serre peu à peu le cœur, à mesure que les fondus au noir semblent s’allonger pour accentuer la chute. Un film fort, qui dévoile au spectateur une réalité sordide sans l’atténuer, comme une question sans réponse, ou un cri de colère qu’on n’a pu contenir, c’était décidément un très bon choix pour la Palme 2016.

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