« Je suis né laid » : Maman pourquoi tu m’as fait j’suis pas beau

couverture-livre-je-suis-ne-laidArthur a une particularité : à la naissance il est d’une telle laideur que ses parents renoncent à l’appeler Ange comme prévu. Ils espèrent que son physique s’améliorera en grandissant…

Après Je suis très sensible, On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise et Au pied de la lettre, Isabelle Minière sortait début mai son nouvel opus Je suis né laid, dont le titre rappelle dans la formulation Je suis très sensible. En effet on peut trouver des échos entre ces deux récits. Globalement, l’autrice poursuit dans sa veine habituelle, avec le portrait introspectif d’un narrateur affublé d’une particularité qui lui complique la vie et le rend sensible et malheureux. C’est le point commun à tous les romans que j’ai lus d’elle, cette capacité à se glisser dans la peau des gentils loosers, des personnages touchants et déboussolés qui ne sont pas sans rappeler ceux que l’on croise chez Arnaud Dudek ou Guillaume Siaudeau par exemple. Je trouve qu’il y a dans la littérature française contemporaine moult déclinaisons de cette figure de l’homme seul et misérable qui tente de trouver sa place et de donner un sens à sa vie, et ces anti-héros me semblent une bonne chose, notamment dans l’avancée de la réflexion sur les masculinités.

Ici donc, Arthur souffre d’une spécificité physique : décrit comme très laid ou affreux (on n’en saura pas tellement plus, il reste difficile de se représenter son apparence physique pour les lecteurs/trices), l’enfant puis le jeune adulte subit sa différence dans le regard des autres. C’est en réalité le sujet premier du livre : le rapport aux autres et l’influence de l’aspect extérieur dans les relations humaines. C’est une évidence que la société favorise les gens beaux et discrimine ce qui, ne se conformant pas aux canons, est considéré comme laid. Mais Isabelle Minière s’attache à le démontrer tout au long de la vie d’Arthur. Rejet, évitement, moqueries, compassion, tel est l’éventail des réactions que suscite l’enfant puis le jeune homme. S’il a la chance d’avoir des parents bienveillants, même s’il leur aura fallu un temps d’adaptation, Arthur doit apprendre à composer avec le reste du monde extérieur, parfois dans ce qu’il a de plus… laid.

Sans angélisme, l’autrice raconte à la première personne ce parcours de vie marqué par un handicap social et interroge nos rapports humains. Au passage, il sera question d’art, d’inspiration, de critères de beauté, de relations sociales, de prostitution de transmission. Autant de thèmes qui s’entremêlent dans un récit agréable à suivre, dont on tourne les pages rapidement pour connaître la suite, même si la fin de l’histoire ne fait guère de doutes.

Si Arthur est un personnage assez semblable aux figures habituelles des œuvres d’Isabelle Minière, on trouve tout de même en lui plus de force et un élan davantage positif, paradoxalement. Dans le style, le récit est plus narratif et moins réflexif, moins propice aux jeux de mots, même si on en trouve encore la trace dans les prénoms en –a ou dans le nom du chirurgien esthétique.

Un récit facile à lire sur un thème assez rare en littérature, une curiosité stimulante pour l’esprit.

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