sambaSamba est sénégalais mais travaille en France depuis 10 ans. Sans papiers. Lorsqu’on lui refuse sa régularisation, il fait appel à une association. Manu et Alice vont tenter de lui éviter un retour en charter. 

Qui n’a pas vu Intouchables ? Et qui, de ce fait, n’attendait pas Samba ? Pour ma part c’est un des films de 2014 que j’espérais avec le plus d’impatience, mais aussi de crainte. En effet, grande fan de Nos Jours heureux et Tellement proches, j’avais moins adhéré au dernier Toledano-Nakache, que je n’ai vu qu’une fois. Avec Samba, j’avais plusieurs appréhensions : la crainte de voir le film s’empêtrer dans des clichés ou que le mélange de gravité inhérente au sujet et d’humour ne trouve pas son équilibre.

Sur ces points, j’ai été rapidement rassurée. Certes, le sujet du film n’est pas des plus propices à la rigolade. Un tel thème peut vite basculer dans le misérabilisme, au pire, et au mieux, donner lieu à des drames profonds comme Welcome. J’avais d’ailleurs ce film en tête en allant voir Samba. D’un point de vue tant esthétique que psychologique, clairement, le film de Philippe Lioret est un cran au-dessus. Mais il est vrai que les registres sont très différents.

Car Samba, malgré son sujet, reste une comédie. Et une vraie bonne comédie comme le tandem Toledano-Nakache sait les faire : répliques cultes (« classique c’est bien aussi » « balance les pompes ! » et bien d’autres mais je ne veux pas déflorer le plaisir de la découverte), scènes joyeuses (le pastiche de la pub Coca-Cola, la soirée où Marcelle chante du Bob Marley), et surtout art du contraste. Là où les réalisateurs s’améliorent au fil des films, c’est justement dans cette capacité à divertir puis émouvoir juste après, voire à produire un éclat de rire au sein d’une scène angoissante. À ce titre, le moment où Samba prend le métro est une merveille du genre. Il faut dire que le film s’appuie sur une bande-originale judicieuse alternant pistes ensoleillées et morceaux mélancoliques.

Le petit bémol que je pourrai trouver à ce film tient dans le choix de faire prendre un accent africain à Omar Sy. Je me suis étranglée lors de la première scène tant sa prononciation semblait artificielle et j’ai eu peur de ne pas pouvoir entrer dans l’histoire à cause de cela. Par la suite les choses s’arrangent un peu mais je reste persuadée qu’il n’était pas obligatoire d’imposer à l’acteur cet accent difficile à tenir et qui ne se justifie guère dans la bouche d’un homme qui vit en France depuis 10 ans. Par ailleurs, le comédien principal tient bien son rôle et démontre qu’outre ses qualités comiques, il est capable de sensibilité et de sérieux. Face à lui, trois acteurs dans des rôles sur mesure : Charlotte Gainsbourg en femme fragile, Izia Higelin en grande gueule et Tahar Rahim en charmeur. On aurait difficilement pu trouver mieux pour incarner Alice, Manu et Wilson que ce triptyque apportant sensibilité, réalisme et énergie au film. J’avais plutôt un a priori négatif sur Charlotte Gainsbourg, je me suis pourtant attachée à son personnage, et je suis presque réconciliée avec Tahar Rahim, qui m’avait exaspérée dans l’exécrable Grand Central. C’est dire l’aura de sympathie dans laquelle le film nimbe ses personnages !

Bien sûr, les bons sentiments abondent et on se doute que le film finira bien, mais le scénario réussit à tenir le suspens jusqu’au bout. On se prend à se demander si, finalement, après nous avoir fait tant rire, le film ne s’apprête pas à nous faire pleurer… Et si finalement la comédie se muait en drame dans le dernier quart d’heure ?

À vous de découvrir la chute de ce joli film, pas révolutionnaire mais qui se laissera voir et revoir avec plaisir. Personnellement, j’ai déjà envie d’y retourner.

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