« Compte tes blessures » : père indigne

compte-tes-blessuresVincent est chanteur dans un groupe de rock hardcore, ce qui lui permet d’exprimer ses émotions : le chagrin causé par la mort de sa mère, l’impossible communication avec son père, et la colère lorsque celui-ci se remet en couple… 

Ce qui m’a donné envie de voir ce film, que j’avais repéré dans mon fil Twitter lors de sa sortie, c’est avant tout la présence au casting de Kévin Azaïs. Depuis Les Combattants, un film qui m’avait séduit par son originalité, je trouve que l’acteur se construit patiemment une filmographie très intéressante, ne choisissant que des projets de qualité (L’Année prochaine, La Belle Saison, Le Sens de la fête). Et puis quand j’ai su que Morgan Simon, le réalisateur, avait fait la Fémis, je me suis dit que c’était une raison supplémentaire. J’en profite pour faire un petit aparté sur cet extraordinaire renouveau du cinéma français que nous apportent les générations de cinéastes récemment sorties de cette grande école : Paul Calori et Kostia Testut, Marie Madinier, Rose Philippon, Thomas Cailley, Julia Ducournau (qui a d’ailleurs participé au scénario de Compte tes blessures), Léa Mysius, Hubert Charuel

Le film de Morgan Simon contribue à cette vague qui explore le mélange des genres, ici entre comédie et drame. En effet, je ne m’y attendais pas mais le film comporte des moments assez drôles apportés par la bande d’amis de Vincent, avec leurs tatouages rocambolesques, leur groupe de musique, leurs après-midis passés à traîner dehors en disant des bêtises. En dépit de l’allure qu’ils cherchent à se donner, on voit bien que ces jeunes gens un peu paumés sont inoffensifs.

Le côté drame surgit dans la relation entre Vincent et son père (Nathan Willcocks, antipathique à souhait). Alors que le jeune homme tente maladroitement de prouver son attachement (il se fait tatouer le visage de ses parents dans le cou au début du film), le père passe son temps à le repousser, le dénigrer, le rabaisser. Cette relation toxique n’existe qu’en creux, dans l’absence de tout ce qu’une relation père-fils est supposée être. Pas de paroles d’affection, de réconfort ou de soutien. On comprend peu à peu que le décès de la mère de Vincent n’a pas constitué une cassure irrémédiable, mais que le lien entre les deux hommes n’a en fait jamais vraiment existé. C’est certainement l’aspect le plus prenant et le plus bouleversant du film. Toute tentative de rapprochement est avortée, toute conversation tourne au vinaigre. Et pour le spectateur, assister à ce manque flagrant de complicité est désolant.

Partant de ce constat, le jeu trouble de Vincent auprès de la nouvelle compagne de son père, Julia, n’est pas très surprenant. À l’animosité du début succède une sympathie croissante qui se mue en un désir que la caméra capte avec délicatesse en s’attardant sur une mèche de cheveux dans le cou de la jeune femme, au détour d’une conversation. J’ai bien aimé la subtilité qui nimbe les prémices de la catastrophe. Et puis j’ai trouvé nettement moins subtile la scène où tout bascule. Je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler la chute du film mais j’ai trouvé vraiment dommage le traitement de la fin, qui m’a sortie du film, car pour moi c’était too much. Dommage, car tout avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices !

Un commentaire sur “« Compte tes blessures » : père indigne

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :