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6832-Couv-Au-pied-1ere-Cfilet-V2Barthélémy voudrait savoir s’il est dépressif. Alors il écrit à un psy, va voir son généraliste qui lui en conseille un autre, le consulte et découvre que ce psy a un frère, qu’il décide de consulter aussi…

On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise s’était classé sixième de mon top livres 2016, j’attendais donc avec impatience le nouveau roman d’Isabelle Minière. Et je peux remercier l’auteur qui ne nous aura pas trop fait attendre puisqu’un an après la sortie de son deuxième roman, voici le troisième en librairie !

Du point de vue formel, ce récit est à la fois proche des précédents et assez différent : si l’on suit une fois encore les pensées les plus intimes d’un personnage à travers un long monologue, celui-ci est ici découpé pour prendre la forme d’un récit épistolaire. Ce que nous lisons, c’est la série de lettres envoyées par Bathélémy Martin à un psy qui lui a été recommandé par une connaissance.

Sauf que, quand on veut savoir si l’on est ou non dépressif, comme Barthélémy, écrire à un psy, cela ne suffit pas. Non, pour mettre toutes les chances de son côté, Barthélémy, qui croit plus aux conseils des livres de développement personnel qu’à la chance, va également consulter deux psychiatres, deux frères aux méthodes radicalement différentes.

Et c’est là que le lecteur habitué des romans d’Isabelle Minière se retrouve en terrain connu. Comme Grégoire et Martin avant lui, Barthélémy est un homme qu’on imagine entre deux âges et qui se sent perdu. En quête de sens et d’une raison de vivre, il va rencontrer des personnages fantasques qui l’aideront à y voir plus clair. Certes, on ne peut pas dire que l’histoire soit très différente d’On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, mais j’ai suivi avec plaisir et curiosité les pérégrinations de l’homme-qui-voulait-savoir-s’il-était-dépressif. L’auteur poursuit dans son exploration des maux contemporains, solitude, addictions, rapports familiaux complexes (avec une fois encore le motif des parents indignes qui créent la difficulté existentielle de leur enfant). Cependant j’ai trouvé ce roman un peu plus drôle encore que le précédent, un peu plus fou aussi, avec ses psys décalés, sa recluse accro aux séries et la dame qui parlait aux pigeons.

Quoi qu’il en soit le style de l’auteur, autant que ses sujets de prédilection, est inimitable. On retrouve avec bonheur ses jeux de sonorité, ses aphorismes qui m’ont une fois de plus régalée (« Je préfère être doux et con que bête et méchant. »), et ses réflexions sur les relations humaines (« On n’est jamais dans la tête des autres, on imagine ce qu’ils ressentent, ce qu’ils vivent, on se construit sa théorie, et on y croit. Si ça se trouve on a tout faux. »). Encore un très bon cru intelligent, doux et poétique, qui égratigne la tendance du développement personnel pour mieux développer la personnalité de son anti-héros. 

Trois questions à… Isabelle Minière

Isabelle Minière m’avait gentiment écrit suite à ma chronique de son deuxième roman. Je me suis donc permis de lui envoyer ces questions.

  • Barthélémy porte comme patronyme Martin, qui était le prénom du personnage principal d’On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise : pourquoi ce choix ? Était-ce un clin d’œil ?

Oui, ça m’est tombé sous la plume, sans préméditation, au moment de nommer le personnage. C’est le nom de Martin qui m’est venu. Ensuite j’ai réalisé que c’était le prénom du personnage du livre précédent. J’ai hésité à changer, mais ce clin d’œil involontaire (au moins au départ) m’allait bien, et j’ai donc laissé ce nom. Bon, cette fois-ci c’est un nom de famille, et non un prénom. Je pense qu’il y a une parenté entre mes personnages, d’où peut-être ce même nom de Martin même si je ne l’ai pas fait exprès.

  • Ce n’est pas un, mais trois psys que l’on croise dans le récit. Vous qui êtes psychologue, vous aviez envie de mettre en scène des confrères et de confronter leurs diverses méthodes ?

Je ne sais pas trop, j’avais sans doute envie d’illustrer différentes pratiques, mais sans me le dire aussi clairement que ça. Ca m’est venu comme ça, là encore sans préméditation. Je pense avoir été influencée par ce que ce que certains patients m’ont raconté de leurs visites chez des psychiatres, j’ai sans doute eu envie de jouer avec ça. Les deux docteur Blavar sont des psychiatres, ce qui n’est pas mon cas – je suis psychologue, hypnothérapeute. Lors de mes lectures et formations, j’ai exploré plusieurs façons d’aborder la psychothérapie, et je pense que cela m’a marquée.  J’ai un faible pour Phil Blavar, le fantaisiste… et son pote Max, le comédien, qui vient jouer la dépression, la guérison. J’aime bien cette façon de sortir du cadre habituel, de surprendre… ça peut faire partie de la thérapie !

  • Vos protagonistes sont toujours des hommes, très sensibles, assez seuls et peu adaptés au monde contemporain. Est-ce qu’on peut imaginer un jour trouver sous votre plume un personnage radicalement différent ?

Ah oui, ça peut arriver ! Je ne choisis ni mes sujets ni mes personnages. Ils s’imposent. D’ailleurs mon prochain roman le montrera, je pense. Par le personnage, par le thème abordé… Mais je vous laisserai le découvrir !

Quant à ce que le texte soit « radicalement » différent, c’est délicat : c’est mon écriture, c’est moi qui écris, c’est mon imaginaire; il me semble  donc naturel qu’on y trouve une certaine parenté avec mes précédents textes, mais ce ne sera pas à moi de le dire. L’écriture, pour moi, c’est une voix. J’aime bien quand on reconnaît la mienne.

Un grand merci à Isabelle Minière pour ses réponses et son intérêt pour le blog.

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