« Amanda » : enterrer les morts et réparer les vivants

affiche-film-amandaDavid vit de petits boulots et de moments complices avec sa sœur Sandrine et sa nièce Amanda. Alors qu’il se rapproche d’une nouvelle voisine, Léna, un attentat vient bouleverser leurs vies en emportant Sandrine… 

J’avais repéré dans le line-up de Pyramide ce film aux affiches azuréennes. Il y a quelque chose de si solaire dans cette photo estivale, cette petite fille blonde en combi colorée poussant son vélo sur un ciel sans nuages. De loin, l’affiche reflète parfaitement la première partie du film, légère, joyeuse, douce et tendre. De près, on perçoit la tristesse de l’enfant, celle qui irradie la seconde partie comme une brûlure.

Je ne sais pas si Amanda est un mélo, comme je l’ai lu ici et là, ce n’est pas vraiment l’idée que je me faisais de ce genre. En tout cas c’est un film déchirant et lumineux, tragique et pourtant apaisant. Je découvrais avec ce long-métrage le talent de Mikhaël Hers, et je dois lui reconnaître une grande réussite : avoir capté au plus juste l’esprit d’un Paris post-attentat, et, à travers l’histoire individuelle de personnages touchés par un deuil brutal, nous avoir offert, à nous Parisiens amoureux de notre ville et blessés dans nos mémoires (quand ce n’est pas dans nos corps) le film de la reconstruction. Amanda c’est une blessure qu’on rouvre pour qu’elle cicatrise mieux ensuite.

Impossible de ne pas s’attacher ou s’identifier aux personnages, tous sympathiques, aimants, simples. Car le Paris que filme Mikhaël Hers, ce n’est pas celui des touristes, ni de la misère, ni du luxe. C’est un Paris de quartier, où vivent des gens comme vous et moi, comme cette famille formée par David, Sandrine et Amanda. Entre eux, il y a des chamailleries et des rires, des questions sensibles et des cadeaux sincères, tous les éléments d’une famille où l’on s’aime même si tout n’a pas toujours été simple.

Après le drame, la ville devient le théâtre muet et déserté d’une douleur qui semble insurmontable. David et Amanda ont perdu l’être central de leur univers (lumineuse et diaphane Ophélia Kolb, découverte dans Dix pour cent sous les traits de la discrète et rigide Colette). Au hasard de leur errance, à pied ou à vélo, les rues semblent peu à peu renaître. À l’écran, l’alchimie entre la jeune Isaure Multrier, désarmante de naturel autant que de gravité, et un Vincent Lacoste plus émouvant que jamais, a quelque chose de miraculeux. On ne sait pas lequel de leurs deux personnages mûrit le plus dans l’épreuve qu’ils traversent soudés.

Film sur l’horreur (la scène de carnage ne nous est pas épargnée) et sur l’absence, Amanda choisit dans son titre la force vitale de l’enfance. Ce qu’on a envie d’en retenir, c’est la douceur de ses coloris pastels, le grain de son image qui semble déjà un souvenir, la voix vacillante mais pas éteinte de Léna (la délicate Stacy Martin). C’est surtout l’effet cathartique de la solidarité et de l’amour qui unit celles et ceux qui restent et leur permet de se relever.

Il faut aller voir ce film magnifique, qui sublime à travers le parcours de ces quelques personnages une douleur collective. J’espère que tous les honneurs lui seront rendus (on pense évidemment aux Césars) et que nombre de spectateurs prendront le temps d’aller accueillir en salles le chagrin et la lumière d’Amanda.

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