« Contes de juillet » : adieu légèreté

affiche-film-contes-de-juilletMilena et Lucie profitent d’un jour de congé pour aller à la base nautique de Cergy. Un employé s’intéresse à Milena… Le 14 juillet, dernier jour d’Hanne en France avant de rentrer en Norvège, elle surprend son voisin Andrea dans sa chambre…

J’avais entendu parler de ce film et de L’Île au trésor (le long-métrage documentaire de Guillaume Brac autour de la base nautique de Cergy) dans le magazine Trois couleurs il y a déjà assez longtemps. Si à l’époque je n’avais pas eu la curiosité de me déplacer en salles, j’avais noté le rapprochement entre le titre Contes de juillet et les contes des quatre saisons de Rohmer. Et comme j’ai attaqué le visionnage de ceux-ci cette année, j’ai choisi de faire une pause entre Conte d’été et Conte d’automne pour découvrir le film de Guillaume Brac.

En réalité celui-ci se compose de deux courts-métrages d’environ 30 minutes chacun qui mettent en scène des personnages différents : L’Amie du dimanche et Hanne et la fête nationale. Le point commun entre les deux histoires : elles se déroulent à quelques jours d’intervalle en juillet 2016 (le 10 et le 14), en région parisienne.

Dès les premières images, j’ai été frappée par l’esthétique documentaire (les personnages portent d’ailleurs les vrais prénoms de leurs interprètes) et par un côté vintage de l’image qui m’a beaucoup séduite. On se croirait effectivement dans un film de Rohmer avec ces deux collègues aux tenues pastel qui vont s’asperger à la base de Cergy. Lorsqu’apparaît un personnage masculin, on sent que la scène va tourner à la rivalité et au marivaudage, ce qu’on verra aussi apparaître dans le deuxième court lorsque Hanne et Salomé dansent autour du responsable de la sécurité. Mais cette ambiance estivale empreinte de légèreté et de la possibilité du flirt, avec un côté décalé et poétique apporté par l’escrimeur dans le premier court, par le danseur dans le second, est rapidement confrontée à quelque chose de moins léger, de sourd et latent qui vient insinuer un malaise de plus en plus palpable.

Car nous ne sommes plus dans les années 60, et sous des dehors rétro, c’est bien du monde d’aujourd’hui dont nous parle Guillaume Brac. Un monde où les filles ne peuvent plus se montrer frivoles et danser avec le premier venu ou se laisser entraîner vers un plan d’eau caché sans risquer l’agression. Un monde où la masculinité toxique prend à la fois les traits d’un ancien camarade de classe, d’un voisin qu’on prenait pour un ami, d’un Parisien qui vous propose de vous faire profiter des beautés de sa ville un soir de fête nationale. Face à eux, les femmes pèchent par ego, par volonté d’attirer l’attention, par une spontanéité et une liberté de mouvement que le monde ne leur autorise pas. « Tu ne t’amuses jamais » crie Milena à Lucie, et c’est hélas le constat du film : on n’est plus là pour s’amuser, entre hommes et femmes, les rapports sont devenus terriblement sérieux, tendus par un désir souterrain qui peut sans cesse surgir comme une menace.

Mais en ces jours de juillet 2016, ce n’est même pas la seule menace qui plane sur la légèreté estivale. Comme dans Amanda, la chaleur et l’insouciance sont bel et bien derrière nous. En une heure, Guillaume Brac réussit avec brio à nous faire prendre conscience de notre monde assombri. Un monde où le Conte d’été aurait probablement fini par une tentative de viol ou par un attentat sur la plage.

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